Depuis la sortie de WOOF. en 2024, ovni mêlant post-punk et électro, les Anglais n’ont eu de cesse de sillonner le monde. Avec Cancel Me (I’m Tired), sorti ce vendredi 2 octobre, le groupe continue de s’imposer sur la scène punk-électronique internationale. Rencontre avec son leader, Joe Love, lors d’un zoom depuis les studios de Domino par une journée caniculaire. 

Par Lucyle Espieussas

Dès leur premier single, « King of the Slugs » (“roi des limaces”), sorti en août 2023, les Londoniens ont pris d’assaut la scène post-punk, en lui insufflant un bon coup de beats électroniques mêlés à du saxo. Ce titre a été créé alors que Joe Love s’ennuyait, enfermé chez lui pendant la pandémie de Covid-19, et souhaitait donner vie à la musique qu’il aurait aimé pouvoir écouter. Désormais, son groupe et lui reviennent avec un second album un chouïa plus calme et plus pop – mais pas trop quand même. Fat Dog, capable aussi bien d’être le seul groupe anglais en première partie des ultra-Irlandais Kneecap que de faire aboyer leurs fans, livre un second album, Cancel Me (I’m Tired). À travers les dix morceaux, sarcasme et ironie se mêlent, pour une fois, à la mélancolie, aux regrets et à la nostalgie. Rencontre — par écrans interposés — avec Joe Love, leader alienesque et increvable de la bande. 

Votre second album s’intitule Cancel Me (I’m Tired). Est-ce que vous regrettez parfois l’époque où vous jouiez dans des petites salles ?

Des regrets ? Je ne sais pas… Ça nous arrive encore parfois. Aux États-Unis, on doit jouer devant six personnes !

Quelle serait la pire chose que tu serais prêt à faire pour être “cancel” ?

Rien de bien méchant. Je pense que si tu te chies dessus sur scène, tu te cancel tout seul. Vomir sur scène, c’est autorisé, mais pas chier ! Tout le monde vomit sur scène, c’est même plutôt cool en France non ? Après, je porte beaucoup de blanc, donc ça serait un vrai problème pour moi. Je pourrais faire semblant, mais je ne pourrais pas prétendre que ça n’est pas arrivé…

L’album s’ouvre sur la phrase “Life is but a dream” (« La vie n’est qu’un rêve ») dans le morceau « Smile and Wave ». Est-ce que tu le penses vraiment ?

J’essayais d’exprimer l’idée que les gens sont bizarres. Il n’y a rien de plus étrange que les gens ! Toute la chanson parle du fait d’essayer de garder la tête hors de l’eau, de continuer à avancer, tout ça…

Vous avez lancé le groupe pendant la pandémie de Covid-19, en composant des titres que vous rêviez d’écouter. Est-ce qu’aujourd’hui, tu te dis que vous auriez dû composer des morceaux plus lents ?

C’est vrai que ce second album est un peu plus calme. Il représente ce qu’on a envie de jouer après deux mois de tournée, quand on a une grosse gueule de bois et qu’on veut juste faire de la belle musique, plutôt que des “boum-boum-boum” incessants.

Il y a en effet beaucoup de morceaux plus calmes, comme « Heart of Darkness ». Vous comptez les inclure dans votre live, sur scène ?

Pour « Heart of Darkness« , je me dis que c’est plutôt un morceau d’album, c’est un peu trop doux pour un concert. Mais j’aimerais beaucoup essayer de jouer « Aliens«  et « Snakes«  ! On a commencé à jouer « Aliens » dans notre live, pour que l’album ne sonne pas trop comme de la merde quand il sortira… On a déjà commencé à jouer pas mal des nouveaux morceaux, parce que notre premier album ne faisait que 32 minutes, maintenant on a 35 minutes à ajouter, donc on peut jouer une heure, c’est cool !

Pour « Go F**k Urself », je n’arrive pas à savoir si j’ai déjà entendu la ligne de synthés ou si vous l’avez déjà jouée sur scène. Est-ce que c’est un sample ?

Non, ce n’est pas un sample, mais peut-être que je l’ai piqué quelque part ! On pique toujours des trucs à d’autres chansons, non ? Mais sans jamais avouer de quel morceau il s’agit… C’est le but ultime : essayer de voler des idées à au moins cinq morceaux pour en créer un nouveau. Comme ça, les gens ont l’impression de bien la connaître, sans jamais savoir d’où ça vient !

Est-ce que vous aviez de nouvelles influences musicales pour cet album ?

Je pense que j’écoutais plus de pop, c’est vrai qu’il sonne plus pop que le précédent. Mais ce n’était pas vraiment délibéré. Je pense que j’en avais un peu marre du post-punk, ça finit par lasser. C’est très sérieux comme genre, non ? Quand je réécoute certains morceaux, ça me fait penser à ce que j’écoutais quand j’étais gamin, comme les Scissor Sisters. Putain, je ne sais pas si c’est une bonne chose… Mais il y a pas mal d’autres influences comme Ennio Morricone, DAF, et tout un tas de chansons pop des années 1980, j’en ai écouté pas mal dernièrement.

Sur le titre « Cancel Me (I’m Tired) », tu chantes “Let AI write a hit” (“Laisse l’IA écrire un tube”). Est-ce que c’est quelque chose que tu serais prêt à essayer ?

Peut-être… En fait, j’ai déjà essayé une fois, et c’était vraiment nul à chier. Quelqu’un au studio disait “ah ouais, c’est super bien ces trucs d’IA”, donc j’ai voulu essayer. J’ai testé pour une chanson, et c’était affreux. Franchement, c’était terrible. Il n’y a pas d’IA sur cet album !

Le titre « Snakes » sonne très americana, est-ce que vous essayez de passer à la country ? 

Probablement pas, certains trucs liés à la country sont juste affreux, non ? Je ne sais pas si tu es déjà allée chez Bass Pro aux États-Unis ? C’est une sorte de magasin de pêche, et toute la musique country qu’on y entend, on dirait une IA qui parle de champs de maïs et de conneries du genre… C’est vraiment pas terrible ! Là, j’essayais juste de faire un morceau qui fasse penser au film Le Bon, la Brute et le Truand. Mais c’est vrai que tout le monde joue les cowboys maintenant. Avant, tout le monde se prenait pour un chien… Je crois que maintenant, la mode c’est de se prendre pour un “tonton” !

Maintenant que votre public s’agrandit et que les gens aboient pendant vos concerts, est-ce que tu regrettes de ne pas avoir choisi un autre nom que Fat Dog ? 

On aurait pû s’appeler “les gros moutons”, et les gens auraient bêlé… Mais ça serait encore plus stupide, non ? Ou alors “les gros cochons”…

Mais vous n’auriez que des flics (« pigs » en anglais, ndlr) pour vous écouter…

C’est vrai, juste plein de policiers qui boivent du café et mangent des donuts à nos concerts. En France, on ne dit pas “cochons”, si ? Je sais qu’en Suisse on dit “poulets”, peut-être que c’est pareil… Ou peut-être que vos flics ressemblent plus à des poulets et les nôtres à des cochons. Est-ce que tu connais la théorie selon laquelle la Terre se divise en deux catégories : les rats ou les grenouilles ?

Oui. Tu te considères plus comme un rat ou une grenouille ?

Je suis carrément un rat. Ma femme est un rat. Ma mère est un rat. Mon père, c’est un rat. Mais il faut tomber sur un type de personne bien précis pour rencontrer une grenouille… Je préférerais être une grenouille. Mais les rats, c’est bien, ils sont bosseurs.

Une question d’ordre pratique, sur l’album. Depuis WOOF., vous avez énormément tourné, et tu dis être fatigué tout au long de l’album. Quand avez-vous trouvé le temps d’enregistrer le second ?

Quand on est rentrés de la tournée américaine, je crois que dès le lendemain j’étais en studio : j’y suis resté quatre mois il me semble. Là, j’ai fait le disque, et maintenant je repars en tournée. Je plaisante un peu évidemment, parce que j’adore la musique ! Là, on a terminé l’album en avril, et je suis en train d’écrire à nouveau, je suis de retour dans les studios de Domino. J’essaie toujours de continuer, j’aime vraiment ça. Ça me donne un but. Si je ne fais pas ça, je risque de passer trop de temps au pub…

Ellis D, qui fait partie de votre groupe, s’est lancé en solo. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimerais essayer de ton côté ?

Il avait déjà fait du solo avant. Mais il va nous laisser tomber, comme tous les autres ! Ils finissent tous par partir !

Illustration pour Fatdog
Fat Dog © Emma Tomma
C’est sur ça que tu travailles aujourd’hui, des trucs en solo ? 

[Le son coupe]

Joe Love : Désolé, j’avais la main sur mon micro ! 

Ou plutôt, tu ne voulais rien dire sur une potentielle carrière solo ? 

Ça doit être ça… Ouais, je mens. Non, c’est juste que Fat Dog, c’est un peu mon bébé. Donc je veux continuer avec ça. Ce n’est pas comme si j’avais besoin d’attendre que d’autres personnes s’y mettent !

Ça fait près de trois ans que tu tournes avec le premier album, est-ce que tu en as marre de certaines chansons, ou des danses sur scène ? 

Bon sang, je ne pensais pas qu’un jour on parlerait de chorégraphies sur notre musique ! Mais je suis un peu lassé de toutes les chansons du vieil album, ça fait presque six ans que je les joue. Je les aime, mais c’est sympa d’en jouer de nouvelles.

Est-ce que tu sais déjà comment vous souhaitez présenter ce nouvel album sur scène ?

Tout le budget passera dans les danseurs ! Non, mais on va essayer de faire de nouvelles choses. Intégrer des moments plus lents, des cordes… Et pour le troisième album, on retournera sur des gros boum-boum !