L’entreprise américaine Suno, leader dans la génération de musique par IA, a annoncé début août le lancement d’un service de pressage de vinyle. Pour l’instant, aucune date officielle de début de la prestation n’a été annoncée, une simple liste d’attente est disponible. Cette annonce paraît une semaine seulement, après que le tribunal de Munich ait condamné l’entreprise pour violation du droit d’auteur. Tsugi fait le point sur la situation.
Après les péripéties du pair-à-pair dans les années 2000, c’est au tour de l’IA générative de s’engouffrer dans une brèche législative et d’en profiter pour vampiriser différents secteurs de l’industrie musicale. Suno, une entreprise de génération musicale par IA, a annoncé la mise en place d’un service de pressage de vinyles pour les utilisateurs de la plateforme. Et puis quoi encore ? Si ce panache entrepreneurial voit le jour, le droit pourrait bien freiner cette fougue.
Le service annoncé dans un contexte prospère
Le service annoncé par l’entreprise le 6 août dernier est censé permettre aux utilisateurs de la plateforme de convertir une sélection de morceaux de leur bibliothèque générée par IA en support vinyle, pouvant enregistrer jusqu’à 46 minutes d’audio. En ce qui concerne le graphisme de l’objet, les clients peuvent soit télécharger leur propre design, soit en générer un par IA — évidemment. L’objet est ensuite envoyé au pressage et livré chez le client. Il faudra débourser 46 dollars pour acquérir l’objet, ce n’est pas une modique somme.
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L’entreprise, fondée en 2022 à Cambridge aux USA, est actuellement leader dans la génération de musique par intelligence artificielle générative, avec son concurrent Udio. Elle permet de générer des morceaux à partir de prompts, de créer des voix chantées, mais aussi de transformer et d’allonger des morceaux déjà existants. L’entreprise, basant son modèle économique sur le modèle freemium – c’est-à-dire une utilisation gratuite limitée et un abonnement avec plus de fonctionnalités – annonçait en février dernier qu’elle frôlait les 300 millions de dollars de revenus récurrents.
L’ombre judiciaire au tableau de Suno
Ce service naît dans un contexte où Suno fait face à d’importantes casseroles judiciaires, notamment au regard de la question du copyright. En juin 2024, Sony Music, Universal Music Group et Warner Music ont attaqué Suno en justice, l’accusant d’avoir utilisé des enregistrements protégés par le droit d’auteur pour entraîner ses modèles sans autorisation ni rémunération des ayants droit. Warner a conclu un accord avec Suno en novembre 2025. Il prévoit que les modèles soient entraînés avec des contenus sous licence. Sony et Universal, en revanche, poursuivent leur action contre Suno.
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Le 31 juillet dernier, le tribunal de Munich a jugé Suno coupable d’atteinte aux droits d’auteur. Le GEMA, l’équivalent de la Sacem en Allemagne, reprochait à l’entreprise d’avoir utilisé six œuvres protégées de son répertoire pour entraîner son modèle d’IA musicale, sans autorisation, ni licence. Le tribunal a accordé à la GEMA des demandes d’interdiction d’utilisation de ce répertoire, d’information quant aux banques de données, et de dommages-intérêts. Le montant exact de ces derniers doit encore être déterminé. Suno a annoncé qu’elle contestait le jugement et envisageait de faire appel.
La valeur musicale ne s’acquiert pas par opportunisme
En lançant son service de vinyle, il devient clair que l’entreprise ne mise plus seulement sur la génération de morceaux, mais sur la création d’un empire tentaculaire s’engouffrant dans de nouvelles branches de l’industrie musicale. Dans le cas du vinyle, il est évident qu’en plus de se vautrer dans un marché en croissance par opportunisme, Suno semble essayer de trouver des subterfuges pour faire gonfler la valeur de la musique générée par IA en profitant de la valeur matérielle symbolique du vinyle.
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