Ce samedi 19 septembre, les femmes ont pris possession du Théâtre du Châtelet pour une soirée de rêve. Pour la première édition du festival Toutes Sur Scène, ce ne sont pas moins de huit artistes qui ont répondu présentes. S’est immiscée entre la pop de Zélie, le rap de Asfar Shamsi et l’ambiance rave de Kalika — pour ne pas toutes les mentionner — une solidarité féminine sans faille, qui nous a fait un énorme câlin réconfortant. Retour sur la première édition du festival.
Avec ses ornements, ses dorures et ses trois balcons, le Théâtre du Châtelet s’apprêtait à devenir le théâtre — logique — d’un moment fort. L’événement sold out en moins de trois minutes après l’ouverture de la billetterie il y a quelques semaines, il était normal de n’apercevoir aucun des sièges en velours rouge laissés vacants. Avant même le lever de rideau, le public s’extasie déjà. Parmi les quelque 2 000 visages, une majorité de jeunes filles et de jeunes femmes, des étoiles plein les yeux à l’idée de voir leurs artistes préférées, mais aussi de participer à cet événement immensément engagé. Pendant deux heures et demie, la chroniqueuse de Radio Nova, Ségo Raffaitin, a saisi son rôle de MC (Maîtresse de cérémonie) avec aisance et humour. Pour nous parler, pas d’autre choix que d’utiliser un féminin universel ! Eh oui, n’oublions pas que Toutes Sur Scène est une soirée faite par et, surtout, pour les femmes !
« Montrer que c’est possible aux autres programmateurs »
Il faut rappeler que ce festival est le résultat d’un constat simple : d’après le Centre National de la Musique (CNM), seulement 29% des leads de festivals étaient féminins en 2023. Alors, faire monter uniquement des femmes sur scène, c’est surtout pour « montrer que c’est possible aux autres programmateurs. » Hop, petite piqûre de rappelle de la part de Ségo Raffaitin.
À lire aussi sur tsugi.fr :Parité : pourquoi la scène montréalaise a dix ans d’avance sur nous ?

100% de femmes sur scène, mais aussi un maximum du côté de l’envers du décor, c’est la promesse du festival ! Et en effet, Toutes Sur Scène ne fait pas que bonne figure avec un féminisme de façade, mais vient bel et bien ancrer son combat sur tous les plans. Yoa mentionne même qu’elle n’a jamais vu autant de femmes en backstage, et il suffit de regarder autour de soi pour s’en rendre compte. Que ce soit dans l’équipe de captation vidéo, dans les bénévoles, dans les techniciennes sur scènes, au son ou à la lumière, on retrouve des femmes partout.
Un concentré de femmes artistes aux histoires fortes
Chaque artiste de cette soirée est arrivée avec son bagage bien rempli. On le savait déjà, mais chacune d’entre elles a son lot de textes engagés, féministes et qui relèvent de sujets ayant longtemps été mis sous le tapis. Alors que Myra nous montre comment elle s’est reconstruite après le décès de sa mère, Zélie, elle, nous sensibilise aux VSS (Violences Sexistes et Sexuelles) et Camille Yembe se livre sur ses doutes et insécurités. Kalika, de son coté, nous chante son ras-le-bol général pleine de female rage avec « MA CLAQUE » devant un écran géant, couleur vert Brat. Après tout, qui peut lui en vouloir d’être enragée face aux milles injonctions toujours imposées aux femmes en 2026 ?
À lire aussi sur tsugi.fr :Kalika : « Je trouve que c’est important d’avoir des représentations féminines violentes »
Une chose est sûre, ces boss ladies ne sont pas venues pour rigoler. Que ce soit Juste Shani avec ses bottes rouges pétantes — qu’on soupçonne d’être spécialement conçues pour écraser des mascus — ou Yoa qui a tellement de charisme que ses talons s’en cassent pendant « Moi », impossible de ne pas être bouche bée face à toute cette aura. Un sentiment de connexion s’installe entre elles et le public, et le Théâtre du Châtelet devient une réelle safe place. Sincèrement, nous avons eu l’impression de passer une soirée avec nos meilleures amies, et on a hâte de recommencer !

Sororité comme mot d’ordre
Bien évidemment, l’événement était un concentré de solidarité, de soutien et de sororité. Pas une artiste n’a oublié de complimenter ses consœurs, et ça faisait chaud au cœur à voir et entendre. De toute façon, comme l’a dit Zélie : « En ce moment dans la pop, nous les meufs, on est en force. » Alors comme une évidence, celles qui ont déjà collaboré en ont profité pour interpréter leur duo. Asfar Shamsi rejoint Yoa pour « Ma mère va me tuer », avant que cette dernière ne rejoigne elle-même Solann pour « Thelma et Louise », main dans la main et une embrassade en conclusion chaleureuse.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Solann·Yoa·Iliona·Miki : micros ouverts, coeurs à nu

Ce festival ne s’est pas arrêté à huit reines, et d’autres ont aussi voulu mettre la main à la pâte. Entre Zélie qui invite Marguerite, Kalika qui nous surprend avec Bianca Costa et Juste Shani qui embarque Leys pour leur titre en collaboration, le concert nous a offert de belles surprises. Mais cette soirée a pris tout son sens au bouquet final. Solann et Yoa lancent « Rome », et une à une, Zélie, Kalika, Camille Yembe, Myra, Marguerite et Asfar Shamsi les rejoignent, pour un moment — littéralement — toutes sur scène. En acoustique, la charge émotionnelle du titre s’est vue décuplée, et les frissons se sont invités quand toute la salle a chanté à plein poumons « Et je mangerai leurs langues si c’est le prix du silence », les dernières paroles du morceau.
Pour la première édition d’un événement gratuit, avec le gratin de la scène francophone féminine — si ce n’est de la scène francophone tout court — Toutes Sur Scène a mis la barre très haute. Alors, on espère que ce ne sera pas la dernière, et comme elles l’ont toutes si bien dit : vive les femmes !
Meilleur moment : La conclusion de la soirée avec toutes les artistes sur scène, interprétant « Rome ». Nous sommes presque sûrs que les monde s’est arrêté de tourné pendant quelques secondes.
Pire moment : On y a longuement réfléchi, et mise à part trouver la bonne sortie de métro à Châtelet, rien ne nous est venu en tête ! Comme quoi les femmes font vraiment les choses mieux !


























































































