Tsugi est allé trouver refuge dans les Alpes suisses pour la 16ème édition du PALP festival. Au sommet des montagnes, on a vécu trois jours de lives dans des cadres naturels irréels. Rock gras, raclette du 15 août et instants suspendus : on raconte nos 3 jours au PALP.
Par Corentin Fraisse
À la conquête de l’or des Alpes. Le PALP festival et son fameux programme ‘Rocklette’ promettaient une bonne dose de rock énervé, de fromage et de communion au coeur des Alpes suisses. Direction le Valais, canton où le festival suisse se déploie d’avril à novembre pour des expériences immersives dans des lieux atypiques.
Au fil de notre voyage depuis Marseille, les rails percent la forêt et s’engouffrent vers les montagnes. Nous terminons notre périple par un trajet en télécabine, au-dessus du Val de Bagnes. La cabine individuelle surplombe la vallée, on entend les cloches des vaches en voyant le soleil se coucher derrière la montagne. Nous sommes dans un film Disney.
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Du gras dans les amplis
Ce qui rend l’expérience PALP unique, ce sont les lieux abritant les concerts. Les deux premiers jours, tout avait lieu au Col du Lein, à 1700m. On y accède après un trajet en télécabine, en bus de 50 places bondé comme un wagon de la ligne 13 sur des routes sinueuses que nous hésiterions à prendre en Twingo, puis en navette-fourgon. Les mines sont radieuses tout au long de ce transit : le paysage est hallucinant. Arrivés sur place nous sommes accueilli par un groupe de biquettes, dont une vient chercher des caresses. Nous prenons ça comme une bénédiction de la part du lieu et de la faune locale.
Au-delà du cadre spectaculaire, c’est aussi la prog’ qui nous a fait venir. Neuf groupes pour trois jours de lives en après-midi, de midi à 17h. Avec : Shah Blah, Elder, Chat Pile le 1er jour puis Meatdripper, Causa Sui, Planet of Zeus au col du Lein le lendemain, avant de terminer au Vacheret (Verbier) en compagnie de Moonpools, Melody’s Echo Chamber et Fat Dog.
Si on n’oubliera pas le shoegaze de Moonpools, ou certains titres d’Elder qui nous ont rappelé Red Fang, les progressions et envolées planantes de Melody’s Echo Chamber, ou encore les instrumentations cinématographiques de Causa Sui, trois formations sont particulièrement sorties du lot pendant ce week-end. En tout cas pour nous.
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Venus d’Oklahoma City, les quatre de Chat Pile ont livré une partition violente et cathartique. Leurs compos, entre post-punk et heavy, sont des exutoires : en témoigne l’attaque de chaque riff, la rage du texte, la distorsion de la basse et les cris superbes du chanteur Raygun Bush. Le public leur rend bien, pogotant et soulevant la poussière. Nous avons d’ailleurs adoré les blagues à tout-va de ‘Ray’, sa dégaine de pochard et son militantisme assumé.

Détente maximum
L’emplacement est isolé, dans les alpages au milieu de quelques arbres. Les installations sont minimalistes, le cadre est superbe, il n’y a que peu de réseau téléphone… Et c’est un peu ce qu’on est venu chercher. « C’est une bénédiction » nous disait Chat Pile. « On revient à la nature. On a besoin de plus d’événements comme ça, tout ce qui peut nous rassembler, nous amener à partager »
La découverte impressionnante est venue avec Meatdripper. Les Birminghamiennes — oui c’est laid, mais ça se dit — déploient un doom/stoner terriblement efficace. Les morceaux se construisent autour d’une basse profonde, de chants mystiques et d’une précision d’orfèvre dans la gestion de l’intensité. « C’est si beau ici, on se sent tellement chanceuses, en se réveillant ici ce matin on a pleuré » lancent-elles avant d’envoyer un bois titanesque. Coup de chapeau à la batteuse Lich, hypnotisante, preuve par l’exemple qu’on peut allier puissance et précision. Et 20 minutes après leur set, elles se mélangent au public pour aller chercher une portion de raclette.

Dans le public on trouve tous les âges, groupes de jeunes, vieux couples mais aussi des familles, même les chiens sont autorisés. La détente est de mise, comme pour un pique-nique, avec les montagnes en arrière-plan. Même pendant les lives, quand quelqu’un tombe, on le relève. On se bouscule, on s’excuse en souriant. Basique mais important. On repère facilement les parents rockeux qui viennent avec leurs enfants au festival, se mettent en retrait dans l’herbe sous un arbre, et hurlant de loin pendant les concerts ou faisant du air batterie.
Après l’effort, la récompense
Le dernier jour de la Rocklette prend place au col du Vacheret, à 2000m. On y accède en rando (pour des citadins, 15 minutes de marche en montée dans les chemins, c’est une rando). Mentalité Kaizen, on finit par arriver au festival. Là, tout n’est qu’ordre et beauté : luxe, calme et volupté. Le spectacle est fou, on se croirait dans un tableau. La scène donne directement sur la vallée grande ouverte. Avec derrière elle, le cirque du Fer-à-Cheval… Sur la gauche, en plissant les yeux, on aperçoit le Mont Dolent et derrière les nuages, nous devinons le Mont Blanc.
Ce coin de paradis est bientôt secoué par la bande de Fat Dog. Leur live survolté au Sziget Festival à Budapest à l’été 2025 m’avait mis en émoi : les six Londoniens sont venus au PALP avec la même énergie, formation trois guitares, une saxophoniste et un violoniste. La basse jouée au Korg est salace, l’ambiance décolle, le public saute rageusement. La faute à un Joe Love (chant) en grande forme, s’incrustant dans la foule dès le deuxième titre. Il ne cessera de faire des allers-retours scène-public, beuglant les excellents “Shit Love”, “Peace Song”, “Vigilante” ou encore “Pray To That”. L’assistance a laché ses toutes dernières armes pendant cet ultime live.
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Rock + Raclette = Rocklette
Comment oublier l’une des grandes actrices de l’événement ? La raclette, évidemment. Et oui, Rock + Raclette = Rocklette, tout était dans le titre. Les files d’attente se forment devant les stands où sont alignés les vrais appareils à raclette traditionnels : ceux où l’on vient faire griller sa demi-meule de fromage. La raclette mi-août n’était pas forcément dans notre Bingo 2026, mais elle fut notre meilleure camarade entre les plateaux. Le PALP a voulu installer son public dans des conditions magiques, avec le confort qu’on partage comme à la maison. Pour nous faire fondre jusqu’au bout.
C’est le cœur léger et l’estomac lourd que nous prenons pour la dernière fois les télécabines, avec la certitude de revenir au PALP. Histoire de revivre l’émerveillement que nous avons ressenti en accédant aux lieux de concerts, de communier en musique avec des jauges raisonnables (de 900 à 1300 personnes selon les jours) et de découvrir de nouveaux groupes dans des lieux dingues.
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Pour le PALP Festival la saison est loin d’être finie, car les événements s’enchaîneront au Val de Bagnes jusqu’en novembre. En commençant par l’Electroclette avec entre autres Kittin, Anetha et Anfisa Letyago.
Meilleurs moments : la découverte Meatdripper + hurler les paroles “Pray To That” de Fat Dog à quelques centimètres du chanteur, dans un cadre irréel avec les montagnes en fond.
Pire moment : Les prix des stations suisses, bien au-delà des prix pratiqués dans le festival. Vous souffrez dans ‘la France de Macron’ ? Faudra pas trembler en payant un burger-frites 40 CHF (43 euros).
Playlist de ces trois jours au PALP festival :
« Pray To That » – Fat Dog
« Homegrown » – Meatdripper
« Frownland » – Chat Pile
« Waiting » – SHAH BLAH
« Sanctuary » – Elder
« Never Mind » – Moonpools
« Them Nights » – Planet Of Zeus
« Quand Vas Tu Rentrer ? » – Melody’s Echo Chamber




























































