Depuis deux ans maintenant, Manu Le Malin défend les couleurs de la scène hardcore industrielle entre les murs de Mia Mao. Quatre fois dans l’année, on lui confie les clés du club parisien afin qu’il y organise sa propre soirée, Lycanthropie. Tsugi l’a rencontré avant la prochaine qui se déroulera le samedi 26 juin ! Scène émergente, loups garous, plateau d’artistes 100% féminins… Pourquoi ne faut-il pas manquer ces soirées ? On a fait le tour de la question. Rencontre. 

Peux-tu nous présenter ta résidence à Mia Mao, Lycanthropie, en quelques mots ? 

Pour Lycanthropie, on me file les clés de Mia Mao quatre fois par an. C’est Electric Rescue qui m’a embarqué dans cette aventure. Et en gros, j’y fais ce que je veux (rires). Je programme des artistes à mon goût dans un spectre de musiques électroniques hard, hardcore et industrielles. Et ce qui est important, c’est que le club n’a aucun droit de regard là-dessus. C’est chouette, car ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un endroit à Paris où m’exprimer en tant que DJ etoù inviter des gens que j’aime comme je peux le faire chaque année à Astropolis avec la scène Mekanik.

Lycanthropie, c’est un peu en train de devenir un laboratoire pré-Astro. Quand j’invite des artistes que je ne connais pas encore à Mia Mao, bien souvent, dans la foulée, ils vont faire Astro. Lycanthropie, c’est un club d’expérimentation pour moi et c’est super.

Quand tu invites des artistes à jouer lors d’une soirée Lycanthropie, tu privilégies la scène émergentes ou des personnes déjà bien installées ?

Il y a de tout. Évidemment, il était hors de question de faire une soirée estampillée « Radio Nostalgie : Manu et ses vieux potes »(rires). J’ai la chance d’avoir rencontré récemment pas mal de jeunes artistes qui évoluent dans les sonorités que j’affectionne, toujours dans la niche. Et, il y en a un que je cite à chaque fois, c’est RABBeAT. C’est la pierre angulaire de ce qui m’a donné envie de continuer depuis quelques années, j’ai sorti son album, The Parable of Life, sur mon label MKNK au mois de mars.

Il me met en contact avec énormément d’autres artistes. Femmes ou hommes, peu importe. Mais c’est vrai que la place des femmes est importante sur cette scène. Je ne suis pas forcément un gros digger, alors il me permet d’inviter de jeunes artistes féminines qui vont se frotter à des pointures du hardcore comme Lenny Dee ou Marc Acardipane, qui sont un peu plus installés.

Lycanthropie, ça me permet de mettre en lumière, en tout modestie, de jeunes artistes tels que Dr.ELFA, Substencia ou encore ZELIE.LVX… Ce sont des DJs qui ne tournent pas forcément, qui n’ont pas forcément beaucoup de followers sur Instagram, c’est juste du feeling et de la musique.

D’ailleurs, que veut dire Lycanthropie ?

Alors, ça commence à se savoir, mais j’ai une petite passion dévorante pour les loups — c’est le cas de le dire. Plus jeune, je regardais plein de films sur les loups garous… J’ai une passion pour les légendes. Et la lycanthpopie, qui ne concerne pas que les loups garous, on considère ça comme une sorte de maladie, ou quelque chose d’un peu déviant. Ce sont des gens qui, il y a quelques siècles, soit sous la lune, soit à l’appel de la nuit, pensaient qu’ils se transformeraient en loups, en ours ou en panthères… Beaucoup d’entre eux étaient considérés comme des malades, des hérétiques, des parias.

Illustration pour CHLONOTPI-LycanthropieNovembre-40
Lycanthropie © CHLONOTPI

J’ai fait un rapprochement parce que, souvent, la scène hardcore industrielle, la niche dont je fais partie, est considérée comme un repère à dingues, à parias… Car ce n’est pas une musique populaire, ce n’est pas une musique facile d’accès. Et pourtant on est là depuis longtemps, c’est un courant qui évolue super bien. Et puis, je trouvais ça joli pour un nom de soirée, Lycanthropie. Et ça m’a permis aussi d’avoir un visuel, dark, avec une bête dont on ne sait jamais si c’est un homme ou un loup. Finalement, on est toutes et tous des créatures de la nuit.

Est-ce que Mia Mao est un bon terrain de jeu pour ta résidence ?

Oui. Pourtant, quand Antoine (Electric Rescue, ndlr) m’a demandé de venir à un rendez-vous avec le patron Arnaud Perrine, que j’ai vu le club avant que les travaux ne soient terminés et qu’on m’a dit qu’il devrait accueillir autour de 2000 personnes, je l’ai regardé, et je lui ai dit : « Oubliez-moi, parce que je ne vais jamais le remplir. » Et ils m’ont répondu qu’ils s’en foutaient en m’assurant « qu’il [fallait] que toutes les musiques soient représentées. » Antoine, c’est mon ami depuis longtemps, il savait que j’allais vraiment m’impliquer dans ce projet, dans le visuel, dans la programmation, il a confiance en moi.

Et, j’ai remarqué que, la plus grande fréquentation qu’on a eue, c’était 1400 personnes. En général, entre 900 et 1200. Pourtant le club ne fait pas vide du tout. Le son est vraiment très bon. J’aime aussi que le DJ-booth ne soit pas en l’air, on joue au niveau des gens, retour au peuple. Il n’y a pas d’écrans géants avec nos noms, pas de photos, pas de vidéos… Je trouve ça important aujourd’hui. Donc, tout ça a joué dans le fait que j’accepte le challenge.

L’équipe interne met aussi un point d’honneur à lutter contre les violences sexuelles, racistes et homophobes. Ils sont très, très, regardants là-dessus. Et c’est quelque chose d’important pour moi. Et puis je m’y sens bien, les artistes que j’invite ne sont pas des divas, moi, je passe ma soirée dans la salle, une fois que j’ai joué ou avant de jouer. Enfin voilà, ce club me permet de faire ça.

Est-ce qu’il y aura une troisième saison ?

Je pense que oui et ça n’est pas un scoop. C’est déjà la deuxième année de Lycanthropie. Et Arnaud (Perrine, ndlr), l’année dernière, m’a appelé bien avant la fin de l’année en me disant : « Bon, t’es chaud ? »

Et puis j’adore ce que ça créé. Le public est un mélange assez subtil— bon, pas de pas ma génération parce que les gens de 50 ans sortent très peu —, mais on va dire les 35-40 ans, certains reviennent souvent. Puis, il y a la nouvelle génération qui vient peut-être de la scène hard techno, qui se dit : « tiens on va aller découvrir quelque chose d’un peu plus niche ». Si je peux les ramener un peu dans la lumière, c’est bien (rires).

Il y a une belle harmonie, une belle énergie. C’est rare que j’utilise ces termes-là, je ne suis pas vraiment un bisounours, mais c’est vrai que je me sens bien là-bas. Et tous les gens que j’ai invités, repartent avec le sourire. Pareil pour le public.

Peux-tu nous présenter les artistes qui seront présentes à la prochaine soirée Lycanthropie ?

Ça n’est pas parti d’une volonté de faire un plateau de meufs pour faire une plateau de meufs. Elles sont là parce que ce sont des artistes qui défoncent tout. Mais pour les présenter, il y aura Ma Čka, qui suis l’aventure Lycanthropie depuis le début, c’est une tueuses, Krista Bourgeois c’est une tueuse, Somniac One c’est une tueuse, Kilbourne c’est une tueuse. Je vais faire l’ouverture et leur donner les clés de la soirée.

Ma Čka s’inscrit dans la veine de la hard techno, mais c’est plus classe et plus subtil que ce que l’on entend beaucoup actuellement. Krista Bourgeois, on est sur un hardcore industriel en live modulaire, c’est bien chéper (rires). Kilbourne, la New Yorkaise, ça va de la techno industrielle au gabber en passant par des choses happy parfois. Enfin, Somniac One, on connaît, elle est là depuis une grosse dizaine d’années et elle défonce tout. Ça va du hardcore industriel, des sonorités un peu plus techno, mais toujours assez musclées. Pour moi, elles sont toutes des valeurs sûres. Je n’ai pris aucun risque sur ce coup-là.

Pourquoi on ne doit pas manquer cette soirée ?

Si vous ne connaissez pas les artistes en question, allez checker sur internet ! Mais ça va être une belle fête, pour la même raison que d’habitude : la musique va être bien du début à la fin, ça ira du genre hard techno à du hardcore bien plus vénère en passant par des choses plus cinématographiques. Il faut venir !

Et puis, justement, le public qui aime cette musique est très fidèle. Ils ont une grande curiosité, ils vont digger… Je retrouve des vieux potes, des vieilles potes. Et même dans les jeunes que j’ai rencontrés, je vois celles et ceux qui reviennent régulièrement. Quand je me balade dans la salle, ils me disent « cool, merci, et la prochaine soirée c’est quoi ? » On a l’impression d’être dans une boum entre potes. Et j’aime bien ça. Malgré la machine que peut être le Mia Mao, il y a un truc un peu intimiste et une fidélité qui est en train de se mettre en place qui me plaît. Et le jour où ça s’arrêtera, je pense que j’arrêterai avec.

La billetterie pour la prochaine soirée Lycanthropie, c’est par ici !