C’est Halloween, bouhhh ! Il y a bien une chose que les monstres et les fantômes ne nous empêcheront jamais de faire : écrire sur les sorties de la semaine. Au programme : la club music de CHLOÉ, les guitares brumeuses de DIIV, la techno glitchée de la compilation de Vel, les paroles envoûtantes de Mylène Farmer, la pop de Lescop, l’électro-jazz expérimental de Takuya Nakamura, le post-punk australien de Radio Free Alice, l’électro-rock de TH/S /S SH/T et la pop mélancolique de Kid Wise.

Par Marion Arcens et Arnaud Larue

CHLOÉ – Shape Of The Unknown

Neuf ans après Endless Revisions, CHLOÉ nous emmène au sein de territoires électroniques inexplorés avec Shape Of The Unknown. La productrice française y construit une musique en mouvement permanent, quelque part entre deep house, techno hypnotique et electronica. Des basses profondes se mêlent aux envolées synthétiques, tandis que les percussions organiques et les mélodies mélancoliques donnent au disque une chaleur très humaine. Autant taillé pour le dancefloor que suspendu dans des passages ambient, l’album joue avec les contrastes sans jamais perdre son fil.

Parmi les quatorze morceaux, « Shapeshifter » déploie une techno minimale aux contours mouvants, tandis que « Repeating The Obvious » préfère les rythmiques décalées et les harmonies rétro, avec une touche d’indie dance. Les voix viennent également troubler ce paysage électronique. Ben Shemie apporte une dimension solaire à « More Than Just A Feeling », Olivia Merilahti se glisse dans l’étrange et onirique « TWYR », tandis que Kittin pose pour la première fois son phrasé sur les productions de CHLOÉ avec « Same Kind ». Plus qu’une succession de morceaux club, Shape Of The Unknown se découvre comme un long voyage sonore, où chaque détour semble ouvrir une nouvelle porte.

DIIV – ZIRP!

Avec ZIRP!, son cinquième album paru le 30 octobre 2026 chez Fantasy Recordings, DIIV sort un peu de sa zone de confort. Habitué aux sonorités de guitares brumeuses et aux atmosphères shoegaze plutôt sombres, le quatuor new-yorkais s’essaye ici à un disque plus pop et électronique, sous l’impulsion du producteur et DJ A. G. Cook (qui a notamment travaillé avec Charli XCX). Les riffs de guitares saturées restent au cœur du projet, mais se mêlent désormais à des synthétiseurs, des textures glitchées et des voix parfois très transformées. « The Fountain » et « Dare Me » illustrent cette énergie, tandis que « Trillions » pousse l’expérimentation jusqu’à l’autotune et aux rythmiques bien plus pop.

ZIRP!, C’est l’acronyme de Zero Interest Rate Policy, (Politique de taux d’intérêt zéro). Un concept que Zachary Cole Smith (le chanteur) utilise pour poursuivre son observation d’une société en crise : capitalisme, pouvoir des grandes entreprises et désillusion collective traversent les 42 minutes de l’album. Rendez-vous au Pitchfork Music Festival pour écouter l’album en live et critiquer le système.

Vel / VA – I wanna be Software

Pour la 5e sortie de son label PURR, la DJ et compositrice franco-marocaine Vel sort une nouvelle compilation : I wanna be Software. Fondé à Paris par l’artiste en 2025, le label PURR s’articule autour des glitchs, des bugs ou encore des écrans bleus… Visuellement et musicalement, il déploie une esthétique rétro-futuriste affirmée, explorant aussi bien des sonorités techno que de l’ambient plus douce et enveloppante. Cette compilation ne déroge pas à la règle.

Pour ce projet, Vel a rassemblé au total neuf producteurs et productrices venu·es du monde entier (art.ic,Dog on Acid, Midnight Traffic ou encore Iman Janes avec qui elle signe un duo). Ces artistes partagent un point commun majeur : iels se sont déjà retrouvés dans les playlists ou les DJ-sets de Vel. Côté sonorités, on plonge au cœur d’une compilation travaillée pour les clubs et la danse qui propose des morceaux de techno teintés d’expérimentations électroniques.

Takuya Nakamura feat. Greentea Peng – Shape The Future

Du jazz à la jungle, il n’y a parfois qu’un coup de trompette. Musicien japonais installé à New York, Takuya Nakamura dévoile Shape The Future, un double album qui condense près de 35 ans d’explorations musicales. Entre basses grondantes et breakbeats nerveux, le producteur construit un univers où l’improvisation jazz rencontre les pulsations des musiques club. Sur le morceau éponyme, la voix soul de Greentea Peng vient se poser sur les cuivres de Nakamura, donnant au morceau une dimension presque hypnotique. Une rencontre entre jazz organique et électronique percussive qui ne manque pas de relief.

Composé de deux chapitres, le disque alterne entre productions studio et captation live enregistrée au fabric, à Londres. « Broken Jazz », avec Tim Reaper, fait dialoguer les rythmiques jungle et les envolées de trompette, tandis que « Takara Island », en collaboration avec Shigeto, explore des textures plus aériennes. La seconde partie pousse l’expérience plus loin, Nakamura y assemble DJing, électronique live, voix et trompette dans une performance qui évolue entre ambient, jazz psychédélique et breakbeat cinématographique. Avec Shape The Future, le musicien ne choisit pas entre club et improvisation, il fait de leur rencontre un terrain de jeu sans frontières.

Lescop – Polaroïds

Avis aux amateurs de synthés froids et de mélancolie nocturne. Lescop est de retour avec Polaroïds, un quatrième album qui ressemble à un bain de minuit dans une piscine aux eaux turquoise. Deux ans après Rêve Parti, le chanteur poursuit son exploration d’une pop électronique minimaliste aux accents eighties. Onze morceaux où les nappes synthétiques dessinent des paysages tantôt lumineux, tantôt inquiétants, tandis que sa voix distante installe une atmosphère presque cinématographique.

Porté par «Comète », single accrocheur aux mélodies synthétiques immédiates, l’album alterne entre refrains pop et compositions plus brumeuses. « Bleu » joue sur des textures froides et mélancolique, tandis que « Polaroïds » prolonge cette esthétique de flou sentimentale. Avec Polaroïds, Lescop compose une bande-son pour des nuits à refaire le monde, où les souvenirs ont parfois des couleurs plus vives que le présent.

Mylène Farmer – Égrégore

Tout est chaooooos. Mylène Farmer sort Égrégore, son 13e album studio. Composé de 12 titres, ce projet d’environ 45 minutes marque une continuité de l’ADN de la célèbre artiste. Dans la forme, elle change les codes : terminée la pop plus traditionnelle, elle semble suivre les nouvelles règles de la musique électronique d’aujourd’hui en confiant les machines à des DJ plus jeunes, comme DJ Lewis. Le résultat ? Un son lourd et ultra-dansant, taillé pour le clubbing, où sa voix, immédiatement identifiable, nous fait toujours quelque chose.

Côté paroles, la recette reste intemporelle. Elle explore les mêmes obsessions qu’il y a des années : la mort, la mélancolie, le sexe et l’amour, le tout enveloppé dans une poésie hyper nostalgique. L’album introduit cependant une critique de la modernité : dans « Des lols et des quoi », elle s’insurge contre l’appauvrissement du langage lié aux smartphones et nous demande où sont passés les mots (serait-elle désenchantée ? Lol).

TH/S /S SH/T – ΛV

TH/S /S SH/T revient cette semaine pour son second album. ΛV, le nom du disque, cherche cette complémentarité que les signes obliques semblent nous indiquer. Des inverses, des reflets, deux esthétiques qui peuvent paraître contradictoires et qui sont pourtant le fruit de ce projet : le rock et l’électro.

Formé en 2017 autour du compositeur et multi-instrumentiste Loïc Louraco, TH/S /S SH/T est un trio qui mise sur l’expérimentation. Le groupe développe une approche hybride, mêlant guitares, basse et batterie à des productions électroniques, avec une volonté de brouiller les frontières entre les genres. Après deux EP en 2018 (EP) et un premier album, /// (Triple Slash), paru en 2020, TH/S /S SH/T revient en 2026 avec ΛV, un nouvel opus produit en partie avec le réalisateur suédois Hans Olsson.

Radio Free Alice – What’s In Between

Avec What’s In Between, son premier album, le groupe australien Radio Free Alice confirme son statut de figure montante du post-punk. Entre guitares incisives, rythmiques nerveuses et mélodies teintées de new wave, le groupe venu de Melbourne puise dans l’héritage des années 1980 pour y ajouter une énergie plus contemporaine. Porté par la production de Peter Katis (Interpol) et d’Ewan Pearson (Depeche Mode), l’album trouve un équilibre parfait entre post-punk brut et mélancolie contemplative.

Le groupe livre onze titres, dont « Big Ideas », en collaboration avec Rachel Brown, qui illustre la volonté de faire contraster leur punk australien avec des textures vocales plus douces et mélodiques. Sur les autres morceaux, la voix nonchalante de Noah Learmonth donne des refrains plutôt pop qui accompagnent les rythmes saccadés des guitares. Le quintet ne passe pas inaperçu en France : après une première date complète en quelques jours à Point Éphémère, les cinq Australiens en ont ajouté deux autres. On se voit là-bas !

KID WISE – Homecoming

Neuf ans après avoir tiré sa révérence, KID WISE retrouve le chemin des studios. Révélé en 2013 avec le clip de « Hope », le groupe toulousain avait marqué les années 2010 avec deux albums avant de se séparer en 2017. Aujourd’hui, ses membres se retrouvent autour de Homecoming, un troisième disque qui navigue entre indie pop et rock alternatif. Un retour qui porte bien son nom, comme une envie de renouer avec une histoire laissée en suspens, sans pour autant chercher à reproduire le passé.

Au fil des morceaux, le groupe alterne entre mélancolie et élans pop plus fédérateurs. «After Dark » avait donné le premier signal de ces retrouvailles, avant que «True Love », «Holy Water » et «Wake Me Up » ne dévoilent différentes facettes du disque. Plus pop et lumineux, ces derniers singles contrastent avec les tonalités plus introspectives qui traversent le projet. « Breaking My Heart », accompagné d’un nouveau clip, vient aujourd’hui compléter ce retour. Avec homecoming, KID WISE cherche à transformer ses retrouvailles en un nouveau départ.