Voilà que le monde de la musique électronique se retrouve à nouveau en deuil. Juan Atkins, un des pères fondateurs de la techno s’est éteint le 31 octobre à Mexico des suites d’une crise cardiaque. Âgé de 64 ans il laisse derrière lui un héritage immense qui aura redéfini la culture musicale des quarante dernières années. 

Né le 12 septembre 1962 à Détroit, Juan Atkins grandit dans une Amérique en pleine mutation. Alors que la Motor City entame son déclin industriel, le jeune Atkins trouve son refuge dans les ondes radios, captivé par la selecta du mythique The Electrifying Mojo. C’est là qu’il forge sa culture musicale, au carrefour du funk psychédélique de Parliament-Funkadelic et des expérimentations synthétiques et robotiques des Allemands de Kraftwerk.

Poser les bases

C’est au début des années 1980 que Atkins s’empare des boîtes à rythmes et des synthétiseurs pour donner une voix à la mélancolie et au futurisme de sa ville natale. En 1981, il fonde le duo Cybotron aux côtés de Rick Davis. Ensemble, ils posent les premières briques de l’électro pré-techno avec le cultissime « clear ». La rythmique si singulière de ce morceau influencera des générations de producteurs, du hip-hop à la dance music.

Mais c’est au milieu de la décennie que Juan Atkins théorise véritablement ce qui deviendra la techno, un terme qu’il emprunte aux écrits du sociologue Alvin Toffler. En 1985, il crée son propre label, Metroplex, et adopte le pseudonyme de Model 500. Il publie alors « No UFO’s », considéré par les historiens de la musique comme le tout premier morceau techno de l’histoire.

Créer un genre

Avec ses amis de lycée Derrick May et Kevin Saunderson, ils forment ce que le monde entier appellera les Belleville Three. Ensemble, ce triumvirat va, non seulement inventer un genre, mais aussi l’exporter. À la fin des années 1980, leur son traverse l’Atlantique et percute de plein fouet l’Europe, devenant la bande-son de la culture rave naissante, de Manchester à Berlin.

Tout au long de sa vie, sous le nom de Model 500, d’Infiniti ou à travers ses collaborations plus tardives comme le projet Borderland avec Moritz von Oswald, Juan Atkins n’aura cessé de chercher le point de rencontre parfait entre l’homme et la machine. Sa disparition suscite aujourd’hui une vague d’émotion planétaire. À travers le monde, les plus grands noms de la scène électronique saluent la mémoire d’un homme discret mais révolutionnaire. Juan Atkins a offert à la jeunesse une nouvelle manière de danser et d’envisager le futur. Les machines de Détroit pleurent aujourd’hui leur plus grand poète.