Hier, Tatyana Jane annonçait sur ses réseaux sociaux la sortie de son remix du titre « What You Want » d’Angèle et Justice. Déjà que ce morceau nous régale entre la version originale et le remix de Fcuckers, on se voyait déjà survivre à la prochaine canicule accompagnés de cette nouvelle production. Le hic ? Le remix est uniquement disponible sur Amazon Music… Ce n’est pas la première fois que ce type d’exclusivité se met en place, et ce phénomène pose des questions sur l’accessibilité à la musique en 2026. Tsugi décrypte. 

« What You Want (Tatyana Jane Remix) » n’est qu’un exemple d’une pratique beaucoup plus globalisée. En effet, à travers ses Summer Sessions qui proposent des playlist « inédites » et leurs Amazon Music Originals, la plateforme propose du contenu « disponible nulle part ailleurs » en reprenant leurs mots. Cet été, on pourra aussi compter dans ce projet VIP un remix de Cerrone sur son propre morceau « Music Of Life ». Alors que l’inflation générale et les pratiques de billetterie controversées réduisent l’accessibilité aux concerts et festivals, il semblerait que les plateformes de streaming musical mettent aussi la main à la pâte dans la construction de barrières invisibles.

Une nouvelle pratique ?

On parle de cette pratique maintenant, mais pourtant, on observait déjà ce phénomène dix ans auparavant. On rembobine à 2016, quand Frank Ocean sortait son deuxième album Blond(e), en exclusivité — temporaire, ouf — sur Apple Music. Quelques jours avant la sortie de ce disque, Frank Ocean avait aussi diffusé son album visuel Endless en exclusivité sur la plateforme. Pour les deux projets, ses fans étaient obligés de passer par Apple Music et par iTunes pour acheter le second album. Par ailleurs, alors que Blond(e) est désormais écoutable sur toutes les plateformes de streaming, Endless, quant à lui, n’est toujours que disponible sur Apple Music.

En 2016, le marché de la musique enregistrée a affiché une « première croissance significative du marché français depuis 15 ans » selon une étude du Syndicat National de l’Édition Phonographique (SNEP). Cette progression de 5,4% en 2016 s’explique, d’après l’étude, du streaming par abonnement. À cette période, le marché était fragmenté. Entre l’arrivée d’Apple Music en 2015 et les pure-players déjà bien installés comme Spotify ou Deezer, les plateformes devaient redoubler d’inventivité pour attirer et fidéliser ses utilisateurs. Tidal, la plateforme musicale rachetée par la société de Jay-Z a justement essayé de se démarquer à travers des exclusivités — ou plutôt des avant-premières. ANTI de Rihanna, Lemonade de Beyoncé ou encore The Life of Pablo de Kanye West, ces trois projets ont d’abord été lancés exclusivement sur la plateforme du rappeur, avant d’être distribués quelque temps plus tard sur les autres plateformes.

Une pratique qui n’épargne aucune plateforme

Spotify ne passe pas à la trappe, eh oui, avec ses Spotify Sessions. À travers ce format, la plateforme proposait des contenus exclusifs comme des covers et on l’avoue, la version de « Landslide » signée The Japanese House est un peu notre péché mignon… Deezer est aussi monté dans le wagon avec le même concept, c’est-à-dire des sessions live et des covers d’artistes. Ce n’est pas tout, puisque SoundCloud a aussi succombé à la course aux utilisateurs à travers l’exclusivité. Avec son format Artist Pro, la plateforme permet aux créateurs de bloquer l’écoute d’un morceau derrière un abonnement.

Chacun veut sa part du gâteau

Jusque-là, les artistes signaient l’exclusivité avec une plateforme en particulier, ce qui pouvait inciter les utilisateurs les plus vaillants à simplement migrer de plateformes pour profiter du contenu. Mais cette année, Olivia Rodrigo — artiste à la communauté dévouée, qui se languit de chaque sortie — a sorti deux versions alternatives de son clip pour le morceau « drop dead », une disponible via Apple Music, l’autre via Spotify Premium. De quoi ravir les deux géants du streaming musical.

Et le principe d’accès universel à la musique ?

La question se pose déjà depuis une décennie, mais elle perdure : est-ce que les contrats d’exclusivité vont tuer le streaming musical ? À travers la multiplication de ces formats, les auditeurs sont incités à souscrire à divers abonnements, modèle justement critiqué concernant la télévision et les plateformes de vidéos à la demande. Peu à peu, en choisissant qui aura le droit ou non de profiter du contenu, la promesse d’accessibilité à la musique pour tous initiée par cette plateforme s’efface.