De la bleep techno au singeli, en passant par le future garage et l’electroclash, les musiques électroniques se sont construites au fil de sous-genres qui ont chacun contribué à en redéfinir les contours. Parfois restés dans l’ombre, parfois devenus des références incontournables, ces courants ont influencé des générations de productrices et producteurs puis continuent de façonner les sons des clubs d’aujourd’hui. Retour sur six sous-genres essentiels pour comprendre l’évolution et la richesse des musiques électroniques.

Future Garage

Apparu à la fin des années 2000 au Royaume-Uni, le futur garage vient en réponse à l’évolution que prend le dubstep. En effet les sonorités de plus en plus lourdes et saturées du genre, qui mèneront par la suite au brostep, ne conviennent plus aux premiers passionnés de bass. En réaction à cela, une vague de producteurs britanniques décide de revenir aux sources. Ils gravitent autour du UK Garage et du 2-step des années 90 en y implantant des atmosphères planantes et des sonorités organiques souvent qualifiées de pluvieuses.

Burial va définir le genre avec l’iconique Untrue. Considéré comme la matrice du genre, ce disque va définir à lui seul l’esthétique sombre et mélodique du future garage. Il va être composé sur Sound Forge, un logiciel plus que rudimentaire qui va permettre un élan créatif né de contraintes. Sans aucune grille de tempo. Burial déplaçait ses percussions à l’œil nu et à l’instinct. Pour ses percussions, il sample des bruits de douilles qui tombent au sol issus du jeu vidéo Metal Gear Solid. Grâce à cette logique de débrouille et anti-mainstream, la scène se retrouve avec des passionnés qui lui permettent encore d’exister aujourd’hui. Des artistes comme Sorrow, Synkro, Volor Flex, Phelian ou Ennja lui succéderont et feront évoluer le genre jusqu’à le faire vivre au travers d’artistes majeurs tels que James Blake ou Jamie xx.

Singeli

Né dans les années 2000 à Dar es Salaam, en Tanzanie, le singeli prend racine dans les fêtes populaires des quartiers périphériques de la ville. À partir du taarab, une musique traditionnelle de la côte swahilie, les DJ bricolent des productions électroniques aux tempos vertigineux, rapidement accompagnées par des MC. Avec ses mélodies répétitives, ses rythmiques frénétiques et son énergie brute, le singeli devient la bande-son d’une jeunesse urbaine qui développe ses propres codes.

Longtemps cantonnée aux fêtes locales et aux systèmes sonores artisanaux, la scène va progressivement dépasser les frontières de la Tanzanie. Le producteur Sisso contribue à faire connaître ce son, notamment grâce à la compilation Sounds of Sisso, publiée en 2017 par le label ougandais Nyege Nyege Tapes. Des artistes commeBamba Pana etDJ Travella vont ensuite pousser ces expérimentations toujours plus loin. Aujourd’hui, le singeli s’invite dans les festivals et les clubs du monde entier sans perdre l’intensité ni l’identité populaire qui font sa force.

Bleep Techno

Apparue à la fin des années 1980 dans le nord de l’Angleterre, la bleep techno naît de la rencontre entre la house de Chicago, la techno de Detroit et la culture sound system britannique. À Sheffield et Leeds, une nouvelle génération de producteurs s’approprie ces influences pour façonner un son radicalement différent de ce qui se fait outre-Atlantique. Ici, les mélodies se résument à quelques notes synthétiques, tandis que les basses profondes héritées du dub jamaïcain prennent toute la place. Une musique minimaliste, froide et industrielle, qui tire son nom de ces petits sons électroniques très froids.

Warp Records va rapidement devenir l’épicentre du mouvement. Fondé à Sheffield en 1989, le label publie dès ses débuts Track With No Name deForgemasters, avant d’enchaîner avec des morceaux devenus cultes comme Testone deSweet Exorcist ou Dextrous deNightmares on Wax. Mais c’est le duo LFO, composé de Mark Bell et Gez Varley, qui va propulser le genre sur le devant de la scène avec le single LFO, sorti en 1990. Son mélange de basses sismiques, de rythmiques sèches et de sonorités électroniques acides devient l’une des signatures de cette scène. L’année suivante, leur premier album Frequencies confirme le potentiel d’une musique capable de faire danser les clubs tout en repoussant les frontières de la production électronique.

Bassline

Apparue à la fin des années 1990 dans le nord de l’Angleterre, la bassline naît dans les clubs de Sheffield en réaction aux évolutions du UK garage et du speed garage. Les producteurs locaux reprennent les rythmiques en quatre temps du garage en y ajoutant des basses bien distordues et des sonorités plus agressives. D’abord appelée « Niche », en référence au club qui l’a vue émerger, la bassline devient rapidement un phénomène au sein des classes populaires dans le nord du pays.

Le club Niche va façonner le genre, porté notamment par ses résidents Shaun « Banger » Scott et Jamie Duggan. Mais c’est en 2007 que T2 et Jodie Aysha font exploser la bassline avec Heartbroken, qui atteint la deuxième place des charts britanniques. Malgré ce succès, les fermetures du Niche et les interventions policières fragilisent la scène locale. Des artistes comme DJ Q, TS7 ou Flava D vont néanmoins prolonger cet héritage, entre basses Wobbly, influences grime et rythmiques garage, faisant de la bassline une influence majeure des musiques électroniques britanniques contemporaines.

Electroclash

À la fin des années 1990, une nouvelle vague d’artistes remet au goût du jour les synthétiseurs vintage et l’attitude provocatrice du punk. Entre héritage de la new wave, culture club et esthétique rétrofuturiste, l’electroclash s’impose comme une alternative à la techno et à la house de l’époque. Les machines côtoient les guitares, les voix se font désinvoltes et les performances empruntent autant à la scène punk qu’aux dancefloors.

À Berlin, le label International Deejay Gigolo Records devient l’un des principaux relais du mouvement. Miss Kittin et The Hacker marquent les esprits avec 1982, tandis que Fischerspooner et Peaches poussent plus loin son versant théâtral et provocateur. Si la vague retombe au milieu des années 2000, l’electroclash aura contribué à rapprocher cultures électroniques et rock indépendant, laissant une empreinte durable sur la pop alternative et les scènes club.

Durban Kwaito

Né dans les townships sud-africains au début des années 1990, le kwaito accompagne les bouleversements sociaux qui suivent la fin de l’apartheid. À Johannesburg, les producteurs ralentissent la house venue des États-Unis pour lui donner une couleur locale, mêlant basses profondes, samples répétitifs et des voix rappées en langues sud-africaines. Le kwaito devient le reflet d’une jeunesse noire qui s’approprie les clubs et affirme une nouvelle identité culturelle.

À Durban, cette culture va évoluer au contact des scènes locales pour donner naissance à des sonorités plus rapides et percussives, qui contribueront à l’émergence du Durban kwaito avec notamment T’zozo en professor. Des artistes comme Zakes Bantwini participent à cette évolution, tandis que la scène de Durban développe progressivement une approche plus minimale et sombre de la musique de club. Cet héritage continue d’irriguer les musiques électroniques sud-africaines, de la gqom à l’amapiano, tout en conservant un lien fort avec les réalités sociales et culturelles des townships.