Depuis 2017, Rehan Ahmed a créé son empire de vente de vinyles. Le hic ? Aucun de ces produits n’était légal, ou même vrai. En 2024, son usine est perquisitionnée et il n’existe plus de doute : son affaire est le plus grand cas de contrefaçon de vinyles en Angleterre. Deux ans plus tard, la sentence tombe. Une enquête de The Guardian nous explique comment ce « businessman » londonien s’y est pris pour mener à bien sa manigance. 

Et si un de vos vinyles était en fin de compte une contrefaçon ? La question se pose sérieusement puisque pendant sept ans, Rehan Ahmed fournissait des disquaires mais vendait aussi directement aux consommateurs. On pourrait penser que ces ventes se sont faites sur des sites un peu louches, un peu sombre… Eh bien non ! L’homme d’affaires utilisait des plateformes telles que Discogs ou encore eBay pour vendre ses produits frauduleux. Toute cette affaire, qui lui aura permis de se faire près de 2,7M£ d’après un communiqué de la police londonienne — ce qui équivaut à un peu plus de 3M€ — s’est opérée sous le nom de l’entreprise Phoenix Of Vinyl, au cœur d’une usine située à Acton, dans l’ouest de Londres.

La sentence tombe deux ans après la perquisition

En février 2024, la BPIBritish Phonographic Industry — l’association qui représente l’industrie de la musique enregistrée au Royaume-Uni, décide de faire un achat « test » auprès de Phœnix Of Vinyl. Ce piège permettra ensuite à la PIPCUPolice Intellectual Property Crime Unit — l’unité de police dédiée à la lutte contre les infractions à la propriété intellectuelle, de perquisitionner l’usine, aboutissant à la confiscation de 2 791 vinyles. On y retrouvait des productions de Charli XCX, Kendrick Lamar ou encore De La Soul. Ce n’est que ce 18 septembre 2026 que la sentence pour Rehan Ahmed est tombée. Au total, le bandit des vinyles a été chargé de deux chefs d’accusation pour violation des droits d’auteur d’artistes, ainsi que pour recel et utilisation de biens d’origine délictueuse. La conséquence ? Trois ans et six mois de prison.

BPI
Les vinyles perquisitionnés © BPI / The Guardian

Des vinyles de contrefaçon, mais comment exactement ?

Pour presser des vinyles, il est nécessaire d’avoir un master analogique, c’est-à-dire un enregistrement principal à l’état physique, qui servira ensuite à réaliser toutes les copies. Mais dans le cas de Rehan Ahmed, ses « masters » provenaient tout simplement d’autres vinyles, et non de ceux d’origines. Il va de soi qu’il n’avait donc aucune autorisation, ni aucun droit de reproduire ses vinyles, et encore moins de les vendre. Un homme ne peut pas tout faire seul, bien évidemment, et d’après le journal anglais The Guardian, Rehan Ahmed avait  «  trois à quatre » employés. Ces mains d’œuvre travaillaient dans l’illégalité, mais surtout dans des conditions délétères. Toujours d’après le journal anglais, on retrouvait dans l’usine « des produits chimiques stockés dans les frigos à côté de cannettes de bière » et des machines à presser vieilles de plus de 70 ans.

On oserait espérer qu’à défaut d’être des productions authentiques, ces vinyles seraient au moins d’une certaine qualité. Malheureusement, les enregistrements faisaient retentir des sons médiocres et les disques présentaient des défauts d’après le directeur de la BPI. Flop total pour les consommateurs à l’unboxing de ces produits.

Une inquiétude plus globale

Rehan Ahmed n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Sur ces deux dernières années, la BPI a obtenu 43 mandats de perquisition liés à de la contrefaçon de CD et vinyles d’après The Guardian. Sur toutes ces interventions, 600 000 vinyles ont été récupérés, pour une valeur de 8M$. Parmi ces saisies, la fameuse saisie de Luton d’avril 2026 avec plus de 6 500 vinyles confisqués. Actuellement, la BPI est encore sur dix autres cas de contrefaçon de vinyles. Ce marché, en expansion depuis quelques années, est une réelle mine d’or.

Pour la première fois en quatre décennies, le marché américain de vinyle avait atteint plus d’un milliard de revenus après la sortie d’un album de Taylor Swift en 2025. La tentation de se faire de l’argent, rapidement, sur le dos des artistes ainsi que des consommateurs était alors trop grande pour Rehan Ahmed. Pendant presque sept ans, cela a bien fonctionné. Mais comme le rappel le communiqué de la PIPCU : « Nous continuerons à poursuivre les criminels qui prennent pour cible les industries créatives et à les traduire en justice lorsqu’ils agissent ainsi. »