Cinq ans que SOPHIE nous a quittés, le 30 janvier 2021. On pourrait vous en parler des heures, mais il faut se contenir… Alors, on vous donne une liste de cinq morceaux — non exhaustive, on insiste — pour la (re)découvrir et surtout, lui rendre hommage.

Le 30 janvier 2021, le monde de la musique perd une de ses plus grandes impératrices. L’artiste écossaise Sophie Xeon, alias SOPHIE, trouve la mort à la suite d’une chute depuis le balcon de son logement en Grèce alors qu’elle essayait d’observer la pleine lune. La nuit était, à coup sûr, une source d’inspiration et de quiétude pour elle, au sein d’un monde hyperconnecté qu’elle chérissait et haïssait tant à la fois. Tour d’horizon du travail d’une artiste à l’influence planétaire qui, on peut le dire, a changé la face de la pop. 

“Nothing More to Say (Vox)” sur Nothing More To Say (2013) 

La musique de SOPHIE comme on la connaît aujourd’hui — bien après son expérience berlinoise au sein du groupe d’électro-pop Motherland — a démarré au début des années 2010. Habituée des clubs de la capitale écossaise qui l’a vu grandir (on pense au Art School ou la Record Factory à Glasgow), elle devient vite un personnage emblématique des soirées du label Huntleys + Palmers. Elle sortira sur celui-ci son premier maxi, Nothing More To Say, composé des singles “Nothing More To Say (Dub)”, “Eeehhh” et de l’edit club “Nothing More To Say (Vox)”. 

La voix devient centrale sur cette seconde version et commence à construire petit à petit l’univers de la productrice. Le morceau mêle diverses influences, de l’électro-house au club, avec une ligne de synthé plus qu’efficace : “ [Comme] la musique pop des années 1970, 1980 et 1990, et aussi un peu la musique dance fluo. J’aime quand la musique vient à moi, plutôt que d’avoir à la chercher” détaille-t-elle dans une interview pour le média DAZED en 2013.

“BIPP” sur PRODUCT (2015)

Avant d’apparaître dans sa compilation PRODUCT en 2015, “BIPP” sort deux ans plus tôt sur le label écossais Numbers. Le single vogue entre dubstep, voix pitchée et glitchs entêtants. On y perçoit déjà les prémices d’un style qui, avec un peu plus de BPM, sera appelé hyperpop. 

La chanteuse a toujours été claire : elle ne voulait aucun remix de ses musiques. Officiellement, seul Autechre, duo mancunien d’IDM et d’ambient — dont Sophie vouait une admiration particulière — ont eu la chance de remixer le morceau “BIPP”, sorti le 23 janvier 2021, peu avant sa mort.

“It’s Okay To Cry” sur Oil of Every Pearl’s Un-Insides (2018)

“It’s Okay To Cry” est une mise à nu comme on en trouve peu dans la musique. Le single sort le 19 octobre 2017, et introduit son album phare sorti l’année suivante : Oil of Every Pearl’s Un-Insides. Pour la première fois, on entend sa voix, sans découpage et pitch abusif. Elle nous parle, nous susurre que tout ira bien, au fil d’une pop éthérée et de quelques épisodes orageux. 

Le renouveau de Charli XCX, qu’on ne vous présente plus, n’aurait jamais vu le jour sans l’arrivée de ce projet. L’énergie salvatrice de l’époque PC Music, label d’A.G Cook où SOPHIE signa plusieurs collaborations, a influencé directement la conception de l’album Brat — et peut-être parce que le producteur britannique l’a produit quasi entièrement. Le single “So I” est une réponse directe à l’artiste écossaise, avec qui elle a pu collaborer de son vivant : “And I know you always said, « it’s okay to cry » So I know I can cry, I can cry, so I cry.” La boucle est bouclée.

“Immaterial” sur Oil of Every Pearl’s Un-Insides (2018)

En 2018, le streaming bat de l’aile et les morceaux commencent déjà à inonder les plateformes. Mais quand “Immaterial” sort, le monde s’arrête. Le riff de guitare qu’on entend dans le titre “Material Girl” de Madonna laisse place aux chœurs pitchés de la chanteuse Cecile Believe. On ne sait plus sur quel pied danser, SOPHIE non plus, mais on devient tous des immaterials girls et des immaterials boys. Fini les étiquettes, stop aux rumeurs, Sophie Xeon se libère par sa transidentité enfin dévoilée, vectrice de son immatérialité et de son échappatoire au monde.

Ce que la journaliste Julie Hackerman tente de définir dans son livre Hyperpop – La pop au temps du capitalisme numérique, explique notamment le rôle d’un morceau comme “Immaterial”, dans l’ère de l’hyperpop : “L’hyperpop, en transformant les corps, les voix et les sons du monde néolibéral, exalte les potentiels synthétiques du réel. Elle donne naissance à des utopies queers et contrecarre ainsi le pessimisme dominant, infusé de catastrophisme.” À méditer.

“My Forever” sur SOPHIE (2024)

Benny Long, frère de la défunte, a, très vite, voulu rendre hommage à sa sœur. Il promet dès lors de compléter l’œuvre sur laquelle elle travaillait, pour la publier dans un futur proche. Le 25 septembre 2024, l’album posthume SOPHIE voit le jour. Comme une grande famille, le projet voit l’apparition de la chanteuse Kim Petras, fan de la première heure, de sa petite amie de l’époque Evita Manji, et surtout — encore une fois — de Cecile Believe, sur le morceau “My Forever”

Aux accents de dream pop, le morceau nous transporte, comme s’il était composé sous nos yeux. Un titre qui ressort davantage au milieu des inspirations rave et house dont l’album fait part. 

Pour aller plus loin : Son interview pour Tsugi en 2018 aux Eurockéennes