Damoiselles, damoiseaux et celleux qui s’identifient entre les deux, l’heure de notre live report du Festival du Roi Arthur a sonné ! C’est dans les traditionnels champs de Bréal-sous-Montfort que la quinzième édition des festivités a pris place, entre le 21 et le 23 août 2026. Tsugi vous prend par la main et vous emmène, au travers de ses yeux et de ses oreilles, faire un tour du festival !
Le Roi Arthur, c’est presque 75 000 festivalier·es sur trois jours – tout de même. Pour régaler tout le monde, la programmation s’est scindée en plusieurs concerts éclectiques et intergénérationnels, que ce soit du rock à la musique électronique — surtout la musique électronique —, en passant par le rap, la pop ou bien la chanson française. L’organisation a aussi mis ses participant·es à l’honneur, en leur offrant une scène pour des jam sessions et des karaokés immersifs. Retour en récit sur une flopée d’instants hauts en couleurs.
Le dieu de la météo – s’il existe – a été conciliant. Une heure avant l’ouverture des portes, de gros nuages noirs d’une pluie d’orage menacent l’Ille-et-Vilaine. Quelques grosses gouttes commencent à tacher le macadam ici et là. Puis, en quelques secondes, un rideau de pluie s’abat. Fort heureusement, la noirceur du ciel s’estompe progressivement pour laisser place à une lumière, déjà presque rasante du soir. Si bien qu’à l’ouverture des portes, aux alentours de 18h vendredi, il ne reste sur le site du festival qu’une odeur de terre mouillée – pas désagréable. Ce sera la seule mésaventure humide du festival. Ouf.

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Un début de soirée sous le signe du rap
Nous sommes entre chien et loup. Après une galette-saucisse ou une bonne barquette de frites ketchup-mayo, une pinte de blonde ou le mystérieux hydromel vert fluo servi au bar, les corps sont parés à entrer dans la soirée. Le vendredi, c’est le trio de rap L2B qui ouvre le bal sur un solo de batterie et des flammes qui jaillissent de la scène – peu habituel pour ce genre de musique, mais franchement le bienvenu. Le ton est donné. La foule est jeune, la plupart des filles sont encore plus grandes que les garçons – sans doute plus pour très longtemps. Toute cette émulation donne lieu à un bon nombre de pogos. Près de nous défilent des groupes de Schtroumpfs, des vaches, des licornes et autres surprenantes créatures. Entre deux morceaux, les rappeurs entonnent : “L2B ballon d’or, L2B ballon d’or”… Ou encore : “Vous êtes fatigué·es”, ce à quoi la foule répond en hurlant : “On n’est pas fatigués” ! Évidemment, tout le monde se prend au jeu.
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À la même heure, le lendemain, c’est le rappeur La Mano qui prend les rênes de la main stage. Les basses de la première production résonnent contre nos poitrines. C’est de sa voix rauque que le rappeur va débiter morceau sur morceau avec son backeur, sans pour autant perdre la foule, qui saute de la première à la dernière minute du concert. Le DJ, perché sur une plateforme, est chargé de mettre l’ambiance. Entre chaque titre, il entonne au micro des “pull-ups” ! Ce à quoi la foule semble répondre : “poulooooooo”. Mais où sont passés tous les quadras et les quinquas ?

La musique celtique à l’honneur
C’est sur cette question que nous nous décidons de nous mettre en route pour les trouver, en foulant l’herbe brûlée par les précédentes canicules et parcourue par les milliers de festivaliers. Après avoir parcouru une paire de centaines de mètres, nous arrivons au King Dôme, devant lequel siège une épée d’environ trois à quatre mètres, bien évidemment solidement plantée dans son rocher. Sous cet immense chapiteau, les flûtes irlandaises, les binious et autres cornemuses se font écho. Ici se produisent des légendes de la musique celtique, telles que Klara Ninn, Armens, Julien Loko ou encore Carlos Nuñez. C’est donc là qu’ils ont trouvé repaire.
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Des pop stars pour le peak time
Le vendredi, 15 minutes avant la fin du concert de disiz sur la scène Lancelot, une marée humaine se dirige vers la scène Excalibur se trouvant juste en face. Elle se tasse petit à petit, du crash à la régie, et même bien derrière cette dernière. Il est à présent 22h30, le concert de Theodora commence dans cinq minutes. Une chenille d’ados tente de se frayer un chemin à travers la foule pour se faire une place privilégiée près de la scène : “Pardon, pardon”, “Oh mais arrête de me pousser là, t’as cru que j’allais te laisser passer ?” Les esprits s’échauffent un peu, mais plus pour longtemps.
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On entend soudain les basses retentir et la scénographie sous forme d’agora grecque s’éclairer, mais pas antique du tout, bien ancrée dans la culture flashy et pop d’internet. Une marée de mains, armée de téléphones, se lève. On entend des cris perçants et des sifflements. Theodora entame les premières notes de “243km/h”. Vers le milieu du concert, nous avons le droit à la réapparition de disiz, pour l’interprétation de « melodrama » – que tout le monde chante en chœur. Quelques chansons plus tard, notre boss lady à tous·tes nous accueille dignement : “Eh les Bretons, vous savez que je vous adore ou pas ?” Cette attention semble être allée droit au cœur des concerné·es car une vague d’acclamation retentit et les drapeaux gwenn ha du aux onze hermines s’agitent. Tout au long du concert, la chanteuse nous démontre qu’elle est aussi une showgirl hors pair, avec une prestance scénique remarquable et une voix bigrement juste. Quoi ? Déjà ? Il est déjà l’heure de se dire au revoir, elle doit filer dans le tour bus pour se rendre à sa dernière date de festival de la saison, Le Cabaret Vert, le lendemain.
Le samedi à la même heure, c’est Louane qui prend les manettes de la scène Lancelot, déjà plongée dans la pénombre. Elle arrive par la foule, presque incognito, avec de grosses lunettes de soleil et un long sweat gris : elle entonne le refrain “solooo solooo”, du titre “Solo” de son album éponyme. Quand les premières notes de son tube “Avenir” résonnent, la foule se met spontanément à chanter avec elle, tout le monde connaît les paroles par cœur. Que ce soit les ados – devenus presque adultes – qui étaient encore en primaire lorsque le tube en est sorti, ou les parents qui l’ont – de facto – beaucoup écouté aussi. Force est de constater que la chanteuse fédère encore.
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Une bonne demi-heure du concert est entamée, quand, au beau milieu d’un refrain, plus de son ni d’image ne parviennent. Chacun murmure à son voisin son incompréhension, formant une mer de chuchotements et d’inquiétude qui contraste avec l’engouement et l’intensité qui se manifestaient jusqu’ici. Quelques secondes plus tard, Louane nous annonce : “Alors on a un petit problème électrique, on fait très, très, très vite”. Après cinq bonnes minutes, la chanson reprend pile où elle s’était arrêtée et le reste du concert se déroule sans encombre. Au moment de quitter la scène, la chanteuse, visiblement émue, remercie la foule assurément généreuse : « Merci le Roi Arthur, c’était incroyable ce soir, je n’oublierai jamais ! »

Le coup de cœur de Tsugi
À 19h le samedi, sous un ciel légèrement voilé et une température optimale de 19 degrés, les Dynamite Shakers, originaires de Saint-Hilaire-de-Riez, en Vendée, ont secoué le système son de la scène Lancelot. Ils nous transportent dans un voyage spatio-temporel pour l’Angleterre moite et électrique des années 1960-1970. Le groupe se compose d’un batteur excellent et survolté – sa frange goutte d’ailleurs de transpiration – , d’un bassiste androgyne aux cheveux longs et au regard énigmatique effectuant ça et là des grands écarts en l’air quand la musique s’énerve, et de deux guitaristes et chanteur·euses, tout aussi charismatiques, à la voix tendre et aux cordes entraînantes.
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Leur répertoire oscille entre le français et l’anglais, des morceaux qui déménagent et d’autres aux influences indie-rock et mélancoliques. Il est certainement trop tôt pour que l’espace devant la scène soit rempli, mais ils ont réussi à rassembler deux générations. Un quinquagénaire dégarni, avec un sac à dos qu’on imagine rempli de gourdes, de chapeaux et d’une trousse de secours pour ses enfants, se déchaîne et se remémore sans doute ses premiers festivals, à lui aussi. Un groupe d’adolescent·es vêtu·es d’un style très similaire à celui du groupe connaît les paroles par cœur. Iels les chantent en cercle, en sautant dans tous les sens et en agitant leur longue chevelure de haut en bas. C’est de ce genre de concert dont on ressort avec un effet “wahou”, ce même genre qui donne envie de se plonger dans la discographie de ces – très – jeunes artistes qui se sont forgés sur scène – et ça se sent assurément.
La convivialité et le partage comme mot d’ordre
À l’ouest du festival se trouvaient la zone Merlin l’Enchanteur et la Kouign Zone. Le mot d’ordre de ces deux espaces ? Le Fun avec un grand F. Sur la première, entre 21h et minuit, un karaoké immersif prenait place, laissant le talent musical des festivalier·es éclore. On y a entendu une version bluffante de “Parle à ma main” de Yelle et Fatal Bazooka. Notre petit doigt nous dit que cette personne n’en était pas à son premier karaoké. Quant à la Kouign Zone, c’était un espace qui se partageait le petit chapiteau de la scène électronique, d’où retentissaient des boucles de trance et d’acid, et une mini fête foraine maxi drôle. Au centre de celle-ci, était notamment placé un trampoline avec des ballons sauteurs, pour lequel on n’hésite pas à faire vingt minutes de queue pour se tamponner les uns les autres. De quoi ressortir avec le ventre qui fait mal tellement on a rit et les cheveux qui collent à la sueur de notre front.





























































