Alors qu’elle s’apprête à s’emparer du Transbordeur à Lyon pour un All Night Long le 26 septembre 2026, la DJ et productrice LESSSS a passé un été rythmé par les festivals et les sorties de singles. Figure montante d’une scène hard techno en pleine mutation depuis quelques années, son mantra se résume à construire son indépendance, rester authentique à ses valeurs et partager ce à quoi elle aspire, dans l’espoir d’en inspirer d’autres. Rencontre. 

Quelques minutes plus tôt, l’annonce du décès de Kavinsky traversait la scène électronique comme une onde de choc. L’émotion est encore brute lorsque LESSSS arrive : solaire, un thé glacé à la main et des étoiles argentées dans ses cheveux blonds. Alors qu’elle était sûrement en train de redescendre de son petit nuage dourien, l’annonce lui tombe dessus. Il lui faudra quelques secondes de réalisation, les yeux écarquillés et la mâchoire tombante. « Je l’ai croisé à quelques événements, ça fait bizarre de perdre une figure si importante de la scène », réagit-elle.

Loin de la synthwave de Kavinsky, LESSSS est en pleine ascension au sein de la scène hard techno, elle-même en expansion depuis la pandémie de Covid-19. Nous connaissons LESSSS depuis quelques années maintenant, mais nous la rencontrons seulement maintenant, il était temps ! Outre la productrice et performeuse pleine d’énergie, elle partage maintenant la construction du chemin qu’elle cherche à suivre. LESSSS sait où elle veut aller et on le voit dans ses décisions : « Boiler Room m’a rappelée et j’ai refusé » avoue-t-elle, car rester fidèle à ses valeurs, c’est non-négociable. Dans l’industrie actuelle, voir des artistes conserver cet état d’esprit et persévérer dans cette résistance fait du bien. Alors, ouvrez grands les écoutilles, vous allez l’adorer !

LESSSS
LESSSS © Suki.raw

Des teufs de Dijon aux line-ups internationaux

Ayant grandi à Dijon, théâtre d’une partie de l’histoire de la techno et des free parties, LESSSS s’est vite retrouvée dans le noyau de la scène. « J’ai été bénévole aux Tanneries — espace autogéré et culturel à Dijon — et c’est là que j’ai fait mes premières soirées », raconte-t-elle. Alors, quand en 2026 elle retourne dans sa ville natale pour monter sur la scène du Zénith de Dijon, l’émotion est au rendez-vous. « Je baissais les yeux et je voyais mes anciens camarades de classe et ma famille au premier rang, le plus beau c’était de voir la fierté dans les yeux de mes parents », admet-elle un sourire nostalgique au coin des lèvres. Le petit truc en plus d’un événement dans sa ville d’origine ? Rentrer dormir sous le toit le plus réconfortant du monde : celui de sa maman.

« La musique, c’est quelque chose qui m’anime depuis petite », raconte celle qui en a fait à présent son métier. Depuis le début, LESSSS n’a pas su — ni voulu — se détacher de cette trajectoire. Alors, en 2019, direction la grande ville, Paris, pour des études d’ingénieure du son. En 2021, elle fait sa première date et tout s’accélère, « je me rappelle avoir appelé ma mère en 2021 pour lui dire que je sentais qu’il se passait quelque chose », et elle a eu le flair ! En seulement cinq ans, LESSSS a vu son nom affiché sur les line-up des plus grands festivals, de Tomorrowland jusqu’à Dour. « J’ai surtout senti le tournant avec « DRONE (LESSSS EDIT) » », son track populaire paru en 2025, que de nombreux fans de hard music connaissent.

La rencontre naturelle entre rap et techno

Même si la jeune LESSSS a baigné dans le rock avec ses parents, « le rap représente actuellement 70% de ce j’écoute ». Ce crossover est donc une évidence ! « La techno et le rap sont deux styles qui ont les mêmes revendications, les mêmes combats, et qui portent les mêmes valeurs. » Alors pourquoi se limiter en posant des barrières ? « Maintenant, ce n’est même plus envisageable pour moi de sortir un morceau sans voix par dessus », analyse-t-elle. Ses sets ressemblent à des concerts, le public crie les paroles et « même si des fois ils ne savent pas ce qu’ils chantent, tout le monde est en pétard, et c’est une énergie incroyable. »

LESSSS
LESSSS au Dour Festival © Suki.raw

Son dernier single « JE NE COMPRENDS PAS (LESSSS EDIT) », en collaboration avec Duno, part justement de ce besoin de remixer un morceau chanté, « Quand j’ai écouté son morceau, les paroles m’ont directement parlé et je lui ai demandé de me laisser faire quelque chose avec », explique-t-elle. Ce remix schranz, plus solaire que ce que LESSSS a l’habitude de produire, ne fait que confirmer la réussite de ce mariage sonore.

Des années qui s’enchaînent vers une quête d’indépendance

Nous sommes mi-juillet lors de notre rencontre et pour LESSSS, le terme « vacances » n’existe pas vraiment. Entre les singles et les festivals, « c’est compliqué, un peu fatiguant, on n’a pas de vacances, mais j’ai réussi à trouver un bon rythme », explique-t-elle. Que ce soit sur un trajet ou après un set, « je prends toujours le temps de travailler mes productions, pour moi, la production passe avant le Djing ». Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, « je fais même des solo séminaires, parce que des fois ça fait du bien de se retrouver seule face à Ableton. »

LESSSS
LESSSS © Suki.raw

Quand on lui demande comment elle voit sa carrière évoluer, un mot se dégage : l’indépendance. Depuis ses débuts, LESSSS a toujours publié ses projets via son propre label Hardpulse — même s’il n’est pas encore officiel — mais les accusations de VSS envers plusieurs acteurs de la scène électronique, rendent encore plus urgente sa volonté d’indépendance. « Je ne veux pas avoir mon nom assimilé à des personnes et des groupes allant à l’encontre de mes valeurs », alors, elle s’est entourée de personnes de confiance.

Être une femme dans l’industrie musicale, et qui plus est, sur la scène hard techno peut être sportif. Entre manque de visibilité et recherche constante de légitimité, la carrière des femmes est, et a toujours été, davantage analysée et critiquée que celle des hommes. « Même si, maintenant, la place des femmes a évolué et qu’on en retrouve de plus en plus derrière les platines, nous pourrons vraiment être satisfaits quand ces femmes seront à la tête de grandes structures, à la tête de labels et qu’elles prendront les décisions. » Un objectif qui lui tient à cœur.

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All Night Long de LESSSS à Paris © Suki.raw

Une rentrée en grande pompe

Tous ces festivals ne faisaient que la mettre en jambe pour l’événement phare de sa rentrée : son All Night Long (ANL) à Lyon le 26 septembre. Pour une nuit entière, la grande salle du Transbordeur n’accueille que LESSSS et ses fidèles passionnés. Chez Tsugi, on adore les ANL parce que, pendant quelques heures — cinq dans le cas de LESSSS — l’artiste peut construire sa propre atmosphère, son propre récit, et dire tout ce qu’il ou elle a besoin d’exprimer. Pour la DJ, c’est le moment de dire : « Voilà, je vous balance tout ce qu’il m’est arrivé cette semaine, ces derniers mois » et de créer un moment de communion avec son public.

Impatiente de retourner à Lyon, une ville dans laquelle elle n’a pas beaucoup eu l’occasion de jouer, ce sera surtout le moment de retrouver les amoureux de sa musique, venus spécialement pour elle. Alors que le show est en préparation, une chose est sûre : nous pouvons nous attendre à quelques surprises et à de nombreux guests… La curiosité nous ronge. En attendant, on va repenser à son remix du morceau de LinLin « BLACC* PT2 », écouté pour la première fois dans les bois du Cabaret Vert. On n’arrive toujours pas à se le sortir de la tête depuis.

Alors qu’elle s’apprête à enchaîner les dates en Europe : France, Allemagne, Suisse, Slovénie et Angleterre, il est clair que la machine LESSSS n’est pas prête de s’arrêter. Pourtant, cette fast life, sans pause et toujours en mouvement n’ébranle en rien sa volonté de rester honnête envers elle, envers la scène sur laquelle elle grandit et, surtout, envers son public. Et ça, on ne peut qu’adorer !

Pour taper du pied toute la nuit avec LESSSS à Lyon le 26 septembre, c’est par ici !