Le monde la nuit regorge de créatures fantastiques, puissantes et flamboyantes. Des photographes portent leur objectif sur ces marges et ces contre-cultures qui grouillent de vie : que ce soit pour documenter une réalité ou narrer des récits de fêtes. On les retrouve en free parties, en warehouses, en clubs, mais aussi en studio. Tsugi vous emmène à la découverte du travail de huit photographes qui traduisent les émotions nocturnes en images, qui portent leur œil dans la pénombre, parmi les stroboscopes et les machines à fumée, où l’hédonisme et le lâcher-prise sont à leur paroxysme.

Tales of Rave

La photographe s’affirme comme militante. Ici, nous sommes au cœur de la photographie documentaire, mêlant pratique artistique et journalisme. Le résultat est toujours franc et impactant, impossible d’être neutre à la vue de ses clichés. Cela rend son travail d’autant plus beau, car il y a toujours une émotion qui se dessine en ligne de fond. Que ce soit par un regard complice et amoureux ou une cohésion de groupe qui saute aux yeux. Elle évolue dans les manifestations, les milieux alternatifs et queers. Son travail se focalise sur une jeunesse libre, qui ressent puissamment et crie haut et fort ses valeurs. Elle a notamment photographié les manifestives contre la loi RIPOST, montrant les violences de la police vis-à-vis des teufeurs. Elle démontre que la fête, c’est définitivement politique.

François Burckel

Le photographe et vidéaste plonge dans l’univers parallèle de la nuit. Il capture des clichés sur le vif de corps qui dansent, souvent avec une légère sensation de mouvement, mais aussi de personnes qui s’aiment. Il nous transporte dans la fête avec de multiples points de vue. Qu’ils soient larges avec des foules qui se meuvent, ou rapprochés avec des personnalités fortes qui se dessinent. Certains clichés en contre-plongée donnent la sensation d’être dans la foule. Sur certaines images, on a parfois l’impression que le temps et la matière se distordent. Les lumières sont toujours travaillées et présentes, parfois dans les bleus, les mauves, ou les rouges. Il a notamment travaillé récemment sur un clip d’IgnezUs in the sand”, dans un Paris bleu et romantique, presque comme un cyanotype.

Luan Charlaix

Luan Charlaix pratique notamment le portrait des contre-cultures, de personnalités qui ont trouvé par leur style une manière d’exprimer leur voix et leur essence. Il reporte aussi des scènes de danse, de club, qui capturent l’énergie et la tension du moment. En résultent des clichés avec parfois un flou de mouvement qui donnent la sensation d’être dans un tourbillon. Les lumières se fondent souvent dans les corps, formant une matière plastique et mobile. Les angles sont toujours pertinents : les plongées, contre-plongées donnent du relief aux photographies. Il travaille souvent avec des plans rapprochés qui donnent une sensation de proximité avec le sujet. On imagine que Photoshop n’a aucun secret pour lui : la post-production est toujours travaillée à souhait. Les tons sont parfois délavés, et tirent souvent vers le jaune et vers le bleu. Il travaille notamment pour la soirée Loophole et à pu mettre en image les soirées Mutant. au Kilowatt, aux Magasins Généraux ou au Point Fort d’Aubervilliers. 

Fany Bardin

On aimerait ne voir la vie qu’à travers l’objectif de la photographe. Elle semble être aussi à l’aise dans une warehouse que dans un studio photo, et tout aussi confortable en argentique qu’en numérique. Une bonne partie de son travail est éditorial et met toujours à l’honneur les contre-cultures, sous un jour délicat et sensible. Les corps queers et dignes y sont à l’honneur. Quand des femmes posent pour elle, les clichés racontent toujours quelque chose de la féminité en la narrant avec des contrastes pertinents : tantôt avec puissance et tendresse, mais aussi intelligence et malice. Du côté de la forme, on retrouve des tons souvent doux avec du grain, et beaucoup de noir et blanc. Elle travaille notamment pour la soirée Kluster ou bien la Myst.

Iheb Fehri

Iheb Fehri a pour sujets de prédilection l’amour et la fête. Il livre des portraits tendres et intimes, dans des cadres épurés qui font ressortir d’autant plus les sujets. Il en ressort une sensation de proximité avec le sujet. Quand il photographie le monde de la nuit, son objectif se tourne plus vers les corps en mouvement que vers la foule en elle-même. Les atmosphères sont souvent tamisées, les lumières contrastent avec l’obscurité, elles soulignent les formes plus qu’elles ne les dévoilent. Quand il y a du grain, c’est toujours au service d’une sensation feutrée, presque douce-amère. Il photographie en couleur, parfois avec des teintes saturées : rouges, vertes, mauves, jaunes, ou bleues. Une sensation de chaleur s’en dégage. Il travaille notamment pour la soirée Spectrum

Vicky Pozzobon

Quand elle ne réalise pas des vidéos pour Dure VieVicky a un appareil photo dans les mains. Son objectif se porte souvent vers des femmes puissantes, qui ne s’excusent jamais d’exister et qui ont une identité bien affirmée. Elle en tire des portraits forts, d’aucuns diraient intimidants. Elle photographie la fête d’une manière dissidente et libre, franchement libératrice. Elle semble aussi plus récemment s’essayer au studio et à une photographie éditoriale. La photographe est parée à explorer tous les contextes, sous tous les angles : que ce soit au numérique ou à l’argentique, en couleur ou en noir et blanc. 

Romain Guédé

Romain Guédé porte son attention sur la queerness dans le sens le plus politique du terme. Son objectif s’aligne aux corps libres et fiers, qui lâchent prise, qui dansent, qui crient… Vous l’aurez compris : des corps qui vivent. Des corps souvent en marge : de par l’habillement, mais aussi le maquillage qui donnent des clichés singuliers et percutants. Quand il aborde l’univers du BDSM, il le fait toujours avec délicatesse et sensibilité. Les tons qu’il adopte sont souvent chauds. Les couleurs sont vives, et donnent parfois l’impression d’être travaillées presque comme de la peinture. 

Oriol Reverter

Le photographe est basé outre-Rhin. Quand son œil se porte sur la fête, il se pose tantôt sur des plans très larges de foule donnant des sensations d’essaim humain, tantôt sur des moments un peu en dehors du chaos, où l’énergie s’apaise. Les atmosphères sont souvent dans les tons bleus et verts ou jaunes et orangés : en résulte une sensation de moments hors du temps, comme s’il se figeait. Les lumières fendent souvent des atmosphères sombres d’une manière puissante. Il effectue des portraits d’artistes, il a notamment travaillé avec Chlär, Oscar Mulero et aussi Ben Klock avec qui il a réalisé une couverture pour Mixmag Germany