C’est la rentrée. On est aussi tristes que vous. Mais pour vous consoler, on a sélectionné du bon son ! Dans notre valise, il y aura Fred Again.. et Skepta dans du pur grime, Blood Orange dans le brouillard, Enthasia et Shuffa pour de l’eurodance euphorique, la house solaire de Myd, le shoegaze de TTSSFU, le rock indolent de Royel Otis et l’électronique foutraque de Trinix.
Skepta, Fred Again.. – Skepta .. Fred
« Tell them shut your mout’, there’s no qualms » – (« Dis-leur de la fermer, aucun scrupule » en gros). Bam ; dès les premiers mots du rappeur Skepta sur « Back 2 Back », le titre d’ouverture de Skepta .. Fred, on est débarqué sur le béton londonien. Fruit d’une collaboration entre Skepta et le DJ et producteur Fred Again.., l’EP de cinq titres est un condensé de grime, ce sous-genre du rap anglais influencé par le UK Garage et la drum’n’bass.
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Skepta pourrait lire une liste de course, que ça serait un banger. Ici, son flow surfe sur les prod signées Fred Again.., riches en basses rugueuses et flirtant avec le dubstep. On aurait aimé plus que cinq titres. Un album de grime, c’est quelque chose de rare aujourd’hui alors un de cette qualité, encore plus. Il va falloir l’écouter en boucle pour en profiter à fond.
Par Bastien Laurent
Myd – Mydnight
Quatre ans après Born a loser, Myd revient (enfin) avec Mydnight. Présenté comme le projet le plus club et le plus intime de sa carrière, l’album tient parfaitement ses promesses. Sa house solaire est prête à faire transpirer les dancefloors pendant l’été indien.
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L’album contient les titres « Song For You » et « The Wizard », tous deux réenregistrés en direct sur Twitch après que l’artiste a perdu son disque dur — et qu’on adore.
Inspiré par ses tournées mondiales des trois dernières années de sa vie, Myd mélange sa house lumineuse à des influences l’indie pop et de l’afro-funk en passant par de la techno. Les collaborations sont nombreuses et réussies : Channel Très et Trueno sur « All that Glitters is not gold », Calcutta sur « 9am », Carlita sur « In my Head » et Bethanie Home sur « Be Something News ». On note également le sample savoureux de la chanteuse de blues Vera Hall de « The Wizard ». Résultat : on sait déjà qu’on va l’écouter en boucle.
Par Gil Martel
Blood Orange – Essex Honey
Le 15 juin, Devonté Hynes – aka Blood Orange – dévoilait le titre de Essex Honey dans une courte vidéo sur Instagram. Dans celle-ci, on pouvait le voir se balader dans les rues de Paris, avec des sous-titres racontant une réflexion sur le deuil : “Le silence qui a suivi a été horrible. […] La perte que j’avais subie, combinée à ce sentiment, m’a ramené au tout début”. Ce nouvel album fait office de processus de soin.
On y retrouve le talent de Blood Orange pour les mélodies accrocheuses et les hook pop, dans un style à mi-chemin entre l’indé psychédélique de Tame Impala et le rap atmosphérique de Frank Ocean. On y retrouve aussi une longue liste de featuring. Parmi les plus notables, Lorde, Daniel Caesar ou encore Caroline Polachek (deux fois !). Essex Honey baigne dans une atmosphère mélancolique, un brouillard seulement percé par quelques rayons de soleil, un bel album pour commencer la rentrée en douceur – et on aura l’occasion de l’entendre le 3 novembre, lors de son concert à l’Olympia.
Par Bastien Laurent
TTSSFU – Blown
TTSSFU — de son vrai nom Tasmin Stephens — signe son premier album chez Partisan Records. Venue tout droit de Manchester, l’artiste britannique livre un shoegaze intime et DIY, entièrement conçu sur Garageband dans sa chambre d’ado — et ça fait son charme.
Parmi nos morceaux chouchous, on retient le deuxième single, « Forever », une belle ode à l’amitié. Plus pop que rock, le titre marie voix réverbérées et riffs de guitare saturée, pour composer un hymne de fin d’été. Mais c’est le dernier titre de l’album, « Being Young » qui séduit le plus. Son instrumentation minimaliste et ses touches dream pop laissent toute la place à la voix de Tasmin Stephens, en faisant le moment le plus lumineux et aérien de Blown.
Et pour celles et ceux qui souhaiteraient découvrir TSSFU sur scène, elle sera en concert le 7 novembre au Pitchfork Festival à Paris.
Par Gil Martel
Entasia, Shuffa – Got U Groovin’
Des kicks lourds, des claviers riches qui jouent une mélodie accrocheuse, et des samples de voix invitant à danser. De l’eurodance comme on aime : c’est Got U Groovin’, le nouvel EP de l’Australien Entasia et du Mancunien SHUFFA. Pas de prise de tête avec ces deux titres, mais une rythmique bouncy à souhait qui donne envie de danser sur la plage (enfin, « donnait envie » puisque c’est la rentrée…).
Sur « Pacemaker », le deuxième titre de l’EP, on entend des accents UK Garage, ont SHUFFA est un adepte. Le message de Got U Groovin’ est clair : l’été n’est pas fini, il y a encore matière à faire la fête.
Par Bastien Laurent
Royel Otis – hickey
C’était dur de produire un deuxième album du niveau de leur excellent premier disque, sorti il y a un an et demi. Mission pourtant accomplie pour Royel Otis, et sans forcer. Ce sont 13 nouvelles chansons de rock indolent, désabusé entre les Smiths et Mac DeMarco, aux accents folk ou pop où chaque élément est ultra-efficace.
Les Australiens nous donnent envie d’être adolescent à nouveau (hickey peut se traduire par « suçon » ou « bouton d’acné », on n’invente rien) : histoire de savourer au mieux ces chansons mélancoliques, autant que fédératrices. Royel Otis a trouvé la recette pour des émotions simples et pures. Et avec eux, c’est toujours un peu la fin de l’été.
Par Corentin Fraisse
Trinix – Origin
Après avoir fait danser les foules tout l’été avec « Vaitimbora » et ses accents bossa nova, Trinix revient avec Origin. Un album né, selon leurs propres mots, d’un « besoin d’évasion » et d’un « vrai désir de se reconnecter à ce que la musique a de plus essentiel ».
Le duo de « bedroom producers » signe ici douze morceaux électroniques aux influences hybrides, conçus comme un véritable « tour du monde » sonore, chaque titre évoquant une destination. Parmi les plus marquants, « Aje » — en collaboration avec Tayc et Khaid — dévoilé en mai, reprend la mélodie du tube « Turn Me On » de Kevin Lyttle, avec une touche afropop moderne. Le dernier morceau de l’album, l’ultra-solaire « Narina », sorti pendant l’été, mélange de l’up-tempo avec des sonorités traditionnelles cap-verdiennes portées par la chanteuse Lura. On adore.
Par Gil Martel
Jehnny Beth – You Heartbreaker, You
Du punk hardcore sans concession. Jehnny Beth – fondatrice du label Pop Noire, sur lequel était sorti l’excellent Mercedes de Malvina – sort un deuxième album à l’énergie dévastatrice. La chanteuse, qui s’est fait connaître outre-Manche avec le groupe de post-punk Savages, lorgne ici du côté des États-Unis.
L’inspiration lui est venue lors d’une tournée aux côtés de Queens of the Stone Age, où elle a eu l’occasion de partager l’affiche avec des groupes tels que Korn ou Tool. You Heartbreaker, You s’inscrit donc dans cette contre-culture américaine où se mêlent punk hardcore et nu metal, sans pour autant la copier bête et méchant. On valide.
Par Bastien Laurent