Rachel Chinouriri vient de dévoiler I think I spoke too soon, un second album de pop alternative tourné vers la fête et les questionnements qui l’accompagnent. Tsugi a profité du passage de la chanteuse britannique dans la capitale française pour lui poser quelques questions.
Par Marion Sammarcelli et Valentin Boero
Il y a des artistes qui donnent le smile. Et Rachel Chinouriri en fait amplement partie. La chanteuse britannique a le don d’aborder ses traumas avec une grande légèreté et une bonne dose d’humour. C’est notamment le cas dans son second album, I think I spoke too soon, un disque où elle aborde son ancienne addiction à l’alcool, à la fête, et sa quête d’identité : celle de devenir une meilleure personne. Qui ne s’est jamais posé un tas de questions existentielles en regardant son double dans le miroir en soirée après avoir englouti des shots de tequila ? Nous plaidons coupables… Rencontre avec une jeune artiste fun, attachante, proche de ses fans et qui refuse qu’on l’enferme dans des cases. Discussion garantie sans langue — et gueule — de bois.
Après ton premier album, What a Devastating Turn of Events, dans lequel tu abordais des thèmes personnels de manière très ouverte, as-tu eu du mal à trouver le point de départ de ton nouvel album I think I spoke too soon, à déterminer le sujet que tu allais traiter ?
En fait, je n’avais pas écrit de chansons depuis environ un an avant de m’y remettre. Et puis, j’ai composé « The good fight ». Je crois que ça a ouvert la voie à toutes mes idées. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’allais parler de sobriété, d’alcool, de fêtes…
Dans ce deuxième album, tu conserves cette façon d’aborder des sujets plutôt sérieux avec beaucoup de légèreté, d’humour et de recul (notamment en ce qui concerne ta relation à l’alcool dans « Broken chair »). Est-ce une manière pour toi d’atténuer la gravité de ce dont tu parles ?
Je pense que oui. Je viens d’une famille qui a vécu beaucoup de traumatismes… À bien des égards. Et, je pense que c’était une sorte d’instinct de survie : quand ils vivaient un traumatisme, ils en faisaient des blagues. Puisqu’ils en plaisantaient, ces sujets devenaient plus difficiles à aborder. Alors, maintenant que je compose des chansons, que j’écris sur ce que je ressens, il y a une partie de moi qui se dit : « Bon, il faut que je rende ça plus léger. » C’est presque ancré dans ma manière de composer et de percevoir les traumatismes.
C’est naturel pour toi d’écrire ainsi.
Oui. Et il ne s’agit pas tant de rire de ce traumatisme. Mais c’est un peu comme si je me disais : « C’est arrivé, je l’accepte et je dois essayer de passer à autre chose. »
Et c’est cool, parce que ça t’évite l’inconvénient de ne pas pouvoir en parler.
Oui, je pense que c’est là l’essentiel. Dans ma famille, ça n’était pas si facile d’en parler. On faisait toujours des blagues, c’était un mécanisme de défense. Heureusement, on communique bien plus aujourd’hui. Mais oui, ça se reflète désormais dans ma manière de composer.
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Et penses-tu que ta musique a aidé ta famille à aborder ce genre de sujets ?
Je pense que quand mes parents, ou d’autres, écoutent mes chansons, ils se disent : « Oh, je ne savais pas que tu ressentais ça » ou bien « Je ne savais pas que tu pensais ça » et c’est plutôt sympa à vivre. C’est intéressant de voir qu’ils peuvent me comprendre de cette manière.

Dans ton nouvel album, tu soulignes également la différence entre la personne que tu es et celle que tu souhaites devenir, une différence qui ressort particulièrement lors des soirées. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
Je crois que je commence à devenir la personne que je veux être. J’ai commencé à boire de l’alcool assez tard. Et il y a ce truc où tu te sens mise à l’écart quand tu sors et que tu ne bois pas, ce que je ne comprenais pas à l’époque. Alors, quand j’ai commencé à boire, j’ai réalisé : « Oh, c’est comme faire partie d’une communauté, on se saoule tous ensemble » (rires). Et au fil du temps, j’aimais bien être cette meuf bourrée marrante qui boit des shots de tequila (rires).
Je me suis fait beaucoup d’ami·es en étant cette personne fun et festive. Mais j’ai réalisé que je les voyais seulement autour d’un verre, alors quand je suis devenue sobre, ça a compliqué les choses. Je me disais : « Je me sens vraiment seule quand je ne bois pas et je me sens vraiment seule quand je suis chez moi, je n’ai pas d’ami·es… » C’est à ce moment-là que j’ai commencé à travailler sur moi-même. J’ai compris que je pouvais toujours être cette personne fun, même sobre, et que je pouvais continuer à voir mes ami·es en dehors des soirées. Je suis devenue cette personne aujourd’hui, et ça me fait du bien.
Peux-tu nous raconter un de tes meilleurs souvenirs de soirée ?
C’était un peu avant les Grammy Awards, et c’était l’une de mes toutes premières soirées à Los Angeles. C’était dans un musée complètement vide. Ma meilleure amie, qui était déjà là depuis 1h, est venue vers moi en me disant : « Il faut qu’on parte, c’est horrible. » J’ai insisté pour rester et attendre un peu puisque je venais tout juste d’arriver. Tous les gens étaient insupportables, j’essayais d’aller leur parler mais ils me regardaient l’air de dire : « T’es qui toi ? T’es pas célèbre… » C’est classique à LA.
Mon amie voulait partir, j’ai pris mon sac, je me suis retournée et Madonna est entrée. J’étais choquée (rires). La salle était vide, elle s’est levée et elle s’est mise à danser toute seule au milieu. Je me souviens qu’on s’est regardées avec ma pote et on s’est dit : « Peut-être qu’on devrait rester finalement » (rires). Et là, toutes les célébrités auxquelles on peut penser sont entrées d’un coup. On m’envoyait des SMS du genre : « T’es à la soirée avec Madonna ? » C’était vraiment dingue.
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Et tu as dansé avec Madonna ?
J’avais trop peur (rires). Je me suis dit que si j’allais là-bas, les agents de sécurité m’en empêcheraient. Mais elle se donnait à fond et il n’y avait personne d’autre sur la piste de danse, j’ai trouvé ça impressionnant.
À l’inverse, quel est ton pire souvenir de soirée ?
J’en ai tellement… J’étais à un concert, et j’ai eu envie de boire un verre. Avant, je ne buvais que certains alcools, mais je me suis dit que j’étais passée au niveau supérieur et que je pouvais désormais boire du vin, de la bière et un shot… Je pense que j’ai beaucoup mélangé. Résultat : je me suis réveillée chez moi le lendemain, avec mes affaires éparpillées partout, complètement perdue.
Plus tard, j’ai fait un live sur Instagram et une fan m’a dit : « Oh je t’ai vue hier ! » Elle m’a répété tout ce que j’avais dit… Apparemment j’avais vomi dans un Uber. Je ne me souviens de rien. C’est peut-être mieux comme ça… Et la fan m’a assuré qu’elle ne raconterait rien à personne (rires). Heureusement, elle m’a dit que j’étais hyper fun. Mais ça a été un tournant décisif pour moi, j’ai décidé de me calmer après ça.

Pour en savoir un peu plus sur ta musique, tu proposes toujours une pop alternative très personnelle et moderne. Est-ce important pour toi de ne pas te conformer à un genre musical précis, ou bien à ce que les gens pourraient attendre de toi ?
Je pense que oui. Lorsque j’ai enregistré mon premier album, je ne voulais pas m’enfermer dans un seul genre. Mais après sa sortie, on m’a catégorisée comme une artiste indie pop. Quand j’ai composé le second, j’ai senti que je me limitais dans ma création. Je me disais : « Je suis connue pour cette musique, donc ça doit être ainsi. » J’ai compris que je m’enfermais dans un carcan, ce que je voulais justement éviter.Alors, j’ai commencé à faire du disco et de la pop électronique.
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Et puis le producteur m’a dit que c’était ma façon d’écrire les paroles qui donnait toute sa cohésion à ma musique et que, même si je changeais la production, ça resterait toujours « moi ». Alors on s’est engagés dans cette voie. Et je pense surtout qu’il est important d’évoluer là où on sent qu’on a besoin d’évoluer et où ça nous semble le plus naturel.
Tu es très proche de ton public. Ça te permet de ne pas ressentir de pression quant à ce que tu devrais faire ?
Carrément. J’ai l’impression qu’ils sont presque comme mes amis, d’une certaine manière. Quand j’essaie quelque chose musicalement, je vois que certains fans réagissent : « Ah j’aime moins ce morceau mais je vais écouter celui-ci », j’aime le fait qu’ils aient suffisamment confiance pour le dire. J’apprécie leur honnêteté vis-à-vis de ma musique, de ma vision et de mes textes.
Être si proche de ton public, est-ce aussi un moyen pour toi de garder le contrôle sur qui tu es et sur qui tu veux être ?
Je comprends la célébrité dans une certaine mesure. Mais je ne comprends pas la hiérarchie. Je pense que parfois, les fans peuvent mettre certaines personnes sur un piédestal, parce qu’il y a moi-même des artistes que je regarde et je me dis : « Oh mon Dieu, tu es incroyable. » Mais il arrive parfois qu’il y est une certaine distance qui peut donner l’impression qu’un artiste ne souhaite parfois même pas interagir avec ses fans.
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Être proche de mes fans, ce n’est pas leur offrir le contrôle sur moi. C’est presque plus comme une relation amicale, je leur demande ce qui leur ferait plaisir pour qu’ils en profitent tous : « Qu’est-ce qu’il faudrait pour la promo du prochain album ? Plus de meet & greets, plus de sorties ? » Même quand je les rencontre, j’aime bien qu’ils se sentent suffisamment à l’aise pour ne pas se montrer gênés et qu’on puisse avoir une conversation normale en tête-à-tête. C’est une relation de respect mutuel et, j’espère que, même si ça prend de l’ampleur, je pourrai quand même, d’une manière ou d’une autre, conserver ce lien.
Tu as récemment participé à l’émission Saturday Night Live au Royaume-Uni, et tu t’es également produite au Daisy Chain Fields, le festival d’Olivia Rodrigo. Comment gères-tu ce succès phénoménal ?
Succès phénoménal ? Oh my god, thank you guys (rires) ! Je pense que je dis oui à toutes les opportunités, et c’est ce que m’a apporté le fait d’être sobre. Chaque fois que je fais quelque chose, j’ai vraiment l’impression d’être pleinement présente. Donc même en participant à cette interview, je me dis : « Ok, je suis avec vous les gars ».
Quand j’ai participé au Saturday Night Live, j’ai ressenti une énorme pression, je me suis dit : « Je dois réussir, sinon c’est la fin de ma carrière. » Finalement, je suis montée sur scène et j’ai pensé : « Je suis sur SNL, c’est vraiment génial » (rires). Pareil pour le festival d’Olivia Rodrigo tout le monde me demandait : « Alors, tu as hâte ? » Et je répondais : « Oui, c’est vraiment génial, mais ça doit surtout être fun ! » Je pense qu’il faut dédramatiser pour encore plus en profiter. Easy peasy.
Alors tu n’étais pas du tout stressée ?
Non, je pense juste que je dois venir comme je suis (rires).


























































































