L’action de digger, littéralement creuser, est le fait de chercher des morceaux peu connus. Que ce soit pour les mixer, les archiver ou simplement par curiosité, le dig est au centre de l’industrie musicale et plus particulièrement du milieu DJ, où une pépite inconnue (secret weapon) peut faire toute la différence dans un set. C’est donc avec cette recrudescence du nombre de DJ, facilitée par une meilleure accessibilité, que les outils pour digger se sont développés. L’occasion parfaite pour tirer un constat des meilleurs sites pour trouver vos futures pépites.

L’immensité d’Internet regorge de morceaux inexplorés qui n’attendent qu’une oreille attentive pour les découvrir. Mais comment tomber sur ces curiosités de son plein gré, sans avoir à attendre que le saint algorithme soit d’humeur clémente avec nous ? Comment, face aux choix quasiment infinis qui se présentent à nous, ne pas retomber dans les travers d’écouter la même chose en boucle par confort, mais aussi par vertige d’entreprendre une exploration qui n’a pas de fin ? C’est à ça que servent les outils que Tsugi vous présente aujourd’hui : découvrir, lister, archiver, tout sauf faire du surplace.

Zig Zag FM

Commençons par le coup de cœur à l’initiative de cet article : Zig Zag FM. Véritable cartographie maritime de la musique, la plateforme web propose une map interactive pensée comme un espace d’exploration musicale non linéaire. Plus de huit millions de titres, issus des données ouvertes de Discogs et couplés aux flux YouTube, y sont réunis sous forme d’archipels. Chaque titre devient une île, permettant de visualiser les proximités entre les genres, mais aussi entre les époques et les pays.

La fonctionnalité qui nous a probablement le plus marqués est celle développée en collaboration avec les disquaires. Zig Zag réussit ici à créer un pont particulièrement intéressant entre la curation musicale dématérialisée et le monde physique des magasins de disques. Il suffit de se rendre dans le monde « Record Shop » pour découvrir les archipels associés aux disquaires référencés sur la plateforme. On peut alors explorer leurs catalogues avec la même fluidité que sur le reste du site, tout en ayant la possibilité de se rendre chez le disquaire pour l’acheter.

Screen Zig Zag FM
© Zig Zag FM

Discogs

Si Zig Zag FM permet de se perdre dans les connexions qui existent entre des millions de morceaux, Discogs permet, lui, de mettre la main sur les objets qui les ont fait exister. La même base de données prend ici une allure d’immense catalogue consacré au disque physique. Car derrière une même sortie peuvent se cacher une multitude de versions. Pressage original, réédition, édition japonaise, picture disc, vinyle coloré, test pressing ou simple variation de pochette. Discogs permet de retrouver et de comparer ces différentes éditions avec une précision assez vertigineuse.

C’est aussi là que la plateforme devient particulièrement intéressante pour les musiques électroniques. Un maxi sorti à quelques centaines d’exemplaires sur un petit label anglais, une première édition d’un album culte ou un morceau uniquement disponible sur un vieux 12 pouces peuvent refaire surface des années plus tard. Chaque fiche raconte alors un petit morceau de l’histoire du disque, son label, son année, son pays de pressage, ses différents formats et parfois même les personnes qui ont participé à sa fabrication.

Screen Discog
© Discog

Bandcamp

Si Discogs permet de remonter dans l’histoire matérielle d’un disque, Bandcamp est peut-être l’un des meilleurs sites pour découvrir ce qui est en train de se passer. Son immense catalogue indépendant en fait un terrain de jeu particulièrement efficace pour les diggers, à condition de ne pas se contenter de sa page d’accueil. L’une des meilleures méthodes consiste à partir d’un morceau ou d’un artiste et à remonter le fil du label. Une sortie en entraîne une autre, puis une autre, on découvre les artistes associés, les anciennes références du catalogue et parfois toute une scène autour d’une esthétique commune. Le digging se transforme rapidement en course poursuite avec le lapin blanc. 

L’autre force de Bandcamp réside dans ses tags. Là où les grandes plateformes ont tendance à réduire les musiques à quelques catégories, Bandcamp permet de s’aventurer dans une multitude de micro-genres et de scènes. De quoi passer d’une recherche en apparence anodine à une plongée de plusieurs heures dans un univers musical dont on ignorait parfois jusqu’à l’existence. La possibilité de consulter les collections d’autres utilisateurs fait également partie des manières de digger que nous apprécions particulièrement. S/o Axonberg, 2000encash et tous ceux qui laissent leur bibliothèque ouverte afin que leurs collections deviennent à leur tour des terrains d’exploration.

Screen Bandcamp
© Bandcamp

1001Tracklists

Plutôt que de chercher directement de nouveaux morceaux, pourquoi ne pas commencer par regarder ce que jouent les DJs qu’on écoute déjà ? C’est précisément le principe de 1001Tracklists, devenu au fil des années une gigantesque bibliothèque de tracklists de sets. Festival, club, radio show ou DJ-set enregistré, la plateforme permet de remonter la sélection d’un artiste morceau par morceau. Pour un DJ, c’est évidemment une mine d’or. Un set que l’on vient d’écouter peut ainsi devenir une playlist de découvertes, avec parfois des titres qui n’apparaissent nulle part ailleurs dans les recommandations classiques.

L’intérêt est aussi de pouvoir creuser par DJ. Plutôt que de demander à un algorithme ce qui pourrait nous plaire, on part du goût d’un sélecteur dont on connaît déjà la sensibilité. Un morceau attire notre attention ? On regarde qui l’a joué. Puis les autres sets dans lesquels il apparaît. Puis les artistes qui reviennent régulièrement dans ces sélections. Le digging devient alors une forme de filiation musicale qui ne cherche plus seulement des morceaux, mais les goûts de ceux qui les choisissent.

Screenshot 1001Tracklist
© 1001Tracklist