We Love Green, qu’est-ce que ça a donné cette année ? Du 5 au 7 juin 2026, vos tsugistes se sont rendus en terres vincennoises pour dénicher, à l’ombre des bois, ses coups de cœur musicaux, ses surprises, et les quelques ratés observés — sinon, ce n’est pas drôle. On vous raconte.
Par Elio Froidevaux et Marion Sammarcelli
Eurêka ! On a enfin trouvé la solution pour stopper la pluie diluvienne qui s’abattait chaque année sur le festival. La formule n’était pas si compliquée à trouver, finalement : faire venir Theodora sur la grande scène, avoir des caméramans de folie pour raconter une histoire unique pendant le concert d’Oklou, et danser au rythme des morceaux de Six Sex. On ne We Love plus la Gadoue, mais on We Love Boss Lady, on We Love les retours triomphants, les petites scènes et les burgers aux champignons — pas besoin d’en faire tout un plat, vous avez raison. Place à notre sélection bucolique.
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Les têtes d’affiches
Cette année, We Love Green n’a pas blagué. Chaque jour, au moins une tête d’affiche inratable se produisait sur La Prairie, main stage du festival. Le vendredi 5 juin, ce n’est autre que Gorillaz, mené par un Damon Albarn en grande forme — et en veste de treillis ornée d’un badge du Che —, qui embarquait la foule dans son univers. Sur scène ? Une myriade d’invités : de Fatoumata Diawara pour interpréter « Désolé », en passant par Omar Souleyman qui a livré une version live endiablée de « Damascus », single du dernier album de Gorillaz, The Mountain, jusqu’à Kevin Melcer alias Posdnuos, membre de De La Soul et voix originale de « Feel Good Inc. », titre qui n’a pas pris une ride en 21 ans d’existence. Enfin, après avoir gueulé un : « I know what you want from me » (« Je sais ce que vous voulez de moi »), Damon Albarn s’est attelé à jouer les premières notre de l’iconique « Clint Eastwood », repris en cœur par la foule. Inoubliable.
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Le lendemain, c’est Theodora qui s’érigeait en reine devant plus de 40 000 personnes. L’année dernière, la Boss Lady s’était produite sur La Canopée, une des plus petites scènes du festival. Résultat : grand nombre de fans s’était insurgé de ne pas la voir enchaîner les hits perchée sur la main stage. Leur requête a été — bien — entendue par les équipes de We Love Green, puisque cette année, Theodora foulait La Prairie, à peu près au même créneau qu’une Charli XCX en juin 2025. Et on en a pris plein les yeux. Pendant 1h15, elle a enchaîné les morceaux de son album MEGA BBL (« PAY! », « KONGOLESE SOUS BBL », « DO YOU WANNA ? », « ILS ME RIENT TOUS AU NEZ », « FASHION DESIGNA »), sans oublier ses singles plus récents comme « Miss Kitoko » et « Des mythos » ou bien « melodrama » en feat avec disiz qui l’a rejoint sur scène. Le tout, porté par des visuels ultra-kitschs et des danseur·ses survolté·es.

Le dimanche, retour au calme — quoique — avec un trio iconique. Pour la première fois en huit ans, Jamie xx, Romy et Oliver Sim se rejoignaient sur scène à Paris pour former The xx. Un moment historique et chargé d’émotion — autant du côté du public que du côté de la scène — qui tombait à point nommé pour clore trois jours de festival. Ouverture inoubliable avec le tube « Crystalised », temps suspendu sur « Angels » — illustrant la pureté de la voix de Romy —, ou bien cover du morceau de Drake et Rihanna « Take Care » renommé en « I’ll Take Care of U » (qui a fait sursauter tous les gens qui étaient ados en 2011), tout a été du miel pour les oreilles.
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Au milieu du show, Jamie xx a également pu s’exprimer en solo à travers ses titres « Loud Places », « Wanna » et « Treat Each Other Right », un grand moment d’hommage au clubbing, tandis que Romy et Oliver Sim ont également pu performer un de leurs propres titres, respectivement « Enjoy Your Life » et « GMT ». Enfin, les Britanniques ont choisi de terminer par le début en jouant de tant attendu « Intro ». Petite larme.

Les invétéré·es du dancefloor
Bon, on se devait d’aller tester le BPMomètre de la scène LaLaLand, qu’on a peut-être — un peu trop — occupée. Des basses, il y en avait, mais elles n’avaient pas toutes les mêmes saveurs. Sur le set de Tatyana Jane, on ne savait plus où donner de la tête, entre un mash-up de “KONGOLESE SOUS BBL” et d’un track hardcore, les hits de son dernier EP Discordia — sorti la veille de son passage au festival — et son fils qui tentait de s’inviter sur le DJ-booth. Dans un autre registre, la coolitude du producteur canadien Loukeman nous a humblement convaincu, et ce ne sont pas ses productions house, bass music aux accents lo-fi et post-club qui nous diront le contraire, ou l’édit d’un morceau du rappeur Future passé en fin de set.
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Le dimanche, Olympe4000 nous a régalé, comme d’habitude, avec sa techno nineties agrémentée de breakbeat et de sonorités trance progressive. Mention spéciale pour le monsieur qui dansait comme si personne ne le regardait juste derrière elle. Ne changez jamais ! De leur côté, Bambounou & HAAi nous ont offert le b2b qu’on espérait en fin de festival, entre tech-house et french house — avec Romy, la chanteuse et guitariste de The xx, en guest derrière les deux DJs. Le VJing nous a offert un spectacle assez étrange, entre avatar d’animés japonais et de jeux vidéo ultra-colorés. C’est validé !
Du turn-up sur la Think Tank
La Think Tank, c’est la scène où les grands esprits se rencontrent, mais aussi celle des performeurs les plus prometteurs. Dès le vendredi, on a pu assisté au show maîtrisé d’Adés The Planet, mêlant trap mélancolique et rythmiques jersey club, accompagné de Moera June à la guitare. Émue, elle exprime sa gratitude au public, venu pour la voir : “Avant de faire de la musique, je n’avais même pas d’argent pour aller en festival, maintenant me voilà de l’autre côté de la scène. Merci, c’est grâce à vous.” Le samedi, dans un autre délire, énorme surprise devant Six Sex. La chanteuse a rempli la scène Think Tank alors-même que l’acid queen KI/KI mixait sur la LaLaLand. C’était le set parfait pour se défouler entre sexy ghetto-tech à la Miss Bashful, paroles féministes scandées en anglais et en espagnol, libération du corps et collab’ avec le producteur MCR-T. On exige de la revoir.
Comment peut-on savoir, lorsqu’on assiste dimanche en fin d’après-midi, à une performance de la dessinatrice Émilie Tronche, créatrice de la série Samuel, accompagnée de l’artiste Max Baby à la guitare, qu’une heure après, on allait bondir sur les rythmes hyperpopiens du duo Kumo 99. L’un bidouille des breakbeat et des textures hardcore avec ses machines, l’autre transpire des paroles punk en japonais. Une nouvelle fanbase s’est créée après ce concert, vous pouvez en être sûrs.
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En parlant de fanbase, celle de Ninajirachi était clairement au rendez-vous. Pour les non-initiés : c’est de l’EDM ultra girly et noisey. Elle enchaîne explosion sur explosion, nous balance son exclu’ avec le producteur australien Porter Robinson, et termine par “Fuck My Computer”, avant de remonter sur scène pour jouer la version remixée du duo Frost Children. Les visuels projetés reprennent les moments forts de sa dernière tournée, passée par Paris, notamment au Trabendo, le 17 mars dernier. On en oublie presque qu’il y a eu un bingo géant sur cette même scène, ou bien un talk avec Piche et Mami Watta.

Les incontournables
À We Love Green cette année, Tsugi avait ses artistes incontournables à aller voir. Le vendredi, Dijon en faisait amplement partie. Le chanteur et musicien américain n’a pas menti sur sa capacité à retourner le public avec sa soul intense. Au premier abord, on pense voir un show très intimiste, porté par un live band de cinq musiciens, mais lorsque les productions grandiloquentes de son dernier album Baby prennent le dessus, on se sent tout de suite attrapé par un groove exceptionnel, surtout à l’écoute de “Yamaha”, notre passage préféré. Une transition toute trouvée pour contempler Little Simz à La Prairie. La rappeuse britannique n’a pas hésité à embarquer le public parisien dans son univers nineties et profondément soulful. Accompagnée de son groupe — shout-out à la bassiste Marla Kether qui nous a charmé·es avec son expertise du groove —, elle a enchaîné ses titres phares entre « Venom », « Selfish », « Free » ou encore « Point and Kill ».

Le lendemain, place à Oklou à La Clairière. Et là, on n’a pas raté une seule partie. De son opening sur ‘ »ict », au closing sur « choke enough », en passant par « obvious » — qu’elle a désigné comme sa chanson préférée —, « harvest sky », « family and friends », « dance 2 » et les morceaux qui ont sur régaler les fans de la première heure comme « galore » et « god’s chariots ». Conclusion, la pop céleste d’Oklou, ses émotions, sa douceur, sa flûte à bec lumineuse et son attrait pour la musique de club, sont toujours aussi efficaces auprès du public. Et pas seulement : on a cru apercevoir Theodora dans les coulisses… Une reine doit toujours soutenir une autre reine. Period. On n’oubliera évidemment pas de mentionner la performance de l’irremplaçable Mac DeMarco, qui nous a rappelé à quel point on pleurait sur « Ode to Viceroy » lorsqu’est venu le temps de notre première rupture, à 14 ans. Oui, ça devient très personnel.

Enfin, le dimanche, impossible de louper Soulwax. Même si nous avions déjà vu le concert des frères Dewaele de nombreuses fois déjà — notamment à Al Salle Pleyel en janvier 2026 —, on ne s’en lasse toujours pas. La recette, c’est toujours la même : trois batteries, une basse, des — énormes — contrôleurs modulaires signés Hackin’ Toys et des morceaux très efficaces à la croisée entre rock et musiques électroniques.
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Les grosses machines peuvent paraître factices ? Aucun souci, Soulwax a pensé à tout : en plein milieu du concert, les deux frères belges se sont lancés dans une démonstration façon tutoriel permettant à tout le monde de comprendre comment cela fonctionne. Un moment ludique et musical qui a eu l’air de plaire à l’entièreté des festivaliers présents, de quoi encore mieux apprécier les morceaux de All Systems Are Lying et de leurs précédents projets.

Ni satisfaits, ni déçus pour autant
Il arrive parfois que certains concerts soient moins convaincants que d’autres. Le rappeur Lancey Foux promettait à l’origine un show à sa hauteur — au sens propre et figuré, à la vue de sa taille gigantesque — mais l’Anglais s’est contenté de lancer à la chaîne ses hits trap ultra-énergiques, sans toujours prendre la peine de rapper — pas étonnant pour un concert de rap de nos jours, il est vrai. Mais le mini-nous garde un bon souvenir des morceaux “SHE THE ONE” ou “WORLD ON FIRE” lancés en fin de show, issus de son projet LIFE IN HELL(2022). De la nostalgie pour foutre le monde en feu, voilà ce qu’il nous manquait pour débuter la semaine.

Elle est LA popstar internationale de cette édition 2026. Et malheureusement, elle a parfois pu être clivante. Oui, Addison Rae prône la liberté de son propre corps, assume sa sexualité et s’autorise tout, des sous-vêtements en cuire, au boa confectionné en billets verts en passant par tout un tas d’acrobaties et autre bain de foule. Mais pousser le vice à ce point peut paraître un peu étrange lorsque l’on arbore une attitude juvénile, enfantine, avec deux couettes fixées sur la tête. On a parfois cru voir en elle une Britney Spears enfermée, conditionnée à devoir jouer un certain rôle. Pour autant, le show était très bien pensé : on a adoré le moment de folie engendré par la performance de sa revisite de « Von Dutch » de Charli XCX, un plaisir aussi d’entendre « Fame is a Gun » en live, et de voir une performance de danse aussi complète, même si l’on a regretté l’absence de musiciens.

Ça y est We Love Green a officiellement lancé la saison de festivals Paris, tout en continuant de s’imposer comme un incontournable au fil des années. Tête d’affiche, découvertes, artistes incontournables, on a apprécié de nombreux concerts et on reviendra l’année prochaine, bien sûr.
Par Elio Froidevaux et Marion Sammarcelli


























































































