Disons-le, nos voisins britanniques ont un sacré talent musical. Resident Advisor célèbre ce précieux patrimoine au travers d’un documentaire sur la jungle. Ce dernier revient sur le track iconique de Jumpin’ Jack Frost (alias Leviticus), “Burial”, paru il y a 30 ans. Il explore en filigrane la culture des soundsystems, donne la parole aux OG, qu’ils soient DJ, producteurs ou partie prenante de l’industrie musicale, et fait aussi le bilan de l’héritage de ce son syncopé.
La jungle est un genre musical qui naît dans les années 1990 en Angleterre. Il est à la croisée de différentes cultures : le reggae, le dancehall avec des beats de hi-nrg ou d’uptempo, par exemple. Il fait aussi la part belle au sample. C’est une musique qui vient des quartiers populaires par essence, en plein explosion de la culture rave et de l’acid house. Retour sur l’histoire d’un pionnier : Jumpin’ Jack Frost (alias Leviticus) et du mythique track “Burial”.
Les sound systems en héritage
Pour comprendre le terreau de la jungle, le documentaire nous emmène faire un tour à Brixton, au sud de Londres, dans une communauté très soudée. Les habitants affirment d’ailleurs que “tout le monde connait tout le monde”. À l’époque, l’Angleterre se trouve dans un contexte où les sound systems font résonner le reggae ou le ska dans le pays. Le Dr Levi Root, musicien, explique : “Ces musiques sont jamaïcaines. Les enfants de la seconde génération d’immigrés, nés en Angleterre, ressentaient le besoin de créer quelque chose qui leur était propre”. C’est ce sentiment qui fait naître le mythique track “Burial” du DJ Jumpin’ Jack Frost, alias Leviticus. Dans l’un de ces immeubles de cité faits de briques rouges, la magie opère : “Je me suis assis sur mon lit une place, j’ai pris une machine 950 et c’était plié en cinq heures. J’étais comme possédé par le son”. Le refrain “big, bad and heavy” est devenu un hymne presque national.
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La détonation de la jungle
Le morceau s’est très vite popularisé et a fait danser différentes communautés de l’Angleterre, qui étaient très distinctes à l’époque. À ce propos le producteur Blacker Dread exprime : “Je dansais sur le track. Ce n’était pas mon son, mais par l’énergie tu savais que c’était une musique pour tout le monde”. Dès cet instant le beat rapide et syncopé est imité. L’ingénieur son Sweetie Irie voyait déjà le tournant arriver : “Je sentais bien qu’une révolution opérait”. Mais pour Fabio, ce rêve n’était qu’éphémère : “nous étions jeunes, nous nous amusions, mais je pensais que toute cette émulation retomberait et que l’on allait devoir chercher des travails considérés comme normaux”. Force est de constater que ce son était finalement là pour durer.
Une postérité là pour durer
À ce propos, la DJ et productrice britannique Sherelle, acclamée et reconnue par tous ces pionniers, exprime : “Nous ne pouvons pas refaire ce que l’ancienne génération a créé, mais nous pouvons nous assurer que nous portons cet héritage dignement”. Actuellement, une vague de jeunes artistes rendent hommage à la jungle, mais assurent aussi le renouveau du genre. Par exemple, la chanteuse britannique Nia Archives a récemment fait paraître l’album Emotional Junglist. Le fil rouge de ce dernier est constitué de l’ADN de la jungle, complété d’instruments comme des guitares, mais aussi des arrangements orchestraux. Le DJ Tim Reaper, quant à lui, fait aussi de ce genre son identité sonore, et est actuellement en train d’exploser sur la scène électronique : on peut le retrouver à l’affiche des plus gros festivals cet été, comme Dekmantel. Une chose est certaine, le flambeau est entre de bonnes mains.
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