C’était la dernière de Peacock Society et vos tsugistes ne pouvaient pas manquer ça ! La fin d’un ère s’est actée sous un nouveau format, les 10 et 11 juillet pour un week-end entre club, énergie rave et partage.
C’est avec beaucoup de tristesse que nous écrivons cet article. Peacock Society a tiré sa révérence lors de sa quinzième édition. La fin de cette histoire se raconte à travers le changement de lieu radical du festival. Cette année, les deux jours de fête ont eu lieu non pas en extérieur comme à son habitude, mais sur les deux étages que se partagent les clubs FVTVR et Wanderlust. Ce passage indoor marque la fin d’une identité visuelle et d’une expérience sensorielle, et ça a, vraisemblablement, inquiété beaucoup d’habitués du festival. La raison du déménagement est surtout liée à la crise du secteur qui complique l’organisation d’un événement de grande taille en extérieur.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Baisse des subventions culture : ça change quoi concrètement ?
Selon le Syndicat des Musiques Actuelles (SMA), le déficit moyen d’un festival était de 108 000€ en 2025 pour 75 000€ en 2024. Peacock Society n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs festivals en subissent les conséquences. On pense notamment à Woodstower à Lyon qui a mis la clé sous la porte ou encore à l’annulation de Lollapalooza en 2026. En tout cas, et malgré les appréhensions concernant le lieu, l’ADN de Peacock reste vivant à travers sa programmation. Encore une fois, ces deux nuits ont réunis le gratin des musiques électroniques, Tsugi vous raconte.
Deux salles, deux ambiances
La lune est déjà très haute dans le ciel à notre arrivée sur le quai d’Austerlitz. Un peu de monde s’active sur l’esplanade du Wanderlust… Certains prennent des photos devant le fameux logo « Peacock Society », d’autres attendent au bar, mais la plupart des festivalier sont sûrement déjà dispersés entre les quatre scènes qui serviront de terrains de jeu pour la soirée. Par ou commencer ? Frost Children sur la scène Wanderlust ? Roulita sur la FVTVR ? Allez, descendons d’un étage pour la fin du set de la DJ française. Dès notre arrivée, la moiteur qui s’émane des corps dansants ne nous épargne pas et nos cheveux collent à notre nuque.

Sous des lumières rouges et un air ambiant brumeux, Roulita mixe devant le nom du festival. Concentrée sur ses platines, elle dégage une énergie brute et éthérée. Derrière elle, Adiel et Quelza qui la succèderont arrivent. Après une embrassade rapide, la musique ralentit et la fin du set se fait sentir. Roulita tire sa révérence devant l’acclamation du public et se retourne pour applaudir elle même le logo « Peacock Society » entre remerciement et reconnaissance d’être présente aujourd’hui.

Les 12 coups de minuit ont déjà sonné lorsque le b2b entre Adiel et Quelza commence. L’un mix pendant que l’autre danse à ses côtés. L’énergie reste sombre mais le tempo s’accélère avec des beat syncopés. Quelza au numérique, Adiel au vinyle. Une voix angélique nous invite à continuer à danser sur le rythme des boucles entêtantes. Nous avons fermés les yeux pour ce qui nous a semblé une seconde, alors qu’une heure, puis deux sont passées. Une fois au cœur de la scène du FVTVR, le temps n’existe plus.
Il est temps d’émerger de ce qu’on a appelé « la cave » et de jeter un coup d’œil à la fratrie Frost Children. Après deux heures dans le noir, les lumières stroboscopiques de la scène Wanderlust aveuglent et les lunettes de soleils apparaissent vite sur les nez des festivalier. Le public hurle, les basses grondent et des sirènes retentissent alors que la salle s’électrise. Sur scène, Frost Children a déjà bien entamé le show. L’un a une coupe de cheveux rousse effilée, l’autre est vêtue d’un polo blanc et d’un chapeau de marin : un univers mi-manga mi-indie sleaze en résumé. Le duo en profite pour jouer « Creep », issue de son EP Tweaker Poem sorti la veille. Si le début du morceau est calme — les festivaliers sortent un à un leurs téléphones pour créer une marée d’étoiles avec leurs flash — il termine par monter en tension en offrant explosion hyper pop à nos oreilles.

« Devant, à gauche, sous l’enceinte »
Après une petite pause sur les marches qui relient le FVTVR au Wanderlust, nous voila de retour sur la piste de danse. Une chose est sûre avec vos tsugistes, c’est que vous nous trouverez à l’avant — avec de quoi protéger nos tympans bien évidemment— en face à face avec les enceintes qui grondent. Alors quand u.r.trax lance les paroles « You can find me at the front, left speaker » (« tu peux me trouver devant, enceinte gauche ») signées deBasement, un petit sourire apparaît sur nos lèvres, nous sommes au bon endroit.

- À lire aussi sur tsugi.fr : Nouvelle signature chez Because : u.r.trax dévoile un premier single avec Vladimir Dubyshkin
La salle s’est bien remplie et la nouvelle recrue du label Because mixe devant un fond numérique aux inspirations sci-fi. Un espace est laissé vacant devant les decks, qui permet à ses copines/danseuses d’enflammer le public. Nous ne sommes pas les seuls à profiter du spectacle et Roulita se joint à nous pour un set qui montre que le BRAT summer n’est pas définitivement pas terminé ! Pendant son dernier morceau, u.r.trax laisse monter Kittin et Vel qui s’apprêtent à s’emparer de la Wanderlust, le sourire aux lèvres. Kittin porte un maillot de Hockey et sa frange ne bouge pas, tandis que Vel est en débardeur les cheveux au vent. Le DJ-set du duo nous emmène sur une autre planète, Vel passe son track « Sheer Belly Dancing » et on ne se fait pas de soucis : la salle s’apprête à vivre un moment mémorable.
Energie brute et dancefloor hypnotisant
« Attend il est quelle heure? », « Euuh, 3h et quelques… », « Dax J a commencé ! » Et nous voila en train de débouler les marches pour réintégrer le sauna qu’est la scène FVTVR. Nous le savons très bien, le DJ s’apprête à faire monter la température de quelques degrés supplémentaires. La musique est profonde et les basses nous font vibrer de la tête au pied. Du premier au dernier rang, tout le monde danse : la salle est imprégnée d’une euphorie sans précédent. Quand on pense que le moment ne peut pas être plus intense, Dax J nous montre que si, et dix fois plus fort ! Pourtant, lui est calme, de marbre même, alors que ses productions nous transpercent.
Après une heure et demie sans s’arrêter de danser, car nous étions en auto pilote lorsque Robert Hood a repris les manettes — sérieusement, comment faire une pause quand « The Bells » de Jeff Mills se lance ? — la transition avec l’extérieur est presque violente. Le monde paraît tout calme et il nous faut un petit moment pour faire redescendre l’adrénaline de cette fin de soirée, ou plutôt fin de nuit.
Un top départ groove et funk
Le lendemain, un joli dégradé arbore le ciel et se reflète sur La Seine pour nous accueillir. L’esplanade est un peu plus remplie que la veille et nous devons zigzaguer entre les festivaliers pour nous déplacer. Passage obligatoire au b3b entre Andy 4000, Mad Rey et Tatyana Jane qui ont déjà installé une ambiance funk et groovy dans la salle. Le public se déhanche et les éventails sont de sortie.

- À lire aussi sur tsugi.fr : Tatyana Jane : un pied dans la pop, l’autre dans l’underground
À force de taper du pied, tout le monde se fatigue. Un festivalier reprend des forces en mangeant burger tandis que Mad Rey s’autorise quelques secondes pour s’étirer derrière le DJ-booth. Pas de repos accepté pour Tatyana Jane qui l’attrape par le bras et lui dit de remonter ! Visuellement, des lumières rouges engouffrent la pièce, auditivement, percussions et sifflets — qui grattent nos tympans pile au bon endroit — nous offrent un voyage sans retour direction le Brésil. La fin du set devient plus agressive, les basses dégoulinent et quelques touches d’acid effleurent nos oreilles. L’énergie s’envole et certains se sentent pousser des ailes, au point de grimper sur les poutres en acier. Une folie qui ne durera que quelques secondes avant d’être réprimée par la sécurité… restons sur Terre tout de même.

Des sets pour danser mais aussi chanter
Impossible pour nous de quitter la salle quand le prochain duo a prendre les platines est constitué de Busy P et Channel Tres ! Et oui, Ed Banger porte bien son nom. Quand le label s’occupe de la programmation de la scène Wanderlust, on ne peut s’attendre qu’à bangers sur bangers. Le duo arrive, Channel Tres avec un durag argenté sur la tête, Busy P avec son casque au double P (P.P), et fait chanter « Hide from the sun like Dracula » (« cache-toi du soleil comme Dracula ») à tout le public. Les paroles de Tame Impala nous parle bien, nous qui préférons troquer le soleil brûlant de juillet contre les lumières artificielles du club.

Qui a dit que les DJ ne dansaient plus ? Le duo enchaîne les pas de danse et entraîne les festivaliers avec eux. Un air disco s’empare de la salle et les mains claquent. « Ça groove » lance un festivalier pendant que ses pieds suivent la ligne de basse. Busy P lance un track et regarde le public dans l’attente de son approbation qui arrivera à peine une seconde plus tard. La salle scande « If you believe » et le premier range saute à l’unisson. Même Channel Très est épaté face à la technique du DJ aux cheveux long et lève les bras, l’air de dire « Quel dieu ! » Les lumières sont chaudes, mais pas autant que la pièce… Busy P est venu bien préparé avec son collier-ventilo autour du cou. Pour autant, il est clair que l’on n’a pas tous la même résistance à la chaleur… petite mention à l’homme à la veste en cuire dans le public ! Avec ses lunettes de soleil, son style était impeccable… mais à quel prix ? Le set se termine sur un remix jungle de « Hollaback Girl » de Gwen Stefani et une chose est sûre, on a dansé — transpiré — autant que chanté.
L’envie d’aller visiter d’autres scènes était là, on vous le promet… Mais quand SebastiAn a électrisé le dancefloor dès son premier morceau, notre conviction s’est évaporée aussi vite que nos résolutions de janvier. « Fuck My Computer » de Ninajirachi ou encore « DANCE… » de Slayyyter s’invitent dans les enceintes et nous donnent un set taillé pour le club. Son nom s’affiche sur un écran vert flashy, qui annonce littéralement la couleur des prochaines heures. Malgré des problèmes techniques — on le voit se retourner vers quelqu’un et dire « J’entend rien mais bon » avec un simple haussement d’épaule — ses transitions sont parfaites. Une ligne de basse abrasive fait trembler les murs et le public s’enflamme. Il doit avoir l’habitude de ce genre de réaction puisque son visage ne laisse passer aucune émotion. Personne ne voulait manquer ce moment apparemment ! Busy P accoudé sur les enceintes, Channel Tres un peu plus en retrait, GЯEG qui balance sa tête de haut en bas et même Tatyana Jane, quant-à elle au premier rang dans le public, tout le monde est présent pour ce show.

- À lire aussi sur tsugi.fr : C’est officiel : Pedro Winter arrive à la tête de Because Music France
Les lattes de bois sous nos pieds ne tiennent pas le choc : elles rebondissent, se soulèvent et se tordent. SebastiAn fait monter la tension et on retient notre respiration avant le drop. Un gabber timide arrive et il envoie un bisou au ciel comme s’il demandait pardon pour ce qu’il s’apprêtait à nous envoyer. Une ligne d’acid se transforme en rock puis en métal et les festivaliers lâchent tout. D’un simple geste de main — comme un chef d’orchestre — il contrôle le public qui se met à rugir et la vague d’énergie qui déferle dans la pièce nous met une claque dont on ne s’est toujours pas remis.
Le sas de décompression
Après cette euphorie, nos corps avaient besoin de chiller, alors direction le club Rinse pour voir Bamao Yendé. La salle est plus petite et un des murs est constitué d’énormes baies vitrées, qui laissent apercevoir le spectacle aux piétons du quai d’Austerlitz. Alors, on continue de danser à coup de basses rebondissantes, avec la verrière qui nous sépare du monde extérieur et ses tourments.

Après un passage à la scène Lab pour le b2b chargé d’acid entre Flo Massé et Louison et un retour dans la scène FVTVR face à la casquette de Floating Points, une pause s’impose. Alors qu’on faisait la queue au bar pour une denrée précieuse — une bouteille d’eau —, une bénédiction s’abat sur nous : des brumisateurs au-dessus du bar ! Avec ça, l’attente n’est pas du tout un problème. Les salles ne sont pas très grandes, et les organisateurs nous ont partager une de leurs craintes : est-ce que l’expérience des festivaliers sera entachée par cette chaleur ? En attendant, après avoir parlé avec certains d’entre eux, si la température grimpe, c’est aussi parce que l’énergie collective prime !
Bien rafraîchis, le temps est à la house avec le set de GЯEG. La salle est plus intimiste, il mixe directement au niveau du public, collé au premier rang et sous des draps blancs qui nous font penser à la scénographie de la tournée de Fred again... Il fouille dans ses vinyles pour nous sortir des tracks tout droit venus du Chicago des années 1990 qui nous font nous balancer d’un pied à l’autre. Il chante les paroles et prend autant de plaisir que nous.

- À lire aussi sur tsugi.fr : Après trois ans sans sorties musicales, GREG balance un double single
À tous nos copains rencontrés en festival
Alors que nous déambulions entre deux scènes, une activité particulière se déroule sur l’esplanade du club. Un corps, puis deux et trois en position de yoga. Le chien tête en haut, le chien tête en bas ou encore le guerrier — on s’est renseigné ! — bref, il était temps pour certains de réaligner leurs chakras. Le groupe est concentré et une d’entre elles nous dis « Je suis venue toute seule, et maintenant j’ai de nouveaux amis ! ». N’est-ce pas l’essence même des festivals et de la musique électronique ? Aller danser avec des inconnus pour le plaisir de la musique, l’esprit ouvert aux nouvelles rencontres, même éphémères. Ces trouvailles sont précieuses et nous rappellent que tout n’a pas à durer éternellement pour être spécial, que ce soit une rencontre ou même un festival.

Une dernière danse
Les derniers instants arrivent pour nous, et on a décidé de les passer devant le b2b entre Boys Noize et SALOME. Postés, cette fois-ci, au fond de la fosse pour profiter entièrement de la scène qui se déroule devant nos yeux. Les BPM sont remontés d’un cran, l’acid et les basses s’emparent de nos corps et on a l’impression que les morceaux ne s’arrêtent jamais. Passer de l’acid à de la jungle en passant par de la hard music ? Aucun problème pour le duo qui maîtrise ses transitions sur le bout des doigts. Un peu de baile funk par-ci, de breakbeat par là, les morceaux galopent — et le public aussi. Rien n’a de sens mais tout fonctionne ! Ces derniers instants nous remplissent de joie et il est difficile de s’en détacher.

- À lire sur tsugi.fr : Boys Noize sort un EP italo-disco tout aussi sombre que lumineux
Le topo de ces deux jours ? Malgré certaines peurs concernant le format, Peacock Society a réussi à garder la tête haute. Les scènes s’accordaient parfaitement aux univers des DJ, entre club et warehouse, chacun en avait pour son compte. De quoi tirer une belle révérence !
Bye bye Peacock Society, tu vas nous manquer.
Meilleur moment : Dans la même veine que le cours de yoga, un kinésithérapeute qui nous a fait craquer le dos.
Pire moment : Ressortir de la scène FVTVR recouverts de transpiration…


































































































































































































































