Cela fait 10 ans que David Bowie nous a quittés, le 10 janvier 2016. Icône du glam rock avec son alias Ziggy Stardust, le chanteur s’est essayé à de nombreux styles au cours de sa carrière. Tsugi fait la liste — non exhaustive, bien sûr

“The Man Who Sold the World” dans The Man Who Sold the World (1970)

Mettez Mick Ronson, Tony Visconti, Mick Woodmansey et David Bowie dans un même appartement, et vous obtenez des productions musicales dignes du festival Woodstock de 1969. Dommage que The Man Who Sold the World apparaisse un an plus tard. Ce troisième album aux influences hard rock est encore loin de son alias Ziggy Stardust et son tube « Starman », mais son doppelgänger semble se dessiner petit à petit. 

Dans une session d’enregistrement radio en 1997, Bowie explique : « Je crois que je l’ai écrite parce qu’il y avait une partie de moi que je cherchais. (…) Cette chanson exemplifie ce que l’on ressent quand on est jeune, quand on sait qu’il y a un morceau de soi qu’on n’a pas encore rassemblé. » C’est la même interrogation que se posera Kurt Cobain dans sa reprise live du morceau, lors de son MTV Unplugged de 1993.

“Young Americans” dans Young Americans (1975)

En pleine tournée américaine à partir de mai 1974 pour son album Diamonds Dogs, l’artiste britannique découvre la funk et la soul en arrivant sur le sol américain. Une révélation pour lui : fini le glam rock, terminée l’esthétique dystopique, il faut conquérir l’Amérique. Pour ce faire, David Bowie réarrange son live, laisse plus de place aux cuivres, et fait appel à Mike Garson au piano et Luther Vandross — encore méconnu — pour les chœurs. Le Soul Tour devient effectif lors de la seconde partie de la tournée. 

Il débute par la suite l’enregistrement de Young Americans (1975) au Sigma Studios de Philadelphie, et se pose comme instigateur de la “Plastic Soul” — une manière de justifier la réappropriation de la Philly Soul et des musiques afro-descendantes à des fins expérimentales. Le guitariste Carlos Alamar devient figure de proue de ce virage musical, et permet à David Bowie de se dépeindre comme un Anglais rêvant — ironiquement — du sol américain dans ce morceau : “C’est l’homme le plus blanc que j’ai jamais vu — un blanc transclucide”, expliqua le guitariste.

“I’m deranged” dans Outside (1995)

La trilogie Berlinoise, Low, Heroes et Lodger, de David Bowie n’a fait que grandir en David Bowie un goût pour les musiques électroniques. On pense au remix de « Hallo Spaceboy«  des Pet Shop Boys sorti en 1996, s’adonnant à des rythmiques house. Mais l’intérêt du projet Outside, où apparaît initialement le morceau, naît aussi de collaborations avec le compositeur Brian Eno.

“I’m Deranged”, aux allures jungle et rock industriel, est un titre qui donnera la couleur aux collaborations de son prochain projet Earthling (1997). Comme dans “Look Back in Anger”, 15 ans auparavant, l’artiste est confronté à un ange, une force qui le dépasse, le poussant vers la dérive plutôt que vers la rédemption. Le morceau sera notamment adapté pour apparaître dans la bande sonore du film Lost Highway, de David Lynch. 

“Telling Lies” dans Earthling (1997)

Fervent adepte de Worlds Chat, des e-mails et de la création de sites web, le chanteur britannique a aussi cassé les codes en publiant son single “Telling Lies” en téléchargement libre sur Internet, une première dans l’industrie. Le 11 septembre 1996, les fans pouvaient écouter le morceau directement sur son site sous trois versions : le “Feelgood Mix” de Mark Plati, le “Paradox Mix” de A Guy Called Gerald, et le remix d’Adam F

L’originale, parue sur le disque Earthling un an après, mêle un style drum’n’bass pour glisser progressivement vers le rock. Surfant sur la vitesse de l’avant-gardisme, il annonçait déjà : “demande-le demain, c’est moi la fin”. Dans un monde où on essayait déjà de tout prévoir, Bowie présentait Internet comme le pire et le meilleur ami de l’homme.

“★” dans Blackstar (2016)

Disque sorti le jour de l’anniversaire de l’artiste, le 8 janvier 2016, et deux jours avant sa mort, Blackstar a semé son lot d’indices prémonitoires, mais surtout son lot d’ironie, comme l’a toujours porté David Bowie. “★” (l’étoile noire), icône porteur de la pochette et du premier titre de l’album posthume, semble s’opposer à la figure stellaire que représente Ziggy Stardust pour mettre fin à une discographie de 25 albums. 

9 minutes 57 qui défilent si limpidement, un ton prophétique sur des trompettes baignées de jazz et des synthés aux inspirations cold wave, on aurait difficilement pu voir mieux comme au revoir.