Ça y est, les inscriptions au tremplin des iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel sont ouvertes ! Si vous êtes un·e jeune artiste et que vous hésitez encore à vous lancer, quoi de mieux que les paroles de trois artistes qui ont déjà participé au dispositif : Danyl, Maëva Nicolas du duo Bandit Bandit et Moera June. Rencontre.
Par Marion Sammarcelli et Valentin Boero
Danyl, Maëva Nicolas du duo Bandit Bandit et Moera June évoluent tous dans des esthétiques musicales bien différentes. Pourtant, ils ont un point commun : les iNOUïS du Printemps de Bourges. Si Danyl et Maëva ont fait partie de la promotion 2020 — une année perturbée par la pandémie de Covid —, Moera June sort à peine de son accompagnement, puisqu’il appartient à la promo 2026. Tsugi les a invité à dialoguer pour partager leurs différentes expériences aux prochain·es lauréat·es. À trois, ils racontent ce qui les a poussés à s’inscrire au dispositif, les auditions, ce qu’ils en retiennent ou bien ce que ça leur a apporté, avec plus ou moins de recul pour certains.
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Les inscriptions aux iNOUïS du Printemps de Bourges sont ouvertes depuis le 14 octobre et le seront jusqu’au 12 novembre par ici. Cet échange pourrait en inspirer plusieurs à se lancer dans l’aventure… À la clé ? Un accompagnement personnalisé, des rencontres avec des professionnel·les de la musique, des résidences en amont des auditions et des résidences pour les lauréat·es, une classe verte puis l’occasion de se produire au Printemps de Bourges Crédit Mutuel ainsi que sur d’autres scènes des festivals partenaires.
Pourriez-vous vous présenter rapidement et nous dire quand vous avez participé aux iNOUïS, dans quelle promotion ?
Moera June : J’ai participé aux iNOUïS cette année, je fais partie de la promo 2026. J’ai un projet de chanson aux influences plutôt rock et folk.
Maëva Nicolas (Bandit Bandit) : J’ai fait les iNOUïS en 2020, ça commence à dater… Et on fait du rock en français, tout simplement.
Danyl : J’ai aussi fait les iNOUïS en 2020. C’était bizarre notre truc à nous, c’était le Covid. Pour le concert les gens portaient des masques et étaient assis, c’était pas le printemps, c’était juste Bourges (rires). Sinon, j’ai sorti mon album cette année, ZMIG, et ma musique c’est un mélange de rap, de raï, de pop et de chaâbi.
Qu’est-ce qui vous a motivés à vous inscrire au programme des iNOUïS chacun·e ? Où en étiez-vous dans votre carrière ?
Moera June : Je voulais aller chercher des ressources dans d’autres canaux que le bouche-à-oreille ou les rencontres dans des lieux privés… Le but, c’était de trouver un cadre. Et voilà, j’étais curieux de ça… J’en entendais parler depuis longtemps et avec Justine ma manageuse on s’est dit que c’était le bon moment pour essayer. À ce moment-là de ma carrière, je cherchais, j’expérimentais. J’avais besoin de trouver une forme dans laquelle inscrire la musique que je fais. Je pensais que ce genre de contexte pouvait aussi m’aider, et ça a été le cas. J’ai aussi pu discuter avec d’autres artistes, ça n’aurait pas été la même chose que si on s’était rencontrés dans un bar. On était plus comme des camarades de classe.
Maëva Nicolas : Il se trouve qu’avant d’être musicienne, j’ai été journaliste puis attachée de presse. Donc, j’avais déjà bien traîné mes basques au Printemps de Bourges et aux iNOUïS. Je voyais vraiment le dispositif comme une sorte de petit accélérateur de particules.
Avec Bandit Bandit, on venait de sortir notre premier single… C’était vraiment le tout début. Et ça me semblait assez smart de passer par là, parce que le Printemps de Bourges, c’est quand même le premier gros événement dans le music business. Et y passer, ça donne quand même une sacrée vitrine. Ou pas, ça dépend si tu foires ton concert (rires). Mais en tout cas, si ce n’est pas le cas, tu as accès très rapidement à beaucoup de programmateurs de toute la francophonie, que ce soit le Québec, la Suisse, la Belgique, la France.
Danyl : De mon côté, si je suis 100% honnête, c’est mon manager, qui est aussi mon meilleur ami, qui m’a inscrit. Il me disait que c’était un endroit où beaucoup de gens de la musique allaient pouvoir me voir… J’y suis allé tête baissée, je ne connaissais pas du tout le dispositif.
Et comment les auditions se sont-elles passées ?
Moera June : Il y a toujours un stress en plus parce que ce n’est pas un public habituel, c’est un public de pros…
Maëva Nicolas : C’est un public qui croise les bras en t’écoutant (rires).
Moera June : Et avec la musique que je fais, ça marche (rires). Blague à part, ça se sent. Ce n’est pas la même énergie, c’est un public qui observe les moindres détails. Mais je ne l’ai pas mal vécu, j’étais content. J’ai fait mon audition à La Maroquinerie, ça m’a permis de jouer dans une salle de renom.
Maëva : De mon coté,il y avait quelque chose de très aliénant dans le sens où j’avais fait partie de ces pros, et je passais de l’autre côté. Mais il y avait un truc trop chelou, je me disais : « Ok ma belle, maintenant, t’es sur scène et les gens vont te juger très, très, très fort. Ils vont se dire, mmh, la petite attachée de presse là, elle se prend pour qui à vouloir faire la rockeuse. » Donc, j’ai mis vraiment beaucoup de temps à trouver mes légitimités sur scène… Et à ce moment-là, c’était encore l’époque où je vomissais avant, pendant et après (rires). Mais ça l’avait fait, à priori, puisqu’on a été pris.
Danyl : J’ai passé mon audition à Paris, avec cinq autres artistes qui évoluaient dans un univers musical porté vers le rap. Et j’ai été sélectionné ! C’était un tremplin utile, suivi de près par le monde de la musique. C’est moins abstrait que les réseaux sociaux, que TikTok… On se base plus sur une performance que sur des statistiques, des trends, je trouve ça plus cool.
Qu’est-ce que les iNOUïS vous ont apporté ? Est-ce que cela vous a propulsé ? Quel impact cela a eu sur votre jeune carrière ?
Maëva Nicolas : Juste après, on a fait une très belle tournée pendant deux ans et demi pour le premier EP, Bandit Bandit. Forcément, ça a été un peu compromis par le Covid, mais on avait plus de 80 dates, donc c’était quand même assez stylé. De manière général, ça apporte une belle visibilité. Après, je ne sais pas à quel point ça a vraiment débloqué des trucs incroyables. A priori, je ne suis toujours pas Clara Luciani (rires).
Danyl : De mon côté, il s’est passé un truc après les iNOUïS. En plus, ça s’inscrivait un peu dans une espèce de constellation de tremplins : les Bars en Trans, le MaMA… Mon nom a pas mal circulé dans le milieu professionnel. Puis, j’ai trouvé mon équipe, que j’ai rencontrée grâce aux iNOUïS, et avec qui je travaille encore aujourd’hui.
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Moera June : J’ai senti que ça m’avait fait beaucoup de bien. Ça fait longtemps que je fais de la musique et là, de sentir qu’il y a eu une espèce d’effervescence autour et des gens qui portent de l’intérêt à ce que je fais, qui me demandent où j’en suis, qui m’envoient des messages, qui veulent me rencontrer… Ça fait du bien, quoi. Il y a aussi eu tous les concerts iNOUïS, des festivals partenaires. J’ai fait des rencontres avec des potentiels partenaires professionnels aussi… Je sens que ça ouvre des portes, dans tous les cas. Après, sur le long-terme, on verra. C’est aussi à moi d’apprendre à rebondir sur ces choses-là, ce n’est pas inné je trouve.
Moera June tu as reçu le Prix du Jury à l’issu du dispositif. Comment l’as-tu reçu, est-ce que tu t’y attendais ?
Moera June : Pas du tout ! J’y allais pour l’expérience. Je ne m’attendais pas du tout à recevoir un prix. Même, je partais un peu avec une tête de con en disant : « Ouais même si il y a un trophée, je m’en fous » (rires). En mode, « je le fais que pour la musique. » Mais finalement ça fait du bien.
Un souvenir fort à partager par rapport à votre expérience aux iNOUïS ? (Audition, remise de prix, performance au Printemps de Bourges, La Classe Verte…)
Moera June : Il n’y a pas un souvenir en particulier. C’est assez subjectif, mais ça m’a rappelé le lycée, plus précisément ce que j’aurais aimé aimer au lycée. Genre les moments entre les cours, où t’es avec tes potes que t’as rencontré il y a trois jours à la machine à café (rires). Et tu échanges sur les cours. C’était hyper humain.
Maëva Nicolas : Oui pareil il y avait ce truc de copains. Ce sont des gens qui sont encore dans notre cercle d’amis de la musique.
Danyl : Ouais, fort. J’ai bien rigolé. Dans ce milieu, t’es souvent isolé quand tu démarres, tu ne connais pas forcément d’autres artistes. Alors, c’est bien d’en rencontrer qui ont des problématiques différentes de toi, qui évoluent dans d’autres styles… On allait voir les concerts des uns et des autres, c’était comme un spectacle de fin d’année à Bourges. C’était chill.
Maëva Nicolas : Il y avait un côté un peu Camp Rock(rires).
Au-delà des rencontres que ça a engendrées, dans quelle mesure ça vous a permis de vous professionnaliser ?
Danyl : Moi je n’ai pas été des plus studieux… (rires généraux). Je ne suis pas allé à tous les cours. Mais j’ai appris plein de choses quand j’y étais.
Maëva Nicolas : Je n’ai pas été plus studieuse… (rires). Je n’ai jamais été du genre à aimer rester assise à un endroit. Puis, ça faisait un petit moment que je baignais dans cette industrie. J’avais déjà travaillé en label… J’avais un peu les bases quoi. Mais c’est clair que pour les artistes qui viennent de leur chambre, c’est trop intéressant.
Moera June : Oui, c’est très précieux. Me concernant, j’avais déjà pas mal d’infos mais je n’arrivais pas à faire le lien entre tout, je ne comprenais pas tout. Je n’ai jamais été très studieux non plus mais là, j’avais envie de mettre au défi.
Maëva Nicolas : Et vous aviez aussi les speed meeting avec les pros ? Il y avait des programmateurs, des managers, un peu toute la faune et la flore de la musique, et tu pouvais les rencontrer pendant dix minutes.
Moera June : Ouais ! L’exercice était intense mais c’était hyper intéressant. Après je ne sais pas si ça a porté ses fruits…
Et ça vous a vraiment appris à bien pitcher votre projet ?
Danyl : Vu comme je me suis présenté au début, je pense que non (rires). Je ne sais pas me vendre. Mais en vrai, c’est déjà cool de rencontrer des gens, en fait. Tu vois un tourneur, un programmateur, avant je ne savais pas ce que c’était, il y a plein de métiers qui sont un peu dans l’ombre. Surtout quand tu ne connais pas du tout le monde du spectacle.
Un mot sur l’éclectisme des iNOUïS ?
Danyl : Ce que je retiens le plus des iNOUïS, ce sont les rencontres. Le truc qui est vraiment cool avec ce dispositif, c’est de mélanger plein de gens aux univers différents, plein de pros, plein d’artistes… C’est très rare. À Paris, c’est même difficile d’accès.
Moera June : Tu accèdes vraiment à un vivier. D’un coup, t’as plein de gens qui font des trucs comme toi… C’est une bête d’opportunité.
Maëva Nicolas : Et puis je trouve ça assez bien aussi de pouvoir linker des artistes qui ne viennent pas forcément des mêmes milieux. Parce que c’est trop cool de traîner avec les gens qui font la même chose que toi, mais a priori, ils ne t’apprennent rien. Tu te nourris différemment quand tu rencontres des artistes qui viennent d’autres horizons.
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Qu’est-ce qu’être dans le réseau vous apporte encore aujourd’hui ?
Moera June : J’ai senti qu’il y avait une effervescence autour du projet, via des contacts de labels ou de tourneurs. Ça m’a ouvert des portes pour faire des concerts avec les festivals partenaires. Après, est-ce qu’il faut en attendre plus ? Mais au-delà du concret, ça fait du bien de faire partie de ce réseau.
Danyl : Ça fait quand même longtemps que j’ai participé aux iNOUïS… Et pourtant, ils sont toujours en train de partager ce que je fais aujourd’hui. Et mine de rien, j’ai quand même joué plusieurs fois au Printemps de Bourges depuis. Cette année, on a même fait la grosse scène, Le W. J’ai l’impression d’être venu cinq, six fois au Printemps de Bourges. Même pas forcément pour jouer : j’avais été convié à l’hommage d’Oum Kalthoum en 2025. Je suis très lié à ce festival.
Maëva Nicolas : Tout pareil. On a joué deux fois au Printemps de Bourges depuis. Forcément, oui, tu gardes toujours un lien après. C’est un peu comme tous ces dispositifs qu’on a la chance de faire en France, ce sont quand même des chouettes gens derrière, qui portent de belles valeurs, et qui sont là pour l’émergence française. Ils sont toujours en quête de mettre en avant de très jeunes artistes, et de les accompagner. Et oui, certains sont devenus des amis.
Un dernier mot pour motiver de jeunes artistes à s’inscrire ? Vous conseilleriez le dispositif ?
Moera June : Eh bien moi je le conseillerais oui, mais ça dépend à qui. Si tu t’attends à un concert et tu pars, n’y va pas. Il y a vraiment un truc de sollicitation que tu peux ne pas très bien vivre. J’ai des potes qui l’ont fait des années avant, qui n’avaient pas envie de ça. Ça n’est pas pertinent pour les organisateurs, ni pour l’artiste. Si tu t’attends à ce que ta carrière pète d’un coup, t’as rien compris, c’est sûr. On ne te donne pas tout, il faut y mettre du sien.
Maëva Nicolas : Pour avoir accompagné beaucoup de jeunes artistes, quand j’étais attachée de presse, qui se mettaient cette target-là et qui vivaient un déchirement de ne pas être pris : il faut aussi se dire que, en fait, si tu ne l’as pas, ça n’est pas grave, quoi. Ta carrière pourra quand même exister et il y a mille chemins de traverse, ce n’est pas un passage obligatoire. Il y a plein d’artistes aujourd’hui qui sont énormes, qui ont plusieurs fois été recalés des iNOUïS.
Danyl : Je le conseille quand même à tous les jeunes artistes que je croise, en général. C’est un truc assez concret, assez facile, si t’es pris, bah c’est bien, tu rencontres des gens, tu fais de la scène… Si t’es pas pris, bah, il y a TikTok (rires). Blague à part, j’ai vraiment rencontré mon label Structure là-bas. Ils m’avaient vu aux Bars en Trans mais sont venus me parler au iNOUïS. Maintenant, ça fait six ans qu’on bosse ensemble. Juste pour ça, les iNOUïS, ça sera à jamais un truc important pour moi, pour de vrai.
Les inscriptions aux iNOUïS du Printemps de Bourges Crédit Mutuel sont ouvertes jusqu’au 12 novembre 2026 par ici.


























































































