Par Gérôme Darmendrail, article issu du Tsugi Magazine nº188 : « À la recherche de Boards of Canada » 

Il était là quasiment au début de la techno, a signé quelques-uns des grands disques du genre, et si l’on hésite encore à en faire une « légende », c’est parce que le DJ et producteur américain ne donne pas l’impression que sa carrière est entièrement derrière lui. Le désir de s’aventurer vers de nouveaux territoires et de défendre sa ville, Detroit, est toujours là. Le plaisir d’échanger également, sur le passé, le présent et le futur.

Si la projection de Desire : The Carl Craig Story, le documentaire retraçant sa vie et son œuvre, lors de la 19e édition de l’excellent festival de films musicaux de Pau, Rock This Town, en avril dernier, est la raison officielle de cette interview, sa venue en France pour deux événements en est l’occasion – une soirée Detroit Love organisée à Paris au club FVTVR, en compagnie de Mike Banks, Moodymann et Juan Atkins, et un back-to‑back avec Seth Troxler au festival Nuits sonores à Lyon. Le rendez-vous a été calé entre les deux. On le retrouve dans le lobby d’un hôtel cinq étoiles proche de la Bastille. Il arrive tout de noir vêtu, sweat à capuche et pantalon de survêtement, commande un expresso et se montre plus affable et drôle que son documentaire, qui rappelle à quel point il a marqué l’histoire de la techno, ne le suggère. La discussion démarre sur la soirée de l’avant-veille, très réussie selon lui – « Il y avait encore du monde à 7 h du matin » –, et Paris, une ville qui lui a « toujours beaucoup apporté ».

Carl Craig
Carl Craig © DR
En janvier dernier, tu as été vu en compagnie de Kenny Larkin au Rex, assistant à la soirée Legends, où DJ Deep et Laurent Garnier jouaient. Ça t’arrive souvent de te rendre en club juste pour le plaisir ?

Imagine que tu travailles à La Poste, est-ce que tu aurais envie d’aller dans un bureau de poste pendant tes jours de congé ? C’est un peu la même chose ! (Il rit) Donc voilà où j’en suis avec les clubs. Mais Laurent et Deep, les voir jouer à Paris, au Rex Club, c’est toujours quelque chose. C’est comme voir Charlie Parker au Blue Note.

Et toi, as-tu un club dans lequel tu te sens comme à la maison ?

Non. Après, je pourrais dire que FVTVR est un peu ma maison à Paris. Je connais bien la salle, j’aime la façon dont ils règlent le sound system.

À Detroit, il n’y a pas de clubs équivalents ?

Rien de comparable au FVTVR, au Panorama Bar ou à ce genre d’endroits. Il y a un club à Montréal, Stereo, qui devrait être à Detroit. C’est un club qui met l’accent sur le sound system. Mais Detroit est une ville de cols bleus. Les gens se foutent de la qualité du son. Ils te diront : « Mets-nous de la putain de musique ! » Paris n’est pas comme ça. C’est une ville sophistiquée, une ville de culture, avec de l’art, de la mode… New York est un peu comme Paris. On y voit maintenant plein de bars audiophiles, il y en a même dans les musées. C’est une manière de mettre en avant la musique que j’apprécie beaucoup et que je n’avais vue qu’au Japon auparavant. Mais Detroit n’est pas comme ça.

Revenons un peu sur ta carrière. Au début de ton film, tu évoques le morceau « Desire », l’un de tes premiers, expliquant que le désir que tu avais à ce moment-là était de faire de la musique ta vie. Si tu n’avais pas réussi à faire carrière dans la musique, qu’aurais-tu fait ?

À mes débuts, je disais souvent que j’aurais voulu être pompier, mais soyons honnêtes, il me manque quelques centimètres ! (Il rit) En réalité, je ne crois pas avoir imaginé faire autre chose que de la musique. Bien sûr, quand tu es enfant, tu veux aussi devenir pilote de course ou ce genre de choses.

Mais dès l’adolescence, c’était la musique…

C’est ça. Quand j’avais 14 ans, je séchais les cours pour aller jouer aux jeux vidéo. Et mon prof d’espagnol me disait : « Señor Craig, il faut que vous veniez en cours, un jour vous irez en Espagne ! » Je ne l’ai pas écouté, et bien sûr (il sourit) j’ai fini par vivre en Espagne… À 15 ans, j’ai rencontré Jeff Mills et j’ai touché mon premier synthétiseur. Je jouais de la guitare, mais dès que j’ai posé mes mains sur un synthé, je ne voulais plus faire autre chose.

À cette époque, ça ne devait pas être évident de se projeter en tant que DJ ou producteur de techno, d’imaginer pouvoir en faire une carrière et en vivre. Ça ne t’inquiétait pas ?

Non, parce que quand tu te lances dans quelque chose que tu aimes, tu prends les bons et les mauvais côtés. Mais en effet, avant Jeff Mills, beaucoup de DJ étaient payés en drogues. (Il rit) C’était un autre monde. C’est grâce au hip-hop, à Grandmaster Flash et DJ Kool Herc, mais surtout à Jam Master Jay, qui avait une notoriété nationale, qu’on a vu qu’il était possible de faire du deejaying une véritable pratique musicale. Il ne s’agissait pas seulement de passer un disque du début à la fin, mais de s’en servir comme d’un instrument de musique.

On n’avait plus besoin de jouer de la guitare ou de la batterie pour monter sur scène, on pouvait faire du scratch. Cela dit, je ne suis pas du tout un DJ qui scratche, loin de là ! Mais ensuite, j’ai vu Frankie Knuckles, Derrick May, Kevin Saunderson et David Morales partir jouer en Angleterre et développer le deejaying à une échelle internationale. Et puis tout a explosé quand Paul Oakenfold et d’autres sont arrivés. C’était l’ère des DJ superstars qui jouaient dans des stades. À ce moment-là, les DJ ne pouvaient plus être payés en drogues, on ne pouvait plus revenir en arrière.

La première fois que tu as voyagé en Angleterre, en 1989, tu n’avais encore rien sorti. Tu n’étais même pas DJ ?

Non, j’étais là en tant que musicien, j’accompagnais Derrick May au synthétiseur. J’avais commencé à travailler avec lui en 1988, et je n’ai rien sorti avant 1990. Mon premier morceau, c’était « Elements », sur la deuxième compilation Techno (Techno 2 : The Next Generation). Il y avait Octave One, MK, Martin Bonds… Je l’avais sorti sous le nom de Psyche.

À tes débuts, tu utilisais beaucoup de pseudonymes : Psyche, 69, Paperclip People, BFC… Comme beaucoup d’autres artistes techno et house de l’époque. C’est quelque chose qui semble avoir complètement disparu.

(Il coupe) Parce que tout le monde veut avoir des dates de live ou de DJ ! (Il rit) Ça se résume à ça. Je me souviens d’une DJ qui avait compris le truc il y a longtemps. Elle s’appelait Moneypenny. Elle bossait pour Strictly Rhythm, à New York. Elle disait que, pour obtenir des dates, elle devait sortir un disque. C’était une petite femme avec un gros nez et une grosse tête. Personne ne l’aurait bookée sinon. Donc maintenant, avec les réseaux sociaux… Plus personne n’essaie de brouiller les pistes, de repousser les limites, de sortir des disques pour l’art. Je le faisais pour l’art et pour exorciser mes démons. Je ne le faisais pas pour les dates, je n’étais même pas DJ. Sur les disques de Psyche ou 69, il n’y avait aucune info à mon sujet, le nom de Carl Craig n’apparaissait jamais.

Et c’était très marrant à faire. C’était une forme d’héritage punk. Le punk avait prouvé qu’on pouvait faire ce qu’on voulait. (Il s’arrête un instant) Il y a ce documentaire sur Devo. Je ne sais pas si tu l’as vu, sur Netflix. Devo a eu une grosse influence sur moi… sans être une grosse influence. Ils étaient dans l’héritage du punk, mais ils n’étaient pas punks. Ils venaient de l’art, mais ils essayaient de repousser les limites de l’art. Ce qui m’a impressionné avec Devo, comme avec les Talking Heads, qui étaient également des artistes visuels, c’est qu’ils exprimaient une véritable démarche artistique. Ils n’essayaient pas d’être commerciaux, ils n’essayaient pas de faire de la musique qui passe à la radio, ils faisaient de la musique pour l’art.

Carl Craig
Carl Craig © DR
En même temps, tu dis que ce n’était pas une si grosse influence…

Oui, parce que je n’aimais pas toute leur musique. À Detroit, quand tu avais un hit, c’était bien, mais ce n’est pas pour autant qu’on allait être fans. De Devo, on adorait « Whip It ». Il passait sur les radios noires toute la journée. Mais après « Whip It », l’intérêt était retombé. On aimait Kraftwerk, mais pas trop avant Trans-Europe Express et après Computer World. Bon, ceci dit, ils avaient aussi Electric Café, qui est arrivé après et qui était un gros disque de breakdance. On aimait bien Gary Numan, mais bon, « Cars », tu vois… (Il fait la moue) J’ai grandi avec ça : si tu fais une chanson cool, c’est cool, et si tu ne fais plus rien de bien après, ce n’est pas grave, mais tu n’auras pas la vénération que nous avons pour Prince. Prince bénéficie d’un amour inconditionnel de la part des gens de Detroit, parce qu’il a fait des grands disques qui n’étaient pas que des hits. « Lady Cab Driver », par exemple, qui est à propos d’une femme chauffeur de taxi avec qui il baise. Il y a un passage où on les entend baiser. On adorait ce genre de choses. Cela dit, après avoir vu le documentaire sur Devo, j’ai réalisé que j’avais été influencé par eux bien plus que je ne le pensais.

Tu parlais du punk, mais tu as aussi la particularité d’avoir été vers le classique. En 2008, tu as réinterprété la musique de Ravel avec Moritz von Oswald. Plus tard, pour Versus, sorti en 2017, tu as demandé à un orchestre de réarranger tes propres morceaux. N’as-tu jamais été tenté de composer directement de la musique classique ? Comme Thomas Bangalter l’a fait récemment ?

Je crois que Thomas a étudié le classique. En tout cas, il a fait des recherches. Je suis intéressé par la musique classique, mais… pas à ce point ! (Il rit) Je préfère collaborer avec quelqu’un qui s’y connaît, comme Francesco Tristano. Le monde du classique est un peu comme le monde des musées. C’est très particulier. Avant Versus, j’avais travaillé avec l’orchestre symphonique de Detroit. Le beau‑père d’un de mes amis était premier trompettiste. On parlait de notre passion commune pour Miles Davis et je lui avais dit : « Hey, pourquoi tu ne joues pas un peu de Miles Davis ? » Et il m’avait répondu : « Non, ce n’est pas mon job. Mon job, c’est de jouer cette musique-ci. Quand je partirai à la retraite, alors je pourrai jouer du Miles Davis. » Ça m’avait fait un peu flipper, mais ça m’avait éclairé sur ce que signifie « faire de la musique classique ».

Tu t’es aussi essayé au jazz ou à l’ambient. Y a-t-il de nouveaux styles que tu aimerais explorer à l’avenir ?

(Il marque un silence) Que ce soit clair, je ne prévois pas de prendre ma retraite un jour. Quand viendra mon heure, j’aimerais partir comme Michael Jackson aurait dû partir : sur scène, en train de tourner sur lui-même. Prince aurait dû mourir sur scène après avoir joué le plus grand solo de sa vie. Ou alors juste après, backstage. C’est comme ça que j’aimerais finir. Au milieu d’un set ou juste après. Voilà. J’en ai encore peut-être pour 20 ans, 30 ans, et c’est quelque chose qui me travaille : quelle sera ma trajectoire musicale pour les 30 prochaines années ? J’aimerais bien une fin de carrière à la Leonard Cohen. Je ne suis pas spécialement fan de sa musique, mais j’ai aimé la façon dont il a géré sa fin de carrière, atteindre un certain niveau et s’y tenir. Mais à ma manière, évidemment.

En ce moment, je suis très intéressé par la musique concrète. Le montage sur bandes et cette approche de collage et de découpage, similaire à la technique du cut-up que William S. Burroughs appliquait à la littérature, et que David Bowie et Debbie Harry ont utilisée pour écrire des paroles. Pourquoi ne pas prendre la technique du cut-up et l’associer à ce que je fais pour progresser musicalement ? Je ne sais pas si ça donnera de nouvelles versions de « Desire », « Microlvr » ou « At Les », mais ça vaut le coup d’essayer. Parce que produire de la dance music énergique, à un moment, ça reste un truc de jeunes.

Tu continues néanmoins à jouer en club. Il y a un peu plus de dix ans, tu as lancé les soirées Detroit Love. Quelle était l’idée ? Une façon de préserver l’identité et la spécificité de la techno de Detroit ?

C’est avant tout une histoire de famille et d’amis. D’autres collègues ont essayé de faire la même chose, mais ça n’a pas fonctionné. Derrick avait Hi-Tek-Soul, Kevin ses soirées qui étaient plus un truc de label, tu avais ces gars qui ont lancé des événements Detroit Beatdown… Je crois que nous avons trouvé la bonne équipe pour faire ces soirées et construire une marque. Moodymann, Kevin, Juan, Kenny Larkin et Mike Banks, c’est vraiment la famille. On se connaît depuis que la techno existe. On a aussi invité des amis qui ne sont pas de Detroit. Faire une Detroit Love avec Luciano a aidé à implanter la soirée à Ibiza, par exemple.

Cet esprit de famille est particulier à Detroit, non ? À Chicago, par exemple, la scène house semble moins soudée.

Detroit est plus petit. Et puis il n’y a jamais eu d’intérêt de la part des majors pour la scène techno de Detroit. Aux États‑Unis, en tout cas. À Chicago, oui. Marshall Jefferson avec Ten City, Sterling Void, Joe Smooth… Ils ont eu beaucoup de hits. Dès que l’argent entre en jeu, tout le monde se saute à la gorge. À Detroit, le seul qui a été signé sur une major, c’était Kevin avec Inner City. Plus tard, MK (Marc Kinchen, producteur et remixeur house qui a débuté en 1989 sur le label de Kevin Saunderson, ndr) a sorti sa musique pour une major, mais personne ne savait qu’il était de Detroit. Je pense que même les gens de Detroit ignorent que MK est de Detroit !

C’est important pour toi de maintenir cet esprit de scène ? Crains-tu qu’il disparaisse ?

Après ma mort, qui sait ? Mais tant que je serai vivant, je vais essayer de le maintenir. Et puis, il y a une nouvelle génération, avec Kyle Hall ou Byron The Aquarius – il n’est pas de Detroit, mais sa musique fait partie de notre monde, il a été influencé par Theo Parrish, Marcellus Pittman… Et il y a Seth Troxler, bien sûr. Même si, comme MK, beaucoup de gens ne savent pas qu’il est de Detroit. C’est juste… Seth ! (Il lève la main, faisant signe qu’il souhaite faire une pause) Excuse-moi, il faut que j’aille aux toilettes. (Il revient cinq minutes plus tard, avec le sourire) Tu sais, j’ai réfléchi à cette histoire de métier… Je pense que j’aurais été promeneur de chiens.

Carl Craig
Carl Craig © DR
Pardon ?

Oui, promener des chiens, c’est sans doute ce que j’aurais fait si je n’avais pas fait de musique ! (Il rit).

Tu as un chien ?

Plus maintenant. Le chien de la famille est mort il y a deux ans. Le bon côté, c’est que je n’ai plus à esquiver la pisse et les crottes quand je rentre à la maison au milieu de la nuit ! Je peux enfin marcher dans le couloir sans avoir à allumer la lumière ! (Il rit) C’est le problème des petits chiens, ils ne peuvent pas se contrôler.

Tu vis à Detroit désormais ?

Ouais. De retour à Detroit.

Auparavant, tu as vécu pendant presque quatre ans à Barcelone. Pourquoi être rentré ?

C’est la maison. Et c’est toujours abordable de vivre à Detroit. Il est encore assez facile d’être propriétaire. Et… Et je crois que je n’ai jamais réussi à composer grand-chose de génial à Barcelone. J’ai adoré y vivre, ce n’est pas cher et ensoleillé, mais je compose mieux à Detroit.

Comment est Detroit aujourd’hui ? Il y a quelques années, la ville était en faillite.

Elle ne l’est plus. Elle se rapproche de ce qu’elle aurait toujours dû être. Nous avons enfin un Apple Store dans le centre-ville ! (Il sourit) Ce n’est pas rien pour nous. C’est comme dans South Park, cet épisode où un Whole Foods (chaîne de supermarchés bio, ndr) s’installe et change tout dans le quartier. Durant toute mon existence, Detroit a été vue comme le trou noir de l’Amérique. Je me souviens qu’à New York, les gens me disaient : « Tu es de Detroit ? Pourquoi tu vis là-bas ? C’est le trou noir. » Il a fallu qu’un milliardaire arrive, Dan Gilbert, le gars qui possède l’équipe de basketball des Cleveland Cavaliers, et a une grosse société de crédit immobilier, pour que la ville relève la tête. Il a commencé à investir et d’autres ont suivi.

C’est comme ces scènes de casino dans les films où quelqu’un lance les dés et gagne. Tout le monde se met autour de lui, tout le monde veut être dans le coup. C’est ce dont Detroit avait besoin : quelqu’un qui ait la main heureuse. Les autres ont regardé et se sont dit : « Pourquoi pas nous ? ». On a toujours pensé que c’était la musique qui sauverait Detroit, que les gens viendraient ici grâce à elle, mais ça n’a pas été le cas. Tout le monde aime la musique de Detroit, elle a permis à la ville de se faire un nom, avec les White Stripes, Eminem, la Motown… Mais ce qu’il fallait, en fin de compte, c’est juste quelqu’un qui mette de l’argent et ait la main heureuse.

Dernière question : à l’époque où tu as commencé ta carrière, les nouvelles technologies ont été un outil d’émancipation pour les artistes, donnant naissance à une révolution musicale. Penses-tu que l’IA puisse jouer un rôle similaire ?

Hum… (Il réfléchit) J’ai des amis qui ont commencé à composer des morceaux avec l’IA. Je l’entends tout de suite, c’est de la putain d’IA ! Parce que tu n’es pas si bon musicien. Si tu étais si bon musicien, tu aurais fait ça il y a dix ans. Mais je vais prendre un exemple. Au Japon, les dessins animés sont devenus quelque chose de très important. Et je me souviens d’une femme qui m’avait reçue chez elle. Elle se plaignait des hommes japonais, qui étaient tellement conditionnés par ces images animées de femmes fantasmagoriques avec des grosses poitrines qu’ils ne s’intéressaient plus aux femmes japonaises. Ils étaient déconnectés de la réalité. Et c’est ce qui est en train de se passer sur les réseaux sociaux en ce moment. Les mecs s’habituent à fantasmer sur des femmes magnifiques générées par IA. Leur regard sur les femmes réelles va changer. C’est la même crainte que j’ai pour la musique. Après, si j’avais un gros accident comme Curtis Mayfield ou Teddy Pendergrass, si je devenais handicapé, alors je ressentirais sans doute le besoin de m’appuyer sur l’IA pour pouvoir continuer à composer, pour pouvoir continuer à me sentir moi-même.