Du 13 au 16 mai 2026, Tsugi s’est évadé à Brighton. Récit de nos coups de cœurs musicaux pour la 20ème édition du festival britannique The Great Escape. Let’s go.
Par Michel Masserey
Chaque mois de mai, The Great Escape transforme la ville de Brighton en vaste laboratoire des musiques émergentes. Pendant quelques jours, programmateurs, labels, agents, médias et plateformes de streaming envahissent la station balnéaire anglaise pour tenter d’identifier les prochains noms capables de traverser les frontières européennes. Plus qu’un festival, The Great Escape fonctionne aujourd’hui comme une gigantesque foire aux intuitions, où l’on vient autant flairer les tendances que signer des artistes.
Cette année encore, l’événement brassait des centaines de groupes répartis dans les clubs, pubs, caves, chapiteaux ou scènes improvisées en bord de mer. Dès la soirée d’ouverture, l’engouement autour d’Angine de Poitrine donnait le ton. Impossible d’approcher la scène trente minutes avant le concert. De loin ne filtraient que des échos d’un math rock ennuyeux et répétitif pendant que, dans la file d’attente, des agents britanniques s’enthousiasmaient déjà sur “le groupe du moment”, quelques jours après un concert complet à Londres.
Le lendemain, sous le grand chapiteau installé sur la plage, les Irlandais Brooki imposaient un rock sec, nerveux et physique. Au chant, Sarah rappelait autant Patti Smith que Pat Benatar, avec cette manière d’occuper la scène comme un territoire à conquérir. Quelques heures plus tard, la Galloise Neve Cariad séduisait sur une mini-scène montée à l’arrière d’un camion avec un country rock indie folk aux accents mélancoliques, tandis que Nectar Woode déroulait un R&B chaleureux et solaire dans une ambiance de plus en plus estivale.
Parmi les révélations du festival, les Australiens de Way Dynamic ont probablement signé l’un des concerts les plus élégants de cette édition. Le groupe de Melbourne navigue quelque part entre The Triffids et The Go-Betweens, avec des mélodies limpides, des guitares cristallines et des harmonies vocales suspendues qui semblaient flotter au-dessus du vacarme du festival.
Autre moment fort: la performeuse canadienne Annie-Claude Deschênes, quelque part entre disco industrielle et happening dadaïste. Bombe de crème fouettée à la main, elle traverse la foule, nourrit les premiers rangs avant de faire monter le public sur scène dans une euphorie moite et absurde. Derrière l’apparente provocation, son mélange de beats hypnotiques et d’électro abrasive produit une véritable transe collective.
Mais l’un des concerts les plus marquants restait sans doute celui de Mandy, Indiana. Entre noise, post-punk et techno industrielle, le groupe franco-britannique basé entre Berlin et Manchester déployait un mur du son métallique traversé de cris, de nappes abrasives et de rythmiques martelées. Portée par les textes en français de la chanteuse Valentine Caulfield, leur musique semblait transformer l’angoisse contemporaine en matière sonore brute, politique et hypnotique. Un final parfait pour un festival où l’on vient précisément chercher cela : les groupes capables de traduire le chaos du présent avant tout le monde.
Par Michel Masserey