La semaine de rentrée rime avec beaucoup — vraiment beaucoup — de nouveautés musicales. Mais loin de nous l’idée de nous en plaindre, au contraire, c’est le moment de faire le plein de pépites pour rafraîchir nos playlists. Prenez des notes, la liste est longue  ! Au menu cette semaine, la nostalgie de Fakear, l’éclectisme de Mykki Blanco, la house toujours plus solaire de Pont Neuf Records, l’introspection techno de COW, les rythmes glaçants de Ignez, les rêves lucides de Late Again, la bass music bien rebondissante de Dizzee Rascal, les productions galopantes d’Amelie Lens, la dubstep phosphorescente de Carré et le jazz contemporain de corto.alto. 

Fakear – A Nice Place To Be

Avec a nice place to be, Fakear vient réveiller chez nous un sentiment aigre-doux, entre nostalgie et laisser-aller. Pour ce huitième album, le français s’installe avec assurance sur la nouvelle scène bass music plus dansante que jamais. Quand on écoute ce projet signé Nowadays Records, on ressent l’humain derrière, son besoin de créer des liens et de se sentir vivant. On vibre face à ce poème intime que Fakear nous offre sans peur ni retenue.

Ce qu’on pourrait penser être un album à écouter dans notre chambre et en fait bel et bien un projet taillé pour le club. On s’y voit : au milieu du dancefloor, en main character, à danser et ne faire qu’un avec les corps autour de nous, notre nice place to be. En plus de se mouver aux productions rythmées du DJ, les paroles nous donnent de quoi chanter à plein poumons, que demander de plus ? Pour autant, après s’être balancés sur les échos de « EMOTE », « sage and lavender » vient rapidement faire redescendre l’adrénaline, pour un moment en suspension. A nice place to be saisit parfaitement notre besoin d’évasion en ces périodes parfois moroses, et ça fait un bien fou.

Mykki Blanco – Cafe Paradiso

Besoin d’un moment pour se rappeler que vous êtes les stars que vous pensez être ? Cafe Paradiso, sorti sur Transgressive, est là pour vous. L’album porte bien son nom, à peine lancé et l’odeur du café moulu envahit nos narines pour un réveil tout en douceur sur « Little Feet ». Mais si vous pensez pouvoir cerner l’album au premier track, Mikky Blanco vous apprendra à réfléchir deux fois avant de mettre des étiquettes sur quoi que ce soit. Lui, elle ou iel, n’en pause ni sur sa personne, ni sur sa musique ! Pop, rap, drill, rock, funk ? L’album est aussi fluide que le·la rappeur·se et c’est comme du miel pour nos oreilles.

Ce qu’on adore encore plus, c’est que Mykki Blanco nous parle directement tout au long de son disque, et on commence à se demander si on ne serait pas dans la fosse de son concert pendant « FOXES » — on aimerait beaucoup. Pourtant, malgré les rires et les mots enjoués de l’artiste, l’album tourne autour de la solitude. Mais pour Mykki Blanco, ce sentiment, que beaucoup déteste, est simplement à apprivoiser — plus facile à dire qu’à faire tout de même. Mais après tout, un peu de self love, c’est plutôt bon pour la santé, comme cet album si vous voulez notre avis !

VA – Pont Neuf Records 10 Years – In House We Trust

On est toujours — mais alors toujours — partant pour une bonne session groovy. Et si c’est pour fêter les dix ans de Pont Neuf Records, vous pouvez être sûrs qu’on sera au milieu de la piste, à lâcher nos meilleurs pas de danse. Encore plus si la compilation d’anniversaire du label, Pont Neuf Records 10 Years – In House We Trust, est à fond dans les enceintes ! Pour ne pas trop nous faire patienter et rythmer nos soirées estivales, le label a dévoilé sept titres pendant cet été et il est enfin temps de découvrir ceux restants.

On retrouve sur la compilation les boucles entêtantes de Black Loops, la ligne de basse funky — pile comme on l’aime — de Maison Blanche ou encore le breakbeat plus que pepsi’ de Dylan Dylan. Bref, tant de manière de produire de la house, qui remet au centre la profondeur de ce genre en constante évolution, bien souvent mis de côté. Avec cette compilation, le label rend hommage à son histoire personnelle, mais aussi à l’histoire de la house et ses racines entre chaleur, club, et résistance.

COW – Open The Closed

Avec son EP Open The Closed paru sur UMAY, le DJ et producteur australien COW nous incite à sortir des sentiers battus, à prendre les décisions qui nous effraient et à ne pas regarder derrière nous. Mieux vaut avoir des remords que des regrets, c’est ce qu’on dit non ? Eh bien c’est ce que COW affirme. Toujours en quête d’exploration sonore et d’innovation artistique, il nous prend par la main dans ce voyage, en route pour vaincre nos doutes.

On ne sait jamais trop où les tracks vont ni comment la production va évoluer, alors, on ne peut que se laisser emporter par les boucles hypnotisantes. Les différentes textures s’installent petit à petit, à l’image de ces pensées intrusives, qui nous font sans cesse remettre en question nos choix. Inspirons puis expirons au rythme de « Dead Air » et nous voilà libérés de cette prison personnelle. Quoi de mieux que de danser sur ces productions qui nous font tant vibrer pour se sentir plus léger ? Allez, ça ne fait pas de mal !

Ignez – When We Froze

Bien couverts ? Vous êtes sûrs ? Alors, enfilez vos combinaisons thermiques, vos masques de protection et tout ce qui va avec, direction la banquise arctique avec Ignez. Les productions froides et atmosphériques de When We Froze feront de vous — et de nous — de vrais esquimaux. Le premier EP de Ignez sur le label Primal Instinct nous immerge entièrement dans les eaux glacées de son esprit. Au fur et à mesure des tracks, les productions s’assombrissent, mais le rythme garde sa cadence. Brisez la glace, et vous trouverez une eau vive juste sous vos pieds.

Les émotions nous traversent comme un courant et nous avons presque envie de nous laisser emporter là où la lumière ne pénètre plus. Mais au loin, dans « Only Up », une voix robotique et parfois distordue nous tire vers la surface. On se retrouve dans ce monde, construit par Ignez, pile entre la glace et l’eau, entre l’inertie et le mouvement, entre le calme et l’agitation. Là est toute la dualité du DJ, ses productions nous ancrent autant qu’elles nous remuent et bizarrement, on ne se rendait pas compte que c’était pile ce dont on avait besoin.

Late Again – I Dreamt I Was Awake

Nous aussi on a fait des rêves un peu bizarres cette nuit, alors quand on écoute I Dreamt I Was Awake, on ne sait pas si on est toujours dans un rêve lucide ou dans la réalité. Pincez-nous ! Late Again se situe quelque part entre le métro de Brooklyn et les plages de São Paulo, et cette double culture s’entend dans ses productions. Une atmosphère onirique, une dream pop aux influences bossa nova et un groove enivrant, voilà la recette magique du musicien. On croirait presque écouter de la jungle dans « If You Have A Bridge (I’m Buying) » alors vous pouvez être sûrs que nos oreilles ont tout de suite accroché !

Late Again l’avoue, il est dans sa mid-life crisis — vous savez ce moment dans la vie où nous avons l’impression de n’avoir toujours rien accompli, alors l’envie nous prend de tout plaquer pour partir élever des alpagas — et il se pose un milliard de questions. À travers ce projet, le chanteur essaye d’y répondre, mais surtout de relativiser, avec humour et une petite touche de cynisme. Le monde va mal, l’humanité va mal, mais nous pouvons encore rire et s’aimer, alors pourquoi se retirer ce plaisir ?

Dizzee Rascal – We Want Bass

Assez de crises existentielles, on veut danser ! Dizzee Rascal n’a pas menti et les férus de basses seront plus que satisfaits avec ce nouvel album paru sur Big Dirtee Record. Dubstep, speedgarage, RnB et influences house nous téléportent directement dans les clubs des années 2000, pour une soirée entre transpi’ et stroboscopes. On ne va pas mentir, les samples de 50 Cent et Nelly sont plus qu’appréciés. Aucune prise de tête en vue, l’heure est à la fête et le pionnier du grime anglais l’a bien compris. We Want Bass est un réel hommage à son genre de prédilection et il nous montre qu’on peut toujours compter sur lui.

On pourrait reconnaître le rappeur entre mille. Premièrement grâce à son accent à couper au couteau, mais surtout grâce à son énergie inégalable. On sent bien ses talents de MC dans son rythme de prose. Alors, même si parfois, on ne comprend pas tout ce qu’il dit — l’accent anglais c’est toujours un peu compliqué — les productions se suffisent à elles-mêmes. Et puis, ça n’empêche personne de rebondir sur les échos de ses basses, qui doivent assurément faire vibrer les enceintes de n’importe quel club — le rêve.

Amelie Lens – Aura

Notre chère Amelie Lens est toute aussi galopante qu’à son habitude. Alors que la Belge navigue dans les eaux électroniques depuis maintenant dix ans, Aura est son premier album ! Toutes ces années, la DJ a surtout su se démarquer avec ses performances live explosives. Après trois singles pour nous introduire l’univers de cet album, Aura est enfin entre nos mains, ou plutôt dans nos oreilles. Aucun doute, les productions entre acid et trance nous viennent bel et bien du studio d’Amelie Lens.

On sent l’influence des nombreux festivals auxquels la DJ a participé. Mais même avec des tracks festives et euphoriques comme « drift away », la Belge n’oublie pas ses premières raves et les racines de son terrain de jeu qu’est la scène électronique. « 4am at RSO » et ses échos abrasifs nous emmènent au fin fond du club berlinois, bien trop sombre pour voir qui que ce soit et bien trop humide pour ne pas être moite. Aura se place alors au carrefour de tout ce qui compose Amelie Lens, entre popularité mainstream et attache a un passé plus underground. Deux univers avec lesquels elle arrive étonnamment bien à jongler.

Carré – Citrine

Comme le quartz, Citrine a une certaine aura, jaune orangée et presque phosphorescente. Le premier track « Spend It » s’accompagne de la voix posée de la rappeuse Mercury, et solidifie le pont que Carré essaye de construire entre le rap, le RnB et ses productions undergrounds. Sans être lourde, sa dubstep est pourtant profonde et vibrante. Une ambiance éthérée s’installe tout au long du projet, créant un lien parfait entre méditation et pression mélodieuse.

On comprend alors rapidement que Citrine est un projet à travers lequel la productrice a voulu explorer de nouveaux territoires. La dubstep toujours en fond, Carré ajoute un peu de groove par-ci, un peu de synthétiseurs atmosphériques par-là et quelques percussions pour agrémenter le tout. L’EP a quelque chose de solaire, comme un rayon de soleil timide qui arrive tout de même à réchauffer notre peau. On va le garder bien précieusement dans notre playlist car il pourra peut-être pallier notre manque de vitamine D qui risque d’arriver très vite…

corto.alto – SOME SMALL FORTUNE FINAL

Il est enfin temps d’assister au banquet de corto.alto prévu en ce 4 septembre, et pour l’occasion des violons digne d’Orgueil et Préjugés nous accueillent. Grande classe ! Ces cordes nous suivent tout au long du projet, qui, pourtant, se dirige vers des sonorités jazz, broken beat et hip-hop. Tout droit venu de Glasgow, corto.alto nous montre de quel bois se chauffe la scène anglaise — sans mauvais jeu de mots — en repoussant les limites du jazz contemporain.

L’écriture du multi-instrumentiste est imprévisible : les rythmes tourbillonnent et les cuivres s’associent aux sonorités électroniques. L’univers musical de corto.alto possède tellement de strates sonores qu’il nous faudrait des années pour les éplucher. Sur SOME SMALL FORTUNE FINAL, Liam Shortall accompagne ses productions de plusieurs voix, qui rendent son projet encore plus éclectique. Entre les rappeurs Vector et Mick Jenkins ou bien les voix enivrantes d’anaiis et Terra Kin, les vocalistes étendent encore plus l’univers musical dans lequel ils sont invités. Pour tous ceux qui disent que le jazz c’est ennuyant, c’est que corto.alto n’est pas encore tombé sur votre route, alors ne nous remerciez pas, c’est avec plaisir !