On nous a chuchoté à l’oreille que les états grippaux étaient de retour — nous les premiers… Les cachets de Doliprane ne font pas effet ? Ne vous inquiétez pas, la liste des sorties de la semaine est arrivée, et avec ce qu’on vous a concocté, vous serez sur pied en un clin d’œil ! Sur l’ordonnance cette semaine : le jazz historique d’Ezra Collective, les machines cosmopolites d’Il Est Vilaine, l’electro-pop nostalgique de baozi, la techno texturée de UFO95, les rythmes syncopés de Delian League, les basses anti-corporate de Blue Boys Club, le RnB downtempo de Laroie, la dream pop énergique de Tokyo Tea Room, et la pop clubby de Tove Lo. 

Ezra Collective – Here Because of Hope

De l’Afrique aux Caraïbes et jusqu’à l’Angleterre. Le chemin est peut-être un peu trop simpliste, mais il décrit finalement assez bien le mouvement qui a irrigué une bonne partie de la musique britannique ces 50 dernières années. Une exposition du Victoria and Albert Museum à Londres est d’ailleurs en ce moment consacrée au sujet, The Music Is Black : A British Story, ou comment colonialisme, esclavagisme et immigration ont façonné la musique moderne britannique. Coïncidence, c’est aussi le thème du quatrième album d’Ezra Collective.

« Pourquoi tant de musiques noires nées de la souffrance sonnent-elles aussi joyeuses ? La réponse, c’est l’espoir, la conviction, transmise à travers les générations et les océans, qu’un monde meilleur est possible », détaille ainsi le communiqué de presse joint au disque. On pourra toutefois noter que cet axe aurait tout aussi bien pu être celui des précédents albums. De même que la thématique dancefloor de leur troisième (Dance, No One’s Watching) aurait pu s’appliquer à celui-ci. Faut-il en déduire que le groupe londonien se répète ? (…)

Par Gérome Darmendrail, la suite à lire sur le Tsugi N°189 : « Big Beat »

Il Est Vilaine – Best Service

Cinq ans après son premier album Les Mystères de Lorient, le duo parisien et non breton — ils nous ont presque eus — monte à nouveau en selle pour un rodéo. En entendant Best Services, vous vous demanderez sur quelle partie du continent vous êtes. On entend de l’anglais, de l’espagnol, du polonais, de l’ukrainien et du français… Bonjour Duolingo. Ceux qui autrefois enfonçaient la pédale sur l’autoroute du clubbing prennent aujourd’hui un virage à 180°. Bon, on dira plutôt 140° car les racines électroniques répondent toujours à l’appelle !

Avec « Tiki Dam Dam », on comprend que ces sonorités ne sont pas très loin et ils les manipulent parfaitement dans ce nouvel album. À elles s’ajoutent du rock, de la synth-pop, des atmosphères psychédéliques et des interludes qui permettent de faire respirer le disque. De la jungle s’invite sur « Tabacco and Patchouli » et on ne peut que valider ! Comme à son habitude, Il Est Vilaine arrive à faire cohabiter mille et un styles musicaux, pour en faire une production finale aux petits oignons, qui nous parle à toutes et tous.

Baozi – Liminal Echo

Besoin d’un album aussi doux que les températures automnales qui arrivent tendrement ? Liminal Echo arrive à point nommé ! Le deuxième album de baozi  est la bande-son parfaite pour une marche matinale, sous le soleil timide de septembre. À seulement 24 ans, la Française nous met face aux paradoxes auxquels elle s’est confrontée au passage à la vie adulte — assez relatable en effet. Entre nostalgie, excitation du futur et construction de soi, baozi met parfaitement en lumière ce moment de transition qui nous fait parfois bouillonner le cerveau. Sa voix angélique nous borde tout au long des quelques sept tracks électroniques et groovies à souhait. Les productions sont peps’, solaires et presque oniriques. On y entend des synthétiseurs modulés, des guitares électriques envoûtantes et une basse ronde qui nous fait marquer le tempo de la tête, instinctivement. Avec cet album, baozi a trouvé la combinaison parfaite pour nous faire danser sur nos anxiétés, et on en a bien besoin !

UFO95 – Feed Manipulation (TSSRCT04)

Le DJ et producteur français est de retour avec des boucles toujours aussi sombres et hypnotiques — c’est pour ça qu’on l’aime, non ? Avec Feed Manipulation, le résident du Tresor nous emmène dans un voyage au centre de la techno. Sorti sur son propre label TSSRCT, cet EP est la continuité de son univers sans excès, ni superflu. Sur les quatre tracks, pas de tendances éphémères, mais une techno intemporelle. L’objectif étant de faire plus avec moins, UFO95 nous montre que le strict minimum est tout ce qu’il lui faut.

Les percussions sont lointaines mais structurent les morceaux, le grésillement de « Relay » vient apaiser notre cerveau — c’est un peu notre bruit blanc à nous — et les petits bruits par-ci, par-là qu’on aime tant, s’imbriquent les uns avec les autres tout au long des tracks. Le tout crée une production tellement texturée qu’on a l’impression de pouvoir la sentir sous nos doigts. Si l’EP devait avoir une consistance, ce serait un sable sec et épais, qui nous glisserait entre les doigts. Chaud, libre et volatile.

Delian League – Crush

Pour sa première sortie sur Causal Chain, Delian League — aka Matt Sklivas — nous renverse instantanément avec un éventail de dance music bien ouvert. UK bass, techno ou encore dub et grime, les cinq tracks de Crush nous immergent dans un club expérimental aux sonorités fluides. Les rythmiques syncopées contrastent avec les boucles hypnotisantes et arrivent comme un petit pincement pour nous maintenir éveillés.

Les tracks sont en constante évolution et mouvement. Ils ondulent, s’éloignent de nous et reviennent à pleine vitesse. On ne sait plus où donner de la tête, mais dans le meilleur sens du terme ! Les échos résonnent de part et d’autre de notre casque, et la tension constante nous maintient en haleine. Bons vivants que nous sommes, on aimerait bien les entendre sortir d’un système son Funktion-One pour en sentir les vibrations.

Blue Boys Club – RELAX

Trois hommes en costumes tout droit sortis de La Défense ? Bon, ça ne fait pas rêver, mais promis, ceux-là ont des cravates goofy à souhait ! Même si un track s’appelle « MATCHA LATTE » loin d’eux l’idée d’être performatifs… Ou peut-être que si ? On ne sait plus en qui on peut faire confiance… En tout cas, Blue Boys Club prend un malin plaisir à caricaturer le monde de l’entreprise et on ne peut pas s’empêcher d’esquisser un sourire. Construit comme un concept album, RELAX est l’histoire — que l’on connaît tous de près ou de loin — d’un office guy, qui n’en peut plus de son quotidien, et disjoncte. On ne peut que le comprendre !

Les basses abrasives et grésillantes apportent un bourdonnement constant tout au long de l’album. Les productions sont presque étouffantes, mais « RELAX » arrive sur le gong — littéralement — et la méditation qui en suit  nous invite à relâcher toute la pression hebdomadaire. Le temps de quelques morceaux, le trio nous rappelle que la vie ne se résume pas à notre 9 to 5. Alors, une fois l’EP lancé, on lâche le Berocca Boost, on change le statut Teams en mode « Out of office » et promis, le bureau n’aura pas pris feu après cette petite pause bien méritée ! Cordialement.

Laroie – Mirrors

Le deuxième EP de Laroie est un concentré de RnB downtempo mélodieux. Chaleureux, rassurant et doux, Mirrors ouvre les pages de son journal personnel et reflète ses moments de doute. Eh oui, sous les projecteurs, les popstars ont aussi leurs moments de faiblesse. Les tracks nous parlent d’amour, de ruptures, de nostalgie, de reconstruction de soi… De tout ce qui la rend — et nous rend aussi — vulnérable(s).

Les lignes de basse ralenties créent un univers intimiste et atmosphérique. Sur un petit nuage, son EP est fait pour être ressenti et chanté avec conviction. Quand les paroles nous touchent pile là où il faut, ça fait du bien ! Le groove lourd et espacé nous hypnotise et comment ne pas fondre à l’écoute de ces harmonies presque mystiques ? Il nous est impossible de ne pas relancer l’album quand « More Than Friends » se termine — sorry not sorry, mais 20 minutes ce n’est pas assez, on en veut encore !

Tokyo Tea Room – Feel Forever 

Le label Délicieuse Musique ne fait pas de publicité mensongère et Tokyo Tea Room enfonce le clou pour nous convaincre. Quelque part entre la dream pop de Beach House et l’énergie groovy de The Marías, Tokyo Tea Room s’est créé un environnement sonore propre. Avec Feel Forever, le groupe anglais nous parle d’un thème aussi universel que personnel — roulement de tambour — l’amour ! Et on ne va pas mentir, nous sommes bons clients.

Avec ce thème en fil rouge, les titres s’enchaînent et on s’y sent bien. Les productions oniriques, planantes et à la fois enivrantes nous amènent à bord d’un road trip, fenêtres ouvertes, un coucher de soleil sous nos yeux. La batterie douce et régulière structure le tout tandis que les synthétiseurs lui donnent vie. Alors, tendrement, on se laisse emporter par la basse funky et dorloteuse de « Temporary Love » et on se branche Tokyo Tea Room.

TOVE LO – ESTRUS

Loin de « Talking Body » — guilty pleasure de notre côté — Tove Lo revient trois ans après son dernier album avec un nouveau disque vibrant. Après « a lot of feelings, no solutions» qui accroche tout de suite notre oreille mais qui ne dure que 49 secondes — on connaît un gouvernement ministériel presque aussi court — on reste tout de même sur notre faim !  Alors quand on a entendu la collaboration avec Stromae, comment dire que notre creux s’est transformé en gouffre et le skip est très vite arrivé. Ouf, « DNH » arrive en sauveur avec une production électronique et oscillante pile comme on l’aime ! Ces sonorités nous accompagnent tout au long d’ESTRUS et forment une cohérence électro-pop qui nous guide le temps d’une soirée téméraire dans les rues d’une grande ville où les lumières ne s’éteignent jamais. La ligne de basse de « roomie » vient effleurer notre cerveau pile au bon endroit et on se met d’accord avec elle :« We like to party » aussi ! Alors, dans ESTRUS, il y a des choses à prendre, et d’autres à laisser, mais un peu de Tove Lo dans notre playlist, ce n’est pas une si mauvaise idée !