Pour son quinzième numéro, Mosaïque Magazine a dédié sa couverture à la Palestine et ses rappeurs. Theodora, Pomme, Ino Casablanca et 127 autres artistes appellent à libérer la Palestine entre ces pages. Dans un contexte où se positionner sur l’urgence palestinienne provoque encore des pressions dans l’industrie, ce manifeste est l’occasion pour certains de sortir du silence ou de réaffirmer leur soutien.

Le magazine de rap lancé en 2022 Mosaïque Magazine a publié ce 14 septembre un numéro caritatif. Le trimestriel indépendant a pour habitude de lier société et culture hip-hop. Ce septembre, le rap palestinien est au cœur de ce croisement. On retrouve alors dans « Le rap appartient à tous sauf à l’oppresseur », les sujets habituels sous forme d’entretiens, portfolio, chronique, portrait et enquête, mais aussi un manifeste appelant à la libération de la Palestine.

Un numéro caritatif

Chaque magazine acheté est un soutien direct à deux rappeurs palestiniens. 20% des bénéfices perçus par la vente de ce numéro seront reversés à BSHNDY, cofondateur du label Vent basé à Gaza, et à Ayman Jamal Mghames, rappeur et activiste. Le rap est un style de musique à l’origine contestataire, qui appelle à la prise de position sociale en porte-parole des minorités opprimées. Alors, Mosaïque commence son manifeste par les paroles de Calbo : « Qui prétend faire du rap sans prendre position ? » Une question qui résonne en 130 artistes, ayant signé ce manifeste écrit par DJ Missy Ness. Theodora, Ebony, Ino Casablanca, 2L, Asfar Shamsi, Juste Shani… La liste de celles et ceux qui demandent au gouvernement français de mettre fin à son « soutien inconditionnel à la politique israélienne » est longue.

Faut-il se taire pour éviter les pressions ?

Encore ce week-end, le simple fait de soutenir la Palestine aura valu au rappeur Macklemore d’être déprogrammé de la tournée d‘Ed Sheeran, pour lequel il devait faire la première partie aux États-Unis. Depuis, 2024, le rappeur n’a cessé d’exprimer son soutien pour le pays, au travers de discours publics mais aussi de deux morceaux « HIND’S HALL » et « HIND’S HALL 2 » en soutien aux manifestations universitaires ayant eu lieu la même année.

Pour autant, il informe sur ses réseaux sociaux que sa prise de parole du 4 septembre lors d’un concert, appelant à libérer la Palestine, lui aura valu d’être évincé du reste de la tournée. La chanteuse P!nk avait elle-même lancé le débat sur ses réseaux sociaux, en critiquant son discours pro-palestinien. Il mentionne des pressions de la part de l’homme d’affaires Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium au Massachusetts, et de ses camarades propriétaires d’autres stades. La demande était claire : Ed Sheeran ne jouerait pas dans leurs stades si Macklemore était maintenu en première partie. La déprogrammation de Macklemore — même sous raison de pressions — est alors perçue par le public comme un acte de complicité et de tolérance passive. La question que Mosaïque pose sur sa couverture arrive à point nommé : « Génocide à Gaza, que fait la musique ? »