Tsugi revient avec ses traditionnelles sorties de la semaine. Au programme, du lourd avec la nouvelle compilation du label Mama Told Ya, la techno tribale de Sina XX, les synthés de Sébastien Tellier, l’énergie ultra-fem de Sam Quealy, la pop intimiste de Pi Ja Ma, les samples de Les Gordon, les basses saturées de Brodinski et le jazz house du trio Emile Londonien. 

Mama told ya – MTY-X “Vingt mille lieues sous les mers” 

Le label de la DJ et productrice Anetha, Mama Told Ya, revient avec une nouvelle série de compilations exclusivement digitales. Intitulée “Vingt mille lieues sous les mers”, la première entend nous reconnecter au plus profond de nos êtres. On y retrouve une techno toujours plus hypnotique, organique, bouncy entre hard groove et trance. 

Coup de cœur pour les morceaux “Funcional” de Franzizcaet le titre “Bosque Delantero” du collectif Montezuma. Au menu, un arrangement organique à base de bongo et de flûte traversière. Dans la même gamme, on retrouve “Sheer Belly Dancin” de la productrice VEL, ou on retrouve de la darbouka, percussion traditionnelle d’Afrique du Nord. 

Sina XX – Let There Be Light

Une envie de voir la lumière au bout du tunnel ? Sina XX propose de nous montrer le chemin, avec son nouvel EP Let There Be Light. Le projet “réaffirme le pouvoir transformateur de l’art à une époque où l’industrie du divertissement éclipse souvent la dimension culturelle”, peut-on lire dans un communiqué. L’artiste franco-iranien invoque une techno sombre, aux textures tribe et mental, pour nous replonger dans ce qu’il y a de plus fédérateur au sein de sa musique — c’est la fameuse lumière du début, oui. 

Le morceau “Tribalizer II” nous emmène dans un voyage hypnotique à coup de voix et de flûte mystique. Les titres “I can see through” et “Guidance Is Internal” nous apaisent par leurs mélodies lumineuses. 

Sébastien Tellier – Kiss The Beast

Lunettes noires et barbe épaisse font de Tellier un maître de la métamorphose. Ce nouvel album, ne faisant pas exception, se joue plus que jamais des contrastes, entre sauvagerie et pop archiefficace, introspection et exubérance, à l’image des producteurs SebastiAn et Oscar Holter, pourtant aux antipodes, qu’il réunit sur plusieurs titres.

Dans une variété de voix — chuchotées, trafiquées ou projetées — il incarne tour à tour la proie et le prédateur, sans jamais se fixer un seul rôle. Les références pleuvent : “Supernature” traverse un “Thrill Of The Night” aux ambiances sci-fi galacique, la production sophistiquée de Moroder plane sur “Romantic” avec ses synthés planants, son crescendo orchestral et ses éclats dramatiques. 

Par AD (lire la suite dans le Tsugi numéro 185)

Sam Quealy – Jawbreaker

L’origine du titre Jawbreaker est une confiserie sucrée, dure en apparence, mais lorsqu’on le croque, c’est une explosion de saveurs dans la bouche. C’est un peu ce que nous procure la première écoute du dernier album de la chanteuse Sam Quealy. L’artiste australienne a délaissé la techno pop de Blonde Venus, son précédent projet, pour s’aventurer davantage dans l’électro disco, la synthpop et même l’hyperpop. Son objectif reste le même : raconter le monde de manière désordonnée, tout en incarnant une figure indéfinissable et irrésistiblement club. 

L’album a été composé avec l’aide de Marlon Magnée, ex-membre du collectif La Femme. On le retrouve sur le morceau “By my Side”. Mais avant d’y arriver, vous commencerez votre écoute avec “Londontown”, morceau disco et dance dystopique. Que du kiff. 

Pi Ja Ma – Magnetofille 

Pauline de Tarragon, de son nom de scène Pi Ja Ma, remet le couvert après 3 ans et demi d’absence. Ce nouveau projet Magnetofille raconte ses états d’âme, sur fond de pop expérimentale. Si on doit vous le résumer : elle pleure, pleure un peu beaucoup, mais apporte surtout du réconfort par sa légèreté : “il fait beau et moi je pue”, scande-t-elle sur son morceau “Chiale”.  

L’album a été enregistré loin des regards, dans la maison de son grand-père, avec son acolyte Hugo Pillard, alias Trente. À l’image du piano à la fin du morceau “La passion”, mais aussi de la pochette, réalisée par la chanteuse (elle illustre notamment des contes pour enfant), la conceptualisation est 100% faite maison. Sa tournée sera composée d’un live band féminin, et on a hâte de les retrouver sur scène. 

Les Gordon – Ornement

Ses pads et ses synthés, le producteur Les Gordon ne les a pas quittés depuis sa première partie pour Stromae, aux Trans Musicales de Rennes en 2013. Pour ce quatrième disque, Ornement, le Rennais revient aux sources, à base d’échantillonnages de voix, notamment de la chanteuse grecque Katerina Bournaka sur “Uchū” ou la Japonaise Aco Takenaka sur “Tara Mandara”. Au programme : influences britanniques du 2step au UK garage pour aller vers des textures davantage pop au fil de l’écoute.

Brodinski – Mono City 

Brodinski a toujours su mêler ses casquettes de producteur rap et électro, depuis l’époque où Yuksek lui donnait des conseils lors de soirées club à Reims, sa ville d’origine. Ses projets ont accueilli une pléthore d’artistes, et son dernier disque, Mono City, n’échappe pas à la règle. 14 titres, 28 collaborations (en comptant les producteurs), dans une ambiance postapocalyptique déroutante. 

Si on regarde ses premières compilations, telles que Brava en 2015, ou The Sour Patch Kiden 2016, on pourrait dire que sa musique évolue avec son temps. On y entend des sonorités drill et techno industrielle saturées sur “Telephone” produit avec le producteur Utility et la rappeuse australienne VV Pete, voire hardcore sur “Bad Feelings” en collaboration avec les producteurs 0neo et Amne. Trigger warning : accrochez-vous bien. 

Emile Londonien – Inwards (extended)

Écouter de la house et du jazz en version live est décidément le meilleur remède face au blues hivernal. Le trio Emile Londonien ne pourra que confirmer notre avis, avec la version étendue de leur nouvel EP Inwards

L’un à la batterie, l’autre à la guitare, le dernier au synthé, les compères mêlent jazz, house et broken beat avec une simplicité déconcertante. La voix du compositeur Ben Laxton sur le premier titre “Silhouettes” nous rappelle qu’il est important de se laisser porter par notre insouciance. Le morceau “Minus Two”, aux accents synthwave, nous emporte à chaque note jouée. Pour mieux comprendre, retrouvez-les ce vendredi 30 janvier à La Petite Halle de Paris.