Vents et marées ne sauront nous arrêter, des pépites par milliers, toujours à dénicher. Entre voyages psychédéliques, expérimentations électroniques et retours aux sources, voici les sorties de la semaine. Au programme : le chaos acid breakbeat d’Alchemical Sisters, les textures incandescentes de Nathan Fake, la jungle mélancolique de miaw, la pop introspective d’Aloïse Sauvage, les horizons cinématographiques d’Electric Rescue, les rêves kaléidoscopiques de Fine, le rap introspectif d’A2H et les sonorités hybrides d’Ino Casablanca.

Par Arnaud Larue et Marion Arcens

Alchemical Sisters – Alchemical Sisters

Mesdames et messieurs, et tout ce qu’il y a au milieu, voici la collaboration la plus perchée qu’il nous ait été donné à découvrir : Alchemical Sisters. Formé par les DJ et productrices Eris Drew et Octo Octa, le duo s’ancre dans une scène profondément acid breakbeat. Leur album éponyme est sorti sur le label Interdimensional Transmissions. Entièrement produit dans une cabane, sous champignons hallucinogènes, l’album (ou le chaos psychédélique ultra bien produit, on ne sait pas encore) mêle de l’acid, du UK garage et de la house avec des instruments traditionnels ancestraux. Le dulcimer de montagnes ou le kalimba sont notamment convoqués ! Ce mélange maximaliste nous laisse face à un projet aux allures mystiques.

Les huit morceaux se suivent mais ne se ressemblent pas. Si certains sont plus rapides et énergiques, d’autres nous donnent clairement l’impression d’être dans une forêt enchantée… Cet album nous donnerait-il l’impression d’avoir consommé — nous aussi — des champignons ?

MA

Nathan Fake – Caldera

Nathan Fake poursuit ses explorations électroniques avec Caldera, un nouvel EP de quatre titres paru le 23 octobre chez InFiné. Entre mélodies hypnotiques, rythmiques instables et textures psychédéliques, le producteur britannique pousse son univers vers des territoires plus sauvages, où l’électronique se fait aussi imprévisible qu’incandescente.

Caldera prolonge les expérimentations de Evaporator tout en en révélant une facette plus brute. Le morceau éponyme ouvre le bal avec des kicks décalés et des sonorités très crépitantes. « Palau » offre une parenthèse plus aérienne, portée par des pianos flottants et des sonorités évoquant un funk psychédélique, avant que « Gonggong » ne plonge dans une atmosphère entre grésillements et club. Enfin, « Slow Yamaha Dub » déploie des basses profondes et des percussions métalliques. Avec Caldera, Nathan Fake transforme les mélodies de son précédent album en un terrain d’expérimentation où tension et rêverie cohabitent.

AL

miaw – Ciao

On a trouvé le duo préféré des chats : miaw. Excusez cette mauvaise blague ; à défaut d’être deux félins, ce duo pourrait quand même devenir votre préféré. Sorti sur le label Purr Records, leur album Ciao succède « Whatyoufelllike » et « Walmart », deux singles parus plus tôt dans l’année. Tout droit venus de Copenhague, Liza Dries et Frederik Fog (de leurs vrais noms) se sont formés dans une scène alt-pop largement portée par le breakbeat, l’hyperpop et le shoegaze.

Les productions jungle et drum’n’bass très numériques du projet sont nappées par la douceur des voix glitchées et oniriques de la chanteuse. Entre kicks saturés et mélancolie au synthétiseur, le duo nous sert un EP intimiste qui s’écouterait autant en club que dans sa chambre.

MA

Aloïse Sauvage – LA FOUDRE

Avec LA FOUDRE, Aloïse Sauvage fait de la rupture amoureuse le point de départ d’une longue introspection. Sur douze titres co-produits avec Mathieu Epaillard, l’artiste navigue entre chanson française, pop et textures électroniques, quelque part entre vertige sentimental et envie de tout envoyer valser.

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De « mayday », chronique mélancolique des errances en solitaire, à « tomboy », qui revendique une liberté retrouvée, Aloïse Sauvage raconte les contradictions du désir sans chercher à les lisser. Son phrasé brut se frotte à des synthés délicats, des rythmiques sombres et des pulsations dansantes. Un album où les blessures deviennent une force et où l’orage finit par laisser passer la lumière.

AL

Electric Rescue – Different Horizons

Après plus de 30 ans à défendre une techno sans compromis, Electric Rescue ouvre de nouvelles perspectives avec Different Horizons, son huitième album paru le 23 octobre sur COD3 QR, le label de Laurent Garnier. Sur quatorze titres, le producteur français déborde du cadre techno pour explorer des paysages électroniques plus cinématographiques, où la puissance du dancefloor côtoie des arrangements plus atmosphériques.

De « Screen As Window On World », qui installe une tension progressive, à « Camden » et « Colors Community », portés par une énergie hypnotique, l’album conserve une vraie physicalité. Mais ce projet prend aussi la liberté d’explorer des espaces plus contemplatifs, notamment sur « Ce Violent Silence » et « Le Marais ». Les collaborations avec Abd Al Malik, Gaspar Claus, Amélie Nilles et Boscaro viennent enrichir cette palette, entre voix, textures instrumentales et expérimentations électroniques.

AL

Fine – Jazz Dreams

Et si un album suivait la logique d’un rêve plutôt que celle d’une histoire ? C’est le pari de Fine, productrice danoise qui revient avec Jazz Dreams, paru le 23 octobre sur le label Escho. Treize morceaux qui assemblent des fragments de folk psychédélique, de pop et de mélodies accrocheuses, sans se soucier des frontières entre les genres.

Après Rocky Top Ballads en 2024, l’artiste pousse plus loin son goût pour le collage sonore. Des arrangements vocaux délicats côtoient des idées empruntées à cinq décennies de musique qui naviguent entre mélancolie et arrangements sonores inhabituels. Dévoilé progressivement pendant plus d’un an, au fil de concerts, de démos diffusées sur NTS et de singles, Jazz Dreams conserve les traces de cette évolution. Ici, les morceaux avancent par associations, les émotions prennent le pas sur le récit et les mélodies servent de fil conducteur.

AL

A2H – Les gosses effrayés

Après 15 ans de carrière passés à expérimenter différentes choses comme la soul et le R&B, A2H opère un retour aux sources avec un album de pur rap. Dès le morceau d’ouverture, « Pozoblanco », le ton est donné : les productions, signées Clyde Bessi, annoncent la couleur d’un disque qui nous fera passer par bien des émotions différentes.

Pour son retour dans le rap, l’artiste s’est entouré des meilleures plumes de l’Hexagone : Benjamin Epps, Mia Oud ou encore Zek. Mention spéciale pour le titre en collaboration avec notre découpeur de prods préféré, Jungle Jack. « Rien de plus, rien de moins » ce sont trois minutes de textes affûtés sur une production jazzy-soul entre batterie, guitare, saxophone et sonorités électroniques. L’artiste nous livre une œuvre personnelle et profondément intime qui mêle les textes engagés à des productions travaillées.

MA

Caroline Rose – Gentling the Horse at the Walt Whitman Mall

Un centre commercial, un drive de fast-food et le rêve américain qui part en vrille. Voilà le décor du nouvel album de Caroline Rose, Gentling the Horse at the Walt Whitman Mall, paru le 23 octobre sur son propre label, SUCK Records. L’artiste américaine y transforme les paysages ordinaires de la banlieue en scènes presque surnaturelles, où les guitares imposantes et les mélodies accrocheuses contrastent avec une réalité qui ne cesse de glisser vers un autoritarisme décomplexé.

Caroline Rose compose une bande-son à l’humour grinçant, quelque part entre Ennio Morricone et l’angoisse pavillonnaire. Produit avec John Congleton, le disque fait de l’absurde une manière de raconter les failles de l’Amérique contemporaine. Derrière les refrains lumineux se dessinent la violence sourde du quotidien, l’effritement du rêve américain et les systèmes qui enferment les individus. Une satire où le bizarre devient la meilleure façon de regarder la réalité en face sans sombrer.

AL

Ino Casablanca – EXTASIAAAAAA

On l’attendait, vraaaiiiiiment et elle est là : la réédition d’EXTASIA, d’Ino Casablanca. Le rappeur français n’en est clairement pas à son premier coup de maître. Après plusieurs projets très réussis, il remporte le Prix Joséphine en 2025. Avec EXTASIAAAAAA, il n’a pas peur du kiffe : il double le nombre de titres et prolonge la fête avec un album d’une heure.

Fidèle à lui-même, l’artiste fait converger le rap avec les musiques latines, le chaâbi, mais surtout le raï. L’album s’ouvre avec le morceau « FREE CHEBA WARDA », rendant hommage à la célèbre chanteuse de raï algérienne Cheba Warda Charlomanti, auparavant emprisonnée à cause de propos contraires aux mœurs postés sur Instagram. On enchaîne les morceaux avec fluidité jusqu’à « PAPA CASA », qui marque la collaboration du rappeur avec la chanteuse haïtienne Naïka. Leurs univers se rencontrent dans un son pop mêlant rap et konpa. Une chose est sûre : avec cette réédition, Ino Casablanca a décidé que la fête n’était toujours pas finie ; on vous laisse, on va danser !

MA