Pour la sortie de son dernier album Naturally, Nectar Woode est en tournée européenne. Tsugi a profité de sa venue à Paris pour sa date à la Bellevilloise afin de lui poser quelques questions.
Il y a celles et ceux qui marchent dans la rue et il y a Nectar Woode, qui marche aussi dans la rue, mais qui en fait un album. Née à Londres d’une maman anglaise et d’un papa ghanéen, Nectar Abena Nyantekyewaa (de son vrai nom), âgée de 27 ans, a récemment sorti dévoilé Naturally. Digne héritière d’Erykah Badu, de D’Angelo ou encore de Lauryn Hill, la chanteuse mixe avec précision les influences soul anglaises du XXIe siècle avec les sonorités des musiques de l’Afrique de l’Ouest. Une voix et une sensibilité proches de celles de Nina Simone… Et ce n’est pas nous qui le disons, mais bien le légendaire Elton John avec qui elle a partagé le studio pour créer un morceau (la validation de zinzin).
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Que ce soit par la profondeur de ses mots ou par l’univers haut en couleur de ses clips, l’artiste nous plonge dans un large spectre émotionnel. Mais ce lundi, c’est surtout de la joie que nous avons ressenti (pour un lundi, ce n’est pas gagné, vous-même vous savez) car on a eu le plaisir de la rencontrer dans un petit café parisien pour lui poser toutes nos questions.

Comment te sens-tu à l’idée de te produire à Paris demain ? (Nous avons rencontré l’artiste la veille de sa date à Paris)
Je suis super excitée. La dernière fois que j’ai joué à Paris, c’était dingue, les réactions étaient incroyables. Iels connaissaient toutes les paroles de toutes les chansons, alors j’espère que ce sera pareil cette fois-ci.
Ta musique mêle la néo-soul avec des touches de folk et de gospel. Comment cette combinaison t’est-elle venue ?
J’adore la musique soul, notamment des années 1970, des artistes comme Aretha Franklin, Donny Hathaway : c’est vraiment ma source d’inspiration. Cette façon qu’iels ont d’être un peu insouciant·es dans l’écriture de chansons, et de laisser ce qu’iels ressentent jaillir naturellement, tu vois. C’est toujours une question de ce que tu ressens, donc je pense que c’est un peu mon essence. J’adore jouer et mélanger différents types d’accords, que ce soit jazzy ou même indie.
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Tu es née au Ghana et tu as grandi au Royaume-Uni ?
Je ne suis pas née au Ghana, mais mon père est ghanéen. Je suis née en Angleterre. Je suis allée au Ghana récemment. Mais je suis née aux Royaume-Uni, oui !
En quoi cette culture et ce parcours t’ont-ils influencée, toi, ton style musical et ta façon d’aborder la musique ?
Comme je suis née au Royaume-Uni, mon père s’est assuré que je m’imprègne de la culture ghanéenne. J’en étais entourée, que ce soit par la cuisine, chaque dimanche en allant à l’église, ou même par le fait de sortir en portant des vêtements typiquement ghanéens. Il y a toujours des fêtes aussi. Il y avait plein de Ghanéens dans le coin, alors j’avais l’impression d’être en pleine immersion dans cette culture. Même si je n’étais pas sur place, j’étais en plein dedans, et ça m’a vraiment aidée. Quand je suis finalement partie au Ghana, j’avais l’impression que c’était très facile. Je ne sais pas, je m’y sens comme chez moi. J’ai l’impression que c’est chez moi !
Tes influences musicales ont-elles évolué au fil des années ?
J’ai l’impression que… quand j’étais petite, j’écoutais vraiment beaucoup ce que mes parents écoutaient. Mon père écoutait un mélange de jazz (des saxophonistes en particulier), de musique highlife, notamment d’Afrique de l’Ouest, et de reggae. Mais je crois que… j’adore cette musique et ça me rend nostalgique quand je l’écoute, mais en grandissant, j’ai réalisé que j’adorais D’Angelo, Erykah Badu… toute l’ère soulquarian. C’est plutôt moi qui l’ai découverte.
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Comment vois-tu évoluer la nouvelle scène soul aujourd’hui ?
J’ai l’impression que, surtout au Royaume-Uni, on a des chanteur·euses incroyables qui repoussent les limites et des auteur·ices-compositeur·ices super émouvant·es, et je trouve que c’est une période géniale. J’ai l’impression que les gens te laissent davantage aller dans l’expérimentation.
Pourquoi as-tu choisi d’intituler ton dernier album Naturally ?
Naturally, c’est un recueil de chansons que j’ai écrites pour vraiment m’aider à traverser des moments difficiles. C’est ce qui m’a permis de m’en sortir : parfois, je sortais de chez moi pour aller me promener, sans avoir l’intention d’aller quelque part, juste marcher, en écoutant une playlist ou sans rien écouter du tout, et voir ce qui m’inspirait. J’observais les gens, je voyais comment ils allaient au boulot, ce qu’iels faisaient. Et puis j’ai compris que c’était ça mon inspiration, alors je me suis mise à écrire. Du coup, je voulais l’appeler Naturally, parce que j’ai l’impression que c’est ce que tout le monde fait naturellement, tu sais, tout le monde vit sa vie au jour le jour, tu vois ?
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Ok, alors cet album dégage une impression très intime et personnelle. Ça reflète ta propre vie dans certains morceaux ?
Ouais, j’ai l’impression que la chanson la plus intime de cet album, c’est « Wine Into Water ». Cette chanson, c’est une ballade, c’est moi qui parle de mon enfance, tout en sachant qu’il y a une certaine tristesse à savoir qu’on ne sera plus jamais un enfant.Parce qu’il y a de l’innocence à être un enfant et à profiter de la vie ; tu vois les choses différemment quand tu es enfant. Et, oui… je pense que c’est ma chanson la plus intime.
Ta collaboration avec Elton John, c’est le seul morceau en duo de l’album. Comment est-ce arrivé ?
Ça fait maintenant quatre ans qu’il passe ma musique, depuis que j’ai sorti mon premier album, et il m’a toujours soutenue à fond et j’ai écrit cette chanson il y a un an et demi. Ça m’a rendue triste de l’écouter, j’avais en quelque sorte mis ça de côté, et puis, quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, je me suis dit : « Pourquoi je ne lui enverrais pas juste un e-mail pour voir ce qu’il répond ? » Et il m’a répondu : « D’accord ». On ne sait jamais donc autant tenter ta chance (rires) !
On ressent une certaine nostalgie et une envie de renouer avec l’enfance dans ce morceau justement. Est-ce que c’est un sentiment qu’ Elton John et toi partagez ?
J’ai l’impression qu’il s’est vraiment identifié à la chanson quand il l’a écoutée. Avant de dire oui, il m’a dit : « J’adore vraiment le message derrière cette chanson ». Donc je pense que ça l’a aidé à se dire « OK, cool, j’adore le message, alors allons-y ». Il aimait vraiment bien les accords aussi, donc quand on jouait en studio, c’était super facile de s’y mettre. On s’est rapprochés grâce à cette musique pleine d’âme et j’ai l’impression que cette chanson, c’est un truc qu’il aime bien, donc pour lui, c’était super facile à faire. C’était sympa !
Tes clips, ils sont super beaux, on dirait presque des peintures qui bougent… Quelles sont tes inspirations ?
Ma DA, c’est en quelque sorte un recueil de pensées qui me viennent quand je marche. Je voulais que toutes ces pensées soient représentées comme des éléments de scrapbooking, un peu comme des gribouillages de ce que tu dessinerais dans ton cahier. Alors, j’ai bossé avec cet artiste qui s’appelle Mopher Crook, je lui ai donné des indications du genre : « Je veux que ça ressemble à un album de coupures de presse ». Il a sérigraphié plein d’images et a fait son truc. Donc c’était super simple pour moi, j’ai juste dit exactement ce que je voulais, et puis il a donné vie à cet univers.
Comment est-ce que tu t’es faite une place dans la scène londonienne ?
Ça a été un vrai plaisir, j’ai l’impression que ça s’est fait tout naturellement. J’ai commencé il y a des années en allant à des jam-sessions où l’on se voyait en vrai (avec les autres artistes). Puis le Covid est arrivé et ça nous a un peu obligés à nous retrouver en ligne et sur Instagram. Quand tout a rouvert, j’ai eu un peu l’impression d’avoir ma propre communauté dans mon entourage. Et, ouais, je pense que faire des concerts, jouer en live et participer à des jam-sessions, c’est le meilleur moyen de te créer une communauté.
Oui, il y a plein de jam-sessions à Londres, j’imagine ?
Ouais, je crois que maintenant, il n’y en a plus tant que ça, mais il y a quelques années… En fait, tous les jours de la semaine, il y avait une jam-session différente dans un endroit différent ! Que tu ailles dans le sud de Londres ou dans l’est de Londres, il se passait toujours quelque chose, ce qui est génial (rires) !
Est-ce qu’il y a une Nectar Woode que le public ne connaît pas encore ?
Ah cool ! Ouais, j’ai l’impression que l’essentiel quand on compose de la musique, c’est qu’on peut essayer tout un tas de choses différentes, tout au long de notre carrière, ce qui est super libérateur avec cette façon de faire de l’art, si on peut appeler ça comme ça. J’ai hâte de voir ce que ça va donner. J’ai composé de nouveaux morceaux et ça m’emballe vraiment ; j’explore des sujets variés, des sujets plus sombres et des sujets que j’essayais d’éviter auparavant, tu vois ? Parfois, la vie est tellement compliquée. À travers ma musique, j’essaye de traduire cette complexité du quotidien. Je veux que les gens s’identifient à ma musique d’un point de vue humain. Je ne veux pas qu’il y ait une distance avec les gens. J’espère que j’arriverai à faire plus ça.

Un de tes morceaux, « River Ends », figure dans la playlist d’Emirates…
Oh (rires) ! Tu le sais aussi ?
Tu ne le savais pas ?
Je viens juste de l’apprendre, c’est ma bassiste qui me l’a dit. Ma bassiste avait une pote qui a pris un avion, et là, la chanson passait pendant le vol et elle a entendu.
Ils ne t’ont pas demandé ?
Non (rires) ! Tout le monde le sait pour la playlist d’Emirates, c’est trop bizarre ! C’est bon à savoir.
Ma question, c’était : tu trouves que ta musique calme les gens ?
J’espère, c’est le but en fait, pour moi. D’un point de vue un peu égoïste, j’écris des chansons qui me font du bien, j’espère donc que ça fera du bien à d’autres personnes aussi. Je n’ai même jamais pris un vol Emirates, j’espère qu’ils m’inviteront !

























































































