Cette semaine, les sorties continuent de brouiller les frontières entre indie rock, pop, musiques électroniques et sonorités expérimentales. Au programme : le rock alternatif de Fontaines D.C., les explorations club de Violet Indigo, la pop introspective de Rachel Chinouriri, l’électro-pop d’Angèle, les sonorités hybrides de chest., les influences diasporiques de Gayance, les expérimentations électroniques de Nene H, la house aérienne de Jacques Greene, la pop électronique de Larosée, les textures industrielles de Brodinski & Warzou, les rythmiques breakées de DJrum, la house d’Oden & Fatzo, l’électro-rock de JERSEY et les compositions électroniques de NTO.

Par Marion Arcens, Arnaud Larue et Antoine Dabrowski

Fontaine D.C. – Dopamine Chamber

Avec Dopamine Chamber, sorti le 16 octobre 2026 chez XL Recordings, Fontaines D.C. poursuit son évolution. Après Romance (2024), qui avait marqué un tournant vers une musique plus ample et mélodique, le groupe irlandais plonge pendant 43 minutes dans une atmosphère plus sombre, où les synthétiseurs et les textures électroniques se mêlent aux guitares toujours aussi présentes. Produit par le compositeur anglais James Ford, ce cinquième album explore des thèmes liés aux angoisses contemporaines : dépendance au plaisir, déconnexion humaine et difficulté à trouver du sens dans un monde saturé de distractions.

Dès « Six Shot Morning », le morceau d’ouverture, le groupe installe une tension très froide et presque hypnotique. Grian Chatten nous y explique que « le monde est magnifique », on a du mal à croire qu’il le pense vraiment. Sur « Marianne », premier single dévoilé en août, la voix du chanteur se fait magnétique, entre séduction et inquiétude. Morceau phare du projet, la collaboration avec Rosalía sur « Where Is Gone? » confronte les univers des artistes en apparence si différents et pourtant extrêmement envoûtants et mélancoliques. Là où Romance cherchait encore des touches d’espoir, Dopamine Chamber semble regarder l’époque droit dans les yeux. Fontaines D.C. réussit à transformer cette désillusion en un album qu’on aura envie d’écouter en boucle.

MA

Violet Indigo – Blunt Love Trauma

Entre mélange des genres et amour de la musique, Violet Indigo dévoile son premier album, Blunt Love Trauma. Fruit de trois années de création marquées par un parcours cabossé, le disque transforme l’introspection en terrain d’expérimentation musicale, sans renoncer à l’humour et à l’autodérision. De « ZING » à « Supastar », l’artiste enchaîne les influences et revendique une identité musicale sans frontières.

Après trois EP et une sélection aux iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel, la Franco-Américaine s’entoure de son complice Joe Mambo pour façonner douze titres nourris par ses influences éclectiques, de Billie Holiday au Black Eyed Peas. Également DJ, elle puise dans sa culture club pour construire un album pensé comme un DJ-set, où les sonorités électroniques côtoient le jazz et la pop. Avec Blunt Love Trauma, Violet Indigo assume ses contradictions et fait de ses blessures une matière créative.

AL

Rachel Chinouriri – I think I spoke too soon

Quand c’est le chaos dans nos vies, certain·es pleurent dans leur lit (et c’est ok oh!), Rachel Chinouri, elle, le transforme en un des meilleurs albums d’indie pop alternative. La chanteuse britannique publie aujourd’hui son très attendu deuxième album I think I spoke too soon sous le label Parlophone, deux ans après le succès de son premier album What a Devastating Turn of Events. Musicalement, l’artiste s’affranchit des codes purement indie pop pour explorer de nouveaux horizons : l’album fait la part belle à des productions synth-pop dansantes, des rythmiques UK garage et des lignes de basse résolument funky.

Côté textes, I think I spoke too soon s’impose comme un projet profondément autobiographique. Rachel Chinouriri y aborde sans filtre les vertiges de la fin de la vingtaine, entre le doute de soi, les relations amoureuses, sa vision de la féminité et son parcours vers la sobriété. Le ton de ce nouveau projet est parfaitement résumé par le très beau single « Pretty girls », un hymne qui célèbre la liberté de toutes les femmes. Un récit féministe et profondément queer qui apporte un vent de fraîcheur qui fait du bien. La chanteuse viendra défendre ces nouveaux titres sur scène en France, avec un concert déjà annoncé sur la scène mythique de L’Olympia à Paris le 22 juin 2027.

MA

Angèle – Instinct

En plus de balancer son quoi, Angèle nous balance aujourd’hui un album plein de nouveautés et de collaborations de choix, aux allures de journal intime. Après Nonante-Cinq La Suite, paru en 2022, la chanteuse belge a pris le train des sonorités clubs et nous livre Instinct. Angèle est là où on ne l’attendait pas, il y a encore quelques temps. Elle s’éloigne du militantisme et du ton politique de ses premiers succès pour explorer des sujets plus personnels et intimes comme l’érotisme et l’urgence d’une vie ultra-rapide. Une mise à nu dans laquelle elle assume tout : ses désirs, ses doutes, et ce besoin viscéral de lâcher prise et de suivre son instinct.

Côté production, Angèle met le cap sur une autre direction avec Instinct. Fini les productions toutes douces façon bedroom pop de ses premiers projets, les morceaux sont lourds, électroniques, ils transpirent le club et l’expérimentation. Pour cette transition de style, l’artiste s’est entourée de la crème de l’électronique. Justice sur le titre « What You Want », Soulwax sur « Trop », et même Caroline Polachek et SebastiAn pour le triangle amoureux piquant et inattendu de « Love Triangle ». Avec cet album, on a retenu une leçon : toujours suivre notre instinct.

MA

chest. – Happy, Broken

Cet article manque cruellement d’un peu de post-punk. Le groupe chest. est composé de cinq musiciens. Leur point commun ? Ils travaillent tous au Supersonic, le célèbre club parisien. Formé entre ses murs, le groupe français a rapidement conquis le public international. Après s’être fait remarquer par le média britannique NME et après avoir sorti un premier EP début 2025 (All Good Things End), le quintette sort le premier album Happy, Broken, enregistré entre les murs du célèbre studio de La Frette.

Musicalement, tout est très bien maîtrisé, peut-être parce que plus de la moitié des membres sont ingénieurs du son. Le projet ne renie rien de ses racines post-punk et noise rock, mais les pousse dans leurs retranchements avec des sonorités plus modernes. Les riffs de guitare s’hybrident désormais avec des textures électroniques, des inspirations techno et du shoegaze. Eliott Selwood, le chanteur d’origine franco-britannique, s’inspire très fortement de la scène britannique pour livrer des textes forts et des refrains qui ne nous donnent qu’une seule envie : les crier en live avec eux. Mention spéciale pour le morceau « I’m Proud » qui clôture l’album avec une atmosphère mélancolique qu’on n’est pas près d’oublier. Happy, Broken ce sont dix titres qui nous donnent l’impression d’écouter les petits frères cachés d’IDLES. Autant vous dire que ce n’est pas pour nous déplaire.

MA

Gayance – roaming

Après Mascarade, Gayance revient avec roaming, un deuxième album qui explore les liens entre identité, mouvement et diaspora. Entre héritage et influences club internationales, la productrice et DJ haïtiano-canadienne livre un disque nourri par ses expériences au Brésil, à Bruxelles, à Amsterdam et à Lisbonne. Une œuvre personnelle qui mêle sonorités globales, introspection et désir de transformation.

Repérée par Gilles Peterson, Laurent Garnier et la BBC Radio, l’artiste installée à Lisbonne poursuit son exploration musicale. Avec roaming, Gayance transforme neuf années d’amitié, de voyages et de changements de vie en un carnet de voyage sonore avec comme destination la réappropriation de soi.

AL

Nene H – Seltsame Fabeln

Nene H c’est la queen de l’underground berlinois. On voit rarement des artistes aussi complets. Elle défend notamment les perspectives musulmanes et féministes, tout en soutenant les artistes émergents. Entre expérimentation radicale et énergie club, Seltsame Fabeln, prouve que la techno peut être un terrain de jeu aussi physique que politique.

Nene H livre un EP qui joue avec les codes de la techno sans jamais perdre les sonorités groove. Deux tracks font battre le cœur du projet : « Pferdemädchen », direct et fougueux, et « War das ein Traum », qui gagne en intensité peu à peu. Des morceaux de pure techno construits pour faire danser les foules. Mais Nene H À plus d’une corde à son arc. Avec « Geisterstunde » et « Ende gut », elle explore une musique plus expérimentale, où les rythmes se décalent, et les repères se brouillent. Mention spéciale à « Ende gut », qui superpose une grosse caisse en trois temps à des percussions en quatre-temps. Résultat : un rythme déstabilisant qui attise notre curiosité. Nene H semble repousser les limites de tout ce qu’elle touche tout en gardant la promesse de l’émotion.

MA

Jacques Greene – jg

Sept ans après Dawn Chorus, Jacques Greene revient avec jg, son troisième album chez LuckyMe. Le producteur montréalais renoue avec les racines club de son univers, entre house, UK garage et bass music. Pensé comme son premier album entièrement dédié au dancefloor, le disque réunit onze titres.

Révélé avec « Another Girl » puis confirmé par Feel Infinite (2017), Jacques Greene s’est imposé par sa capacité à mêler rythmiques club et textures mélodiques teintées de R&B. Avec jg, il s’entoure notamment de CFCF, Ouri, Jonah Yano et crushed, pour un album qui privilégie l’instinct et les collaborations. Une nouvelle étape pour le producteur, qui retrouve ici une approche plus directe de la musique électronique.

AL

Larosée – Same for me same for u

Le duo parisien Larosée vient mettre un peu de douceur dans nos vies avec son nouvel EP Same for me same for u. Le projet, composé à quatre mains, signe une entrée poétique et ultra-prometteuse sur la scène indie-folk française, s’imposant comme une bande-son idéale pour guérir les cœurs. Same for me same for u, ce sont cinq titres et un interlude aux sonorités contemporaines et toutes douces. Le duo explore une esthétique onirique entre folk et électronique, avec de la guitare et du synthé.

À travers les morceaux de l’EP Larosée façonne une esthétique cotonneuse qui nous enveloppe, mais derrière cette légèreté se cachent des textes plus intimes qui explorent le passage à l’âge adulte, les relations parents-enfants ou encore le deuil.Le titre « Same for me same for u » sert d’aveu. La chanteuse y raconte les contradictions des amitiés, entre vulnérabilités, rivalité et amour fort. La chanson parfaite à envoyer à votre meilleure amie pour lui rappeler que vous ne la laisserez jamais, même en période de doute. L’EP est une réelle invitation à la lenteur, entre puissance et délicatesse, qui s’écoute avec un pincement au cœur mais le sourire aux lèvres.

MA

Brodinski & Warzou – Audio Waste Management

Brodinski et Warzou s’associent sur Audio Waste Management, un EP de quatre titres qui inaugure Markham//XR, le nouveau sous-label de Markham Road Records. Entre techno industrielle, basses abrasives et sonorités métalliques, le duo livre un projet brut qui s’éloigne des codes du dancefloor.

Accompagnés d’Aracoeli sur « A-Ttrav-Ers-Are » et du rappeur ougandais, Ecko Bazz sur « Okutya », les deux producteurs mêlent 808 explosives, percussions sèches et textures distordues. Avec « Skeptic Smile » et « Dumpster Cut », le projet prolonge cette esthétique jusqu’à des sonorités percussives proches de la drill techno.

AL

JERSEY – NOTHING’S FAKE

Après deux EP et une ascension fulgurante portée par une forte viralité sur les réseaux, les frères normands Carl et Renaud, alias JERSEY, dévoilent leur premier album, NOTHING’S FAKE, le 16 octobre. Entre énergie du rock britannique, héritage French Touch et EDM des années 2010, le duo développe une musique électronique intense et fédératrice.

Après des collaborations avec Phoenix, Justice et MGNA Crrrta, ainsi que des passages remarqués à Coachella, Primavera et Portola, JERSEY franchit une nouvelle étape avec ce premier long format. Entre mélodies accrocheuses, synthétiseurs puissants et énergie euphorique. Un album pensé pour faire le lien entre émotions pop et déflagrations club, où les influences se croisent dans une approche à la fois nostalgique et résolument tournée vers le dancefloor.

AL

Oden & Fatzo – Somehow It Flies

Après le succès de « Lauren » et plusieurs collaborations remarquées chez Defected Records, le duo parisien Oden & Fatzo dévoile son premier album, Somehow It Flies, composé de 19 titres. Entre house, disco, électro et French Touch, le disque reflète dix années d’expérimentation et une volonté de s’affranchir des frontières musicales.

Entourés d’une vingtaine de collaborateurs, dont THEOS, Poppy Baskcomb et Camden Cox, les deux producteurs explorent une palette sonore éclectique, entre grooves taillés pour le club, mélodies pop et textures électroniques. Oden & Fatzo signent un projet qui célèbre leur parcours indépendant et leur attachement au dancefloor, avec une approche aussi festive qu’expérimentale.

AL

NTO – Naked

Ce n’est pas toujours un exercice facile pour les artistes de musique électronique de se mettre à nu. Pourtant, ce sont les épreuves personnelles traversées par l’artiste marseillais qui sont au cœur de ce deuxième album tourmenté. Si la techno mélodique et progressive de NTO touche, c’est par sa capacité à transmettre beaucoup d’émotion, sans jamais être démonstrative. Le producteur invite plusieurs guests qu’il laisse parler à sa place pour un résultat assez lumineux.

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