La DJ et productrice vient de dévoiler I wanna be Software, la troisième compilation de son propre label purr. L’occasion pour Tsugi de lui poser quelques questions et d’en savoir un peu plus sur ce que renferme ce disque taillé pour le dancefloor.
Cela fait un an que le label de Vel, purr, a pris vie. Sur cette plateforme qui suggère le ronronnement, la DJ et productrice partage la musique qu’elle aime, entre techno ultra-texturée qui « te caresse le cerveau » et ambient — notamment à travers son album Cuddle Protocol. Le tout, lié par une esthétique qu’elle aime appeler rétro-futuriste entre virus informatiques, glitchs des années 2000 et bugs. Un aspect froid, robotique, joliment contrasté à l’aide d’éléments organiques, résolument humains, tels que… les sentiments. Finalement, Vel associe deux choses qui d’apparence s’opposent pour trouver son équilibre artistique.
Et c’est toujours le cas avec cette cinquième sortie, la compilation I wanna be Software. Cette dernière réunit des artistes du monde entier et met toujours en avant cette dichotomie entre informatique et organique. Rencontre.

Ton label purr, ce sont des glitch, des bugs, des virus informatiques, du code, il y a quelque chose de très digital… D’où est-ce que cette thématique provient-elle ?
J’ai toujours été fascinée par les ordinateurs, et plus précisément par la capacité de créer de la musique avec des 0 et des 1. Je voulais un label qui retransmet ça, à travers une esthétique rétro-futuriste de cet univers : les écrans à tube cathodique, les bugs, les fenêtres bleues démodées, les fausses exécutions, les grosses unités centrales… C’est vraiment le futur façon vintage qui me plaît. Je m’y retrouve moins avec l’informatique d’aujourd’hui, l’IA tout ça…
Je pense que la musique que je fais est très digitale et je me voyais bien l’illustrer avec cette esthétique computer, data. C’est quelque chose qu’on retrouve aussi dans les titres des disques : Infect Me Softly, I wanna be Software, pleaseinsert_ILOVEYOU… D’ailleurs pour la petite anecdote, le dernier est une référence au virus informatique « I Love You » qui a infecté des dizaines de millions de PC au début des années 2000. L’histoire est assez drôle, j’aime bien cette opposition entre l’amour et les virus.
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Justement, à l’inverse,il y a quelque chose de très rassurant dans le nom de ton label… Ça fait référence à un ronronnement. Pourquoi cette dichotomie entre code informatique, virus et douceur ?
En effet, le mot « purr », ça vient du verbe « ronronner » en anglais. Et ce que j’aime dans la musique électronique, c’est quand t’es sur le dancefloor et que tu perçois des fréquences tellement bien développées, tellement bien travaillées, que ça te caresse le cerveau.
Et c’est vrai qu’il y a ce côté très organique, apaisant, avec l’image du ronronnement, qui s’oppose à l’esthétique de l’informatique rétro-futuriste assez froide. J’aime bien imaginer qu’on peut coder quelque chose qui n’est pas codable comme l’amour par exemple. C’est drôle de parler de sentiments avec une machine qui ne peut pas en avoir. Ça me fascine. Une machine peut mimer des émotions, mais est-ce qu’elle peut réellement ressentir ? J’aime bien le délire d’imaginer l’amour entre un humain et un robot, c’est perché (rires).
Qu’est-ce que ces oppositions thématiques disent de la musique qu’on peut écouter sur ton label ?
Il y a beaucoup de nappes, de textures, des pads, des synthétiseurs très lents… J’y ai pas exemple sorti un album d’ambient, Cuddle Protocol (le protocole du câlin) on retrouve encore cette dichotomie, le fait de coder quelque chose de naturel. L’idée, c’était de cajoler son cerveau, c’est un album doux, qui fait du bien…
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Dans les sorties qui se rapprochent plus de la techno, on retrouve des artistes qui font littéralement ronronner la musique. Je pense à Hitam en particulier, c’est tellement doux, entraînant et transcendant à la fois. Ce sont des morceaux très complexes à réaliser il y a beaucoup d’imbrications dans les plugins, beaucoup de LFO, de manipulation des éléments. KennyKrazyWorld, Max Duret, Kick21, Liso… Je trouve qu’iels arrivent à produire un son très délicat et texturé et, à sortir de la norme de la techno qu’on a l’habitude d’entendre en ce moment.
Tu t’apprêtes à dévoiler la 5ème sortie de ton label. Il a un très bel artwork. Qu’est-ce que cela raconte du disque ? Cette fois, c’est comme si l’humain consentait à devenir un logiciel, c’est un peu l’inverse de ce que tu disais quand tu parlais de machine qui ressent…
C’est vrai. J’aime quand même toujours mettre des titres romantiques : Infect Me Softly, pleaseinsert_ILOVEYOU, Cuddle Protocol… Et oui, je n’y avais pas pensé mais avec I wanna be Software, c’est un peu l’inverse. C’est l’humain qui a envie d’être digitalisé. Sur cette cover, on retrouve encore une fois du glitch, du bug… Un ange qui semble sortir d’une œuvre d’art de la Renaissance mêlé à des fenêtres d’une vieille version de Microsoft. Franchement, on s’est lâché. Il y a quelque chose de très organique, mixé à de l’informatique. Je ne voulais pas soit l’un, soit l’autre, il fallait que ça soit les deux en même temps. Et je trouve que c’est très représentatif de la musique qu’on peut écouter à l’intérieur.
On a des morceaux très ordinateurs, je pense à celui de PNJ193 « Leveling Guide », ou bien de odpein « ear theft ». Et, à l’inverse, des tracks plus organiques comme le morceau de Nav « All started near the lake », celui de Midnight Traffic « Psychosomatic » et le mien avec Iman Janes, « Nectar in Saturn ».
Qui as-tu rassemblé dans ce VA ?
J’ai rassemblé des artistes d’un peu partout dans le monde qui font de la musique que j’aime. Ce sont des producteurs qui reviennent souvent dans mes propres DJ-sets.
Et quel a été le cahier des charges sur la manière dont ils devaient produire leurs tracks ?
Il y a des artistes à qui je n’ai rien dit. Par exemple Dog on Acid a un style tellement reconnaissable, particulier, minimaliste… Je savais que ça allait coller. Mais sinon, le mot général, c’était d’avoir des tracks texturées, complexes et avec une rythmiques 4×4. Je ne veux pas de morceaux trop déstructurés car je veux qu’ils soient dansables.
Et quels sont les genres électroniques que la compilation réunit ? Est-ce qu’on doit mettre I wanna be Software dans une case ?
Pour le coup, je pense qu’elle est un peu plus techno que ce qui s’est fait précédemment, mais elle reste quand même assez weird. Je pense que c’est quand même assez différent de ce qu’on entend habituellement, même si ça reste de la musique de club.
Tu y signes un morceau avec Iman Janes. Peux-tu me le décrire en quelques mots ? Pourquoi l’avoir fait avec cette artiste en particulier ?
C’est un morceau très girly. On entend la voix d’Imane, les nappes sonores qui l’enveloppent sont très nostalgiques. Et je pense que c’est le morceau le plus techno de la compilation, au sens littéral du terme. En dehors de ça, ça fait longtemps que je connais Imane, six ans à peu près. Donc je suis tout ce qu’elle fait depuis. J’ai adoré le dernier EP qu’elle a sorti sur Agora, In The Bleak Midwinter, elle m’envoie souvent ses derniers tracks… Et, il y a à peu près un an, on s’est dit qu’il fallait qu’on fasse de la musique ensemble.
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On a réussi à se retrouver cet été pour une première session. On a mis en commun les différents éléments qu’on avait déjà (nappes, kicks, snare, hat…) et on a ajouté la voix d’Iman. Puis on a continué à distance. J’ai eu l’occasion de tester le track en club, je l’ai notamment joué au Tresor à Berlin en closing il y a peu de temps, puis en closing de mon podcast avec BCCO aussi. Et franchement, il satellise, il fonctionne trop bien.
Pourquoi avec cette artiste en particulier ?
Iman, c’est une artiste qui est encore au début de sa carrière, elle est très jeune. Mais je suis persuadée qu’elle va avoir beaucoup de succès parce qu’elle est très talentueuse et c’est une grande bosseuse, une passionnée. Elle a vraiment un compréhension de la techno dans sa version la plus deep.
Quelque chose dont tu voudrais parler que l’on n’a pas abordé ?
Je suis en train de finaliser mon prochain EP qui va sortir en vinyle l’année prochaine. Je pense qu’il suit bien mon évolution en tant qu’artiste. Quand j’ai commencé, j’orientais ma musique vers un délire psy-trance très rapide, mais là, je me dirige vers de la techno. Peut-être que ça changera encore après mais pour le moment, je ralentis.




























































