Le samedi 8 août 2026, Tsugi a traversé la frontière suisse pour participer au plus gros événement de musique électronique au monde : la Street Parade. Elle a lieu chaque année à Zurich — depuis 1992 — et réunit près de 900 000 personnes. Rien que ça. Entre euphorie collective, déambulation ultra-festive, public intergénérationnel et scènes dignes des plus grands festivals, récit d’un rêve éveillé.
Il est 11h30. À peine le temps de poser le pied en terres suisses que la Street Parade s’empare de la gare de Zurich. Au loin, des « boums boums » étouffés titillent les oreilles. Tout laisse présager qu’un festival d’une grande ampleur se prépare. Tant dans les accoutrements affriolants des voyageuses et voyageurs — entre bas résilles, nudité assumée et vêtement fluorescents — qu’à travers les enceintes des sandwicheries qui crachent des morceaux de hard techno. Le ton est donné !
Il faut dire que l’événement spécialisé dans les musiques électroniques attire, il s’agit même du plus gros du monde, classé bien devant la parade Rave The Planet à Berlin. Dans cette gare de Zurich, on parle anglais, allemand, italien, espagnol ou bien français puisque tous les mois d’août depuis 1992, des teufeuses et teufeurs venant de toute l’Europe — et peut-être ailleurs ? — s’y rendent. Cette année, ce sont près de 900 000 personnes qui se sont réunies pour danser gratuitement autour du lac de Zurich, devant plus de 200 artistes — dont des têtes d’affiche comme Ellen Allien, Marlon Hoffstadt, Daria Kolosova, Félicie ou encore Maceo Plex — répartis sur 26 chars et neuf scènes dignes des plus grands festivals.
- À lire aussi sur tsugi.fr : À voir : le DJ-set magnétique d’Ellen Allien sur Rinse France
Qui sera le plus loufoque ?
15 heures. La fête bat déjà son plein quand une nouvelle marée humaine sort de la stationde trains Zürich Stadelhofen. À l’approche de la parade, un concours semble se lancer : qui sera la ou le plus loufoque ? Si certains gonflent un bateau en plastique — sûrement pour naviguer et faire la fête depuis le lac —, d’autres peaufinent les derniers détails de leur tenue flamboyante : derniers coup de paillettes — ou de peinture — sur le visage, paire de lunettes bien colorée à visser sur le nez — obligatoire sous un soleil de plomb —, ultimes réglages de machine à bulles, remplissage de pistolets à eau et application définitive de glue sur des totems absolument farfelus.
La règle d’or ? L’humour, le style et la générosité, signe d’une euphorie collective en devenir, d’une fête XXL attendue chaque année avec impatience. Ici, la bamboche est intergénérationnelle : fans de la première heure de l’événement, vingtenaires en quête de nouvelles expériences, parents venant assurer la relève avec leurs enfants et retraités qui prouvent que, oui, faire la fête à 70 ans c’est encore possible — et largement recommandé. Une chose est sûre, la Street Parade fédère autour de la musique électronique et pour longtemps encore, on l’espère.
- À lire aussi sur tsugi.fr : D’après Pinterest, la culture rave sera « tendance » en 2023
La marche de l’amour
Pour la petite anecdote, si la Street Parade existe, c’est grâce à un certain Marek Krynski qui, charmé par un reportage télévisé consacré à la Love Parade de Berlin, voulait organisait sa propre fête dans les rues de Zurich. 34 ans après avoir demandé une autorisation à la police pour organiser une « manifestation pour l’amour, la paix, la liberté, la générosité et la tolérance », le pari semble plus que réussi. La preuve ? Les love-mobiles. Pour cette édition 2026, 26 chars ont été déployé pour suivre un parcours au bord du lac de Zurich.
- À lire aussi sur tsugi.fr : Envie de danser à Berlin ? Évadez-vous en quelques documentaires
Depuis l’hôtel Ameron Zurich Bellerive, en face du spot de baignade Utoquai et près du départ de la parade, on prend de la hauteur puis on réalise l’ampleur. Des milliers de petites personnes déambulent derrière des chars ultra-colorés et les basses vrombissent. À chaque passage, un nouvel univers se déploie : le « paradis de la trance », le « gabberbusters » de l’association des hard musics, un char spécialisé dans la rave des années 1990, le « retour vers le passé » de Disco Garden ou bien la Sunrise Love Mobile où « la musique nous connecte ». L’envie de se joindre à la fête démange. On choisira le char 17, décoré du bel adage : « move icons ».Aussitôt dit, aussitôt fait.
Au fur et à mesure du parcours, toute la ville est conviée, même celles et ceux qui assistent à la parade malgré elles et eux. Depuis leurs balcons, les gens dansent, rafraîchissent la foule à coup de pistolet à eau et apprécient ce que tous ces collectifs ont à leur offrir : de la bonne humeur, de l’amour, et de la musique électronique. Il est déjà 19 heures et il est temps de traverser le pont du Quais sur un morceau acid, tandis que le soleil décline. Mention spéciale aux personnes intelligentes équipées d’une glacière roulante pour se désaltérer sur le parcours. D’autres choisiront plutôt de sauter dans le lac un peu plus loin. Bonne ou mauvaise idée ? Les 40ºC auraient, quoiqu’il arrive, eu raison d’eux. Autour, le cadre est idyllique. Le lac de Zurich est bordé de montagnes, il suffit simplement de lever le bout de son nez pour se rappeler que la parade prend bel et bien racine en Suisse.

- À lire aussi sur tsugi.fr : Live Report : énergie rave, transpi et clap de fin pour Peacock Society
Deux festivals en un
La Street Parade n’est pas qu’une déambulation. Sur le parcours, on aura eu l’occasion de trouver neuf scènes, aux scénographies dignes des plus grands festivals. Si la plus grande, la Opera Stage se targuait d’une programmation de têtes d’affiche entre techno mélodique, trance et hard techno avec Vintage Culture, Maceo Plex, Marlon Hoffstadt, Daria Kolosova et Adam Beyer, que la Innovation Stage — curatée par Unreal — s’entichait d’une techno pure et dure made in Alex Nantaya, Félicie ou encore Ellen Allien, c’est sur la Young Talent Stage que notre dévolu se jettera.
Impossible de tenir un programme particulier dans un événement qui réunit 900 000 personnes. Alors, nichée à mi-chemin du parcours de la parade, cette scène pour les jeunes talents est apparue comme un bel hasard. On rappelle que Tsugi a à cœur de mettre en avant l’émergence musicale. Happés par un air de house et de techno, à la limite du hard groove, on a été obligés de nous arrêter devant un certain Eliafred, dont on cite le nom avec grand plaisir. Comme quoi, ce ne sont pas les plus connus qui nous restent en tête.
À la nuit tombée, la fête prend une autre tournure — malheureusement — riche en bousculades, en hommes torses nus et en accumulation de millier de déchets au sol. Alors, après quelques pas de danse devant la Berlinoise Ellen Allien et presque 20 000 foulés au compteur, il est temps de rebrousser chemin. Le lendemain au même endroit, il n’y aura plus rien. Plus de plastique, plus de basses, plus personnes… Et on se demandera si ce qu’on a vécu-là n’était qu’un énorme rêve lucide. Les seules preuves que l’on aura ? Des structures scéniques nues et une myriade de paillettes fusionnées à l’asphalte. Elles resteront sûrement jusque l’année prochaine.
Meilleur moment : Le passage du pont du Quais derrière le char 17, le tout sur un track techno acid et bouncy : rêve lucide ou état de plénitude ?
Pire moment : Le comportement lubrique fortement déplacé des hommes : un grand sentiment d’insécurité quand on est une femme.






















































































































































